Commentaires
le don gratuit
Bonjour, Je suis surprise que vous "contestiez" Daniel Marguerat, qui est pour moi un des meilleurs théologiens contemporains, et ce n'est pas la première fois.
Je lis p.254 "Dieu n'a pas ajusté ou réduit la rétribution encourue par le péché, il l'a annulée en instaurant une nouvelle règle : celle du don" J'aimerais savoir ce que vous en penser ? C'est bien l'expérience de Paul, tous ses efforts pour détruire ont été vains, seule la grâce de Dieu peut vaincre nos résistances, c'est aussi mon expérience personnelle !
Merci !
Bonjour, Puis-je d'abord…
Bonjour,
Puis-je d'abord vous répondre par une boutade ? Un théologien qui serait incontesté ou incontestable risquerait fort de se tromper...
Car la théologie est un effort pour dire quelque chose de Dieu, une prétention si immense et si insensée qu'elle ne peut jamais se contenter que de résultats partiels, partiaux et éminemment contestable ! La théologie doit toujours être débat, discussion ouverte, attentive à l'Esprit (souvent porté par la parole d'autres théologiens - pas toujours !).
Dit autrement : je ne conteste pas systématiquement Daniel Marguerat, c'est tout le contraire, car je vous ai proposé de le lire parce que son livre est une remarquable introduction à une oeuvre et à une pensée aussi difficile et complexe que celle de Paul. Clair et pédagogique comme peu savent l'être !
Mais justement, Paul est toujours plus nuancé, plus difficile, parfois plus paradoxal qu'on ne le pense, et mon but était aussi de vous montrer que, quelles que soient la clarté et l'intelligence de la lecture de DM, les textes de Paul lui échappaient encore en grande partie (à moi aussi, bien sûr). Et que chacun de vous, entrant dans un débat que j'essaie d'ouvrir, peut y découvrir encore d'autres éclats de vérité, d'autres chemins d'intelligence de la foi, toujours à reprendre !
Il y a en outre le fait qu'il s'agit d'abord d'exégèse et d'étude grammaticale et littéraire d'un texte, et sur ce point aussi, il y a des débats possibles, des avancées et des points de blocage. J'ai essayé d'en détecter quelques uns, en m'appuyant surtout sur la grammaire... qui est mon premier "métier" !
J'en viens au texte que vous citez p. 254, vous citez DM et sur lequel vous me demandez mon avis.
D'abord, je suis entièrement d'accord avec vous sur la seconde partie de la phrase : "en instaurant une nouvelle règle celle du don", comme je suis d'accord aussi avec votre propre conclusion : tous nos efforts sont vains, seule la grâce de Dieu (le "don" de Dieu) peut vaincre notre résistance !
Je reviens maintenant au début de la phrase de DM : "Dieu n'a pas réduit ou ajusté la rétribution encourue par le péché". Et je pose la question : qui a dit qu'il y avait une rétribution encourue par le péché ? qui a dit que le pécheur devait payer ? Réponse immédiate et juste : l'idée humaine de la justice. Et elle n'a pas totalement tort, car on ne peut vivre en société (civilisée) s'il n'y a pas un effort pour respecter la justice et le droit.
Mais, en outre, les humains ont toujours projeté cette exigence sur la divinité, et c'est elle qui était censée exiger une rétribution...
C'est ainsi qu'ont pensé les auteurs des Ecritures juives, au moins en majorité : Dieu vient punir les pécheurs. Or, toute l'aventure du judaïsme est de découvrir qu'il y a aussi en Dieu une miséricorde, plus grande encore que son exigence de justice (en tout cas que la leur), et tout ce que nous appelons Ancien Testament se bat autour de cette idée. Dans le Nouveau Testament, Jésus se bat à son tour contre ce vieux réflexe ("ni lui ni ses parents n'ont péché... pour qu'il soit aveugle" , Jn 9,3), et il devra mourir pour faire triompher aux yeux de tous l'immense miséricorde de Dieu, jusque pour ses bourreaux. Un don qui met en cause et en crise tous nos efforts et toutes nos velléités de justice.
Je pense que, de toujours à toujours, Dieu n'a été que don, et n'a instauré qu'une seule règle, celle du don... Mais pour que les humains l'accueillent et l'acceptent, il a dû aller jusqu'au bout du don, don du Fils, don de Lui même dans le Fils, et pardon aux hommes au-delà même de ce don qui a été refusé (la croix)....
Je ne dis pas le contraire de DM, j'essaie de le mettre dans une perspective plus large....
C'est bien le problème :…
C'est bien le problème : comment traduire ce mot devenu "langue de bois ou de buis", "la grâce de Dieu" ? A l'entendre les plus jeunes vous font remarquer que Dieu n'est pas gras, d'autres qu'il n'est pas danseur ni danseuse !
Je m'amuse mais vous pointez le vrai problème que nous rencontrons... mais que chaque génération chrétienne rencontre et doit prendre en charge : comment traduire les mots de la foi de façon audible pour nos contemporains, de façon à ce que "chacun puisse le entendre dans sa propre langue " : c'est le programme d'Actes 2, 11, et clairement c'est l'oeuvre de l'Esprit. Il faut nous mettre à son écoute !
Dire que Dieu nous aime... Dans un monde qui ne croit plus en Dieu, et pour qui l'amour devient suspect !
Employer le passif (dit biblique, qui ne nomme pas Dieu) : nous sommes aimés, nous sommes, chacun, infiniment respectés.
Si je me bats tant pour qu'on traduire "la foi DE Jésus Christ", correspondant à l'affirmation biblique et paulinienne (1 Co 1, 9), "Dieu est fidèle", mais plus encore : "Dieu croit en nous, Dieu nous fait crédit", c'est bien pour essayer de dire cela. D'abord le monde nous est confié, et une confiance sans borne nous est faite, à chacun de nous, dans la pauvreté de nos moyens....
C'est d'abord cela, la grâce, le don de Dieu - que la tradition chrétienne a décliné en grâce prévenante, justifiante, sanctifiante ! c'est totalement inassimilable, mais c'est bien une façon de dire que la confiance mise en nous et la capacité à vivre bien nous précède, et nous accompagne jusqu'au bout et quoi qu'il arrive.
Parce que nous avons une voie royale, affirmant que le mal n'aurait jamais le dernier mot, et c'est de cela que Jésus dans sa vie et sa mort s'est porté garant. C'est aussi, pour moi, le sens du mot résurrection.