Aller au contenu principal

Le dialogue entre Jésus et Pilate.

Nouvelle réunion animée dans notre petit groupe de Versailles, avec comme un parfum de fin d'année scolaire du fait de la prise en compte de la conclusion de j. Zumstein... et de la lecture de l'arrestation et du procès de Jésus. Tout cela nous a poussés à un premier regard en arrière sur le parcours réalisé: le tour de table a permis de recueillir des appréciations très convergentes sur le prodigieux intérêt de cette lecture accompagnée, et notamment la découverte collective que" le règne de Dieu s'est approché de chacun d'entre nous" et que le Royaume de Dieu est à vivre au présent, la conviction aussi que"Jésus est le dernier mot de Dieu"et donc que "Tout est accompli" dorénavant.
La conclusion proposée par J. Zumstein, intéressante certes, a paru à certains un peu rapide, comme un soulagement mérité après une longue marche en haute montagne , ou même comme la conclusion nécessaire d'une si brillante dissertation!
Notre parcours, lui, n'est pas achevé et va se poursuivre allègrement (?) par l'étude des récits de manifestation de Ressuscité, et, comme l'a écrit Roselyne D-R , par les deux pages de couverture de l'évangile.
Trois questions:
° pourquoi les nombreux discours de Jésus rapportés par Jean, et notamment les discours d'adieu et la prière sacerdotale, n'ont pas fait l'objet de proposition d'échanges? On peut penser à la difficulté de faire "tenir" cela sur la période, mais notre accompagnatrice a sans doute, aussi, d'autres raisons.
° Concernant l'incarnation du Fils préexistant, comment peut-on comprendre le choix du Père de choisir un homme singulier, né sous César Auguste et mort sous Tibère, inséré dans une famille juive? Comment rendre compte de l'élection du peuple juif, petit groupe de nomades dans le désert, pour annoncer un message d'amour universel et le salut de toute la lignée humaine? Questions qui n'ont pas trouvé de réponses , les voies de Dieu échappant à notre entendement...
°Troisième questionnement, sur un point du dialogue entre Jésus et Pilate (Ch 19,11): Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir s'il ne t'avait été donné d'en haut; et c'est bien pourquoi celui qui m'a livré à toi porte un plus grand péché".
Que faut-il comprendre des raisons qui rendent plus grave le péché de celui ( ou de ceux) qui livre (nt) Jésus: Judas , les grands prêtres? Le péché de celui qui livre pour être crucifié (Pilate) serait-t-il moins grave que la trahison de judas ou la demande de mort de Jésus formulée par les autorités juives?

Créé par : Joseph Musseau , membre d'un groupe de Versailles

Date de création :

Commentaires

Posté par Roselyne

ven 17/04/2026 - 20:29

Permalien

Trois excellentes questions dont je vous remercie, même s’il est clair que j’aurai bien du mal à répondre aux deux dernières (est-ce même possible ?).
La première : pour quelles raisons ne vous ai-je pas proposé de travailler les 4 chapitres de discours, de 14 à 17 ; j’avais simplement évoqué la possibilité de lire  le chapitre 14 comme la suite du discours après le repas, commencé en 13,31 ; le chapitre 14 se terminant sur « Levez-vous (ou « soyez ressuscités »), partons d’ici ». Mais le départ n’aura lieu qu’en 18,1.
Effectivement j’ai buté sur la question des discours : ils sont très difficiles, et pour moi il faudrait les travailler maintenant ou plutôt après avoir lu le chapitre 20. De fait mon projet est bien de vous envoyer lire le chapitre 14 en parallèle avec le chapitre 20 !
Il me semble que, sans toute la préparation préalable, le risque serait de faire de ces discours un réservoir de paroles magnifiques (« il n’y a pas de plus grand amour… », « qu’ils soient un comme nous sommes un » ) mais qui sont vite « hors sol », plus exactement hors chemin d’incarnation. Les chapitres 16-17 forment une espèce de spirale qui répète sans cesse la même affirmation de l’unité parfaite de Jésus et du Père, unité dans laquelle les disciples sont appelés d’entrer, et cette spirale monte tout en croissant... en abstraction et en difficultés !
A ce moment-là, j'ai buté à nouveau, et c’est sur le manque de temps : nous n'avions que 8 rencontres pour tout l’évangile ; chaque choix a été difficile, j’étais bien obligée de trancher, mais toujours avec beaucoup de regrets pour tout ce que  nous ne lisions pas.
On pourrait dire  avec un clin d’œil : maintenant, les discours vous sont proposés comme lecture d’été !!!

