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Le dernier repasC

Discussion amicale, animée et passionnante dans notre groupe de Versailles cette semaine, autour de la feuille de route 5. Nous nous sommes notamment demandé pourquoi l’évangile de Jean avait choisi d’omettre l’institution de l’Eucharistie dans sa relation du dernier repas, alors même que tout l’évangile de Jean a une saveur eucharistique (discours sur le pain de vie, « qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui »). Une réponse avancée –mais est-ce la bonne ? – est que la communauté johannique à qui ce texte est destiné connaissait et pratiquait habituellement le repas du Seigneur, qu’elle avait lu les synoptiques et 1 Co 11, et qu’il n’y avait donc aucune nécessité à lui rappeler ce qu’elle connaissait bien. Mais ce débat, non conclusif, en a amené un autre : le récit de la passion et de la mort de Jésus, d’où toute souffrance est exclue, est désignée comme une glorification. JZ y voit un aboutissement : fin de mission et retour glorieux au Père. On est très loin des synoptiques et surtout de Paul, pour qui le signe de la Croix est au contraire celui de l’abaissement absolu et du renversement complet des valeurs (hymne de Ph 2). Or ce renversement, c’est précisément celui que montre le lavement des pieds, comme si l’évangéliste avait senti que faute de cet épisode, l’humilité aurait été oubliée.
Au passage, nous avons fait une remarque qui ne mérite peut-être pas plus qu’un clin d’œil amusé : Jésus désigne Judas d’un geste parfaitement eucharistique : en lui donnant une bouchée à manger ! Naturellement la comparaison s’arrête là ; celui qui reçoit l’eucharistie fait en lui la demeure du Christ, Judas fait en lui la demeure de Satan !
Merci pour vos commentaires, toujours passionnants et bienveillants.

Créé par : Claude Mandil

Date de création :

Commentaires

Posté par Roselyne

mer 18/03/2026 - 09:50

Permalien

Le dernier repas de Jésus ? Vous avez raison, il était pratiqué sans qu'on ait besoin d'en parler.
Mais Jean le raconte, et vous l'avez bien souligné , ce qui "manque", ce sont "les paroles de l'institution". Simplement, il considère que les "paroles" ne sont pas en elle-même l'essentiel (pas d'idolâtrie du "cultuel" !) et il veut en donner le sens. Il y a probablement comme dans Jean 6, quelque chose de l'ordre d'une "mise au point" eucharistique. La communauté s'enfermait-elle dans le ritualisme ? déjà ?
"Déposer ses vêtements", c'est "déposer sa vie", (on a le même mot en 10,17 et 13,4, c'est-à-dire "donner sa vie". Le geste du pain et du vin au dernier repas est celui du  don de soi total aux disciples et à tous (Dieu nous donne sa vie et se donne à nous par le geste de Jésus), il se manifeste dans sa réalité la plus incarnée dans le service de l'autre (le lavement des pieds, geste par excellence des serviteurs).
NB Dans la tradition de l'Eglise, il existe une liturgie eucharistique ancienne, syriaque (au nord de l'actuel Iraq), qu'on appelle "anaphore d'Addaï et de Mari, qui ne contient pas les paroles de Jésus, mais que l'Eglise catholique au 20ème siècle a reconnu comme valable.
J'ajoute que nous focalisons l'Eucharistie sur le déroulé liturgique de la messe (que nous centrons sur la "consécration", alors que le sommet en est le "Par lui, avec lui et en lui"), mais qu'en réalité le Nouveau Testament ne connaît pas ce sens ; la lettre aux Colossiens a une invention géniale : des chrétiens dans leur vie à la fois liturgique et éthique au quotidien, il dit "soyez eucharistiques" (Col 3,15) !


Vous dites avec raison que l'aspect "souffrance" de la passion est comme gommé chez Jean. Car pour lui, le Christ vivant, c'est le Christ glorieux, le ressuscité, et il l'est déjà en étant élevé sur la croix, comme il l'est au milieu de ses disciples. Vous faites un rapprochement passionnant avec Paul, 1 Corinthiens 1, 18ss, la parole de la croix. Mais Paul, pas plus que Jean n'insiste sur les souffrances, il insiste sur l'humiliation absolue (le déshumanisé, le maudit de Dieu) que Jésus vient partager et habiter ;  c'est aussi le geste de l'esclave-serviteur qui lave le pieds de ses amis.
Car, pour Jean, Jésus vit d'une vie qui a vaincu pas seulement la souffrance et la mort, mais le mal et sa puissance.
Le chapitre, vous le notez aussi, met en scène ce combat contre Satan. Et  non contre le malheureux Juda (que j'espère pardonné, ayant rejoint son maître et ami), qui, comme vous le dites reçoit la bouchée de pain et participe à la vie donnée ; mais Juda représente, dans notre humanité et dans la plus proche parfois du Christ, l'emprise sournoise et mortifère du mal. Je ne dirai pas qu'il "fait de lui la demeure de Satan", il laisse le mal s'installer, il est sous emprise...C'était de nuit. Le combat doit affronter la nuit, le temps du malheur...Jésus (avec Juda ?) doit traverser cette opacité pour entraîner l'humanité vers le pardon du Père.

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