 

La seconde question est formidable (au sens étymologique : elle a de quoi faire trembler !). Le choix de Dieu, l’élection d’Israël, un minuscule petit peuple, pris dans les remous de l’histoire des grands empires, tenté par divers types d’idolâtrie… et tellement infidèle à son Dieu ! Avec ses défaillances et ses catastrophes : les rois contre lesquels les prophètes n’ont cessé de s’élever, et plus proche du temps de Jésus, la très attristante dynastie juive des Asmonéens (descendants des frères Maccabée etc.).
Or, les Juifs eux-mêmes se sont posés très tôt cette question. A l’époque de Jésus (un siècle avant à un siècle après), les penseurs d’Israël ont tenté de répondre à la question : pourquoi nous plutôt que d’autres ? Les Targum (traduction en araméen à la synagogue, qui ont été mis par écrit au 2ème s. ap. J.C.) en témoignent. A propos du choix d’Abram et donc du peuple d’Israël par Dieu, les rabbis cherchent de bonnes raisons, parfois très amusantes : pour Abram, c’est assez simple, il suffit de dire qu’il s’est opposé aux pratiques idolâtres de son père et que, pour cette raison, il a quitté Haran et il a entendu l’appel du Dieu unique que déjà ( ?!) il adorait. Pour Israël, c’est plus difficile : une jolie explication veut que Dieu se soit d’abord adressé aux peuples des grands empires (Egypte, Assyrie, Babylone) qui ont tous refusé la responsabilité trop lourde de l’élection. En désespoir de cause, Dieu s’est tourné vers le petit Israël qui a accepté… Cela donne à penser !
Tout cela montre bien que la question reste entière, ou plutôt, dirait Paul (Rm 9,14-20) qu’elle relève de l’absolue « liberté de Dieu » ! Et qui sommes-nous pour lui demander des comptes ? Il y a toutefois un élément qui peut nous éclairer : à plusieurs reprises dans la Bible, le projet de Dieu énoncé en Genèse 1 : bénir le monde et les humains, semble sombrer devant la méchanceté humaine et le goût irrépressible de l’humanité pour la violence et finalement la mort. C’est l’histoire, mythique bien sûr, mais par là exemplaire, de Caïn et de ses descendants. Or, alors que l’humanité est submergée et engloutie par sa propre violence (le déluge), Dieu recommence avec un seul « juste » Noé. On aura le même schéma au début de l’Exode : alors qu’Israël disparaît sous la décision de génocide du Pharaon, Moïse se lève… et Dieu l’appelle. On retrouve toujours cette idée : y aurait-il un juste, un seul, et Jérusalem serait sauvée (Jérémie 5,1) ! Le serviteur souffrant d’Isaïe 52,13 -53,12, et avec un raccourci, évidemment Jésus crucifié ! Autrement dit, Dieu doit toujours passer par « quelques-uns, un petit reste, pour que son projet de bonheur pour l’humanité soit sans cesse relancé.
Mais pourquoi ce peuple-là ? Personnellement, j’ai une amorce de réponse, vous n’êtes pas obligée de la partager : Parce ce que ce petit peuple là a su, par ses prophètes, ses penseurs et ses sages, affirmer le Dieu un, celui que proclame Isaïe 43-45 : « moi je suis, et en dehors de moi, rien », le Dieu créateur et sauveur, le Dieu miséricordieux qui s’approche de l’humanité et l’accompagne : « je serai avec toi » dit-il à Moïse en Exode 3,12 ; tout Isaïe lui fait écho, annonçant l’enfant roi, l’Emmanuel, qui signifie « Dieu avec nous » (Isaïe 7,14). J’ose un raccourci, nous retrouvons cette affirmation encadrant l’évangile selon Matthieu : 1,13 et 28,20 « et moi je suis avec vous pour toujours ».
Nous ne pouvons pas oublier que nous devons ce Dieu-avec-nous à Israël et au judaïsme !


Enfin, le difficile dialogue de Jésus avec Pilate en 19,11. J’ai toujours été étonnée du fait que les biblistes eux-mêmes ont parfois soulevé la question qui est la vôtre : Juda ? les autorités juives ? Pilate ? Mais enfin, le seul et véritable adversaire de Jésus, celui qui le livre, c’est le diable, Satan, appelez-le comme vous voulez ! Le texte est clair : « et après cette bouchée, alors Satan entra en celui-ci » (13,27). Judas n’en est que l’instrument malheureux (comme Pierre qui trahira, comme chacun de nous peut l’être). Et Pilate, quel que soit l’étendue de son pouvoir politique n’est jamais que le jouet de Satan. Aussi Jésus peut-il « minimiser » la responsabilité humaine, en replaçant à un autre niveau les protagonistes du combat. C’est de la défaite des forces du mal liguées contre lui (et contre l’humanité) qu’il s’agit, et c’est cette victoire qui se joue dans la scène du procès devant Pilate.
A la fin de la rencontre, malgré les apparences (et grâce au double sens du verbe), Pilate fait asseoir Jésus sur la tribune du Lithostrôtos, et dans la scène de la crucifixion qui suit, on assiste au jugement et à la condamnation des forces du mal : « tout est accompli » (19,30).

Je ne suis pas sûre que tout cela soit bien satisfaisant, mais nous pouvons poursuivre le débat !

Je me félicite d'avoir posé ces trois questions au nom de notre groupe, car elles permettent des réponses très éclairantes, voire inspirantes, notamment sur le projet de Dieu pour notre humanité, toujours pécheresse et relevée. La lecture suggérée pour les vacances est une belle proposition, pleine de malice certes, mais sans le support de conduite, je crains l'embardée, surtout sous la chaleur des débuts d'après-midi!
En tout cas, un immense merci d'avoir répondu si vite et de façon très argumentée; oui, MERCI!

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.