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Thèmes / Paul de Tarse / Vos questions, vos remarques / La théologie de la rédemption

La théologie de la rédemption

Paul de Tarse écrit aux chrétiens de Corinthe : « Je vous ai transmis ce que j’avais moi-même reçu : Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures » (1Co 15, 3). Mais il ne parle pas de théologie de la rédemption. C’est pourtant celle-ci qui a prévalu dans l’Église et qui est toujours présente dans tous nos textes liturgiques.
Mais en nous référant au repas du Seigneur, nous voyons que dans la parole de Jésus telle que Paul la rapporte en 1 Co 11, 23-26, il n’est pas question de « rémission des péché ». Il n’en est pas question non plus dans les évangiles de Marc et de Luc, mais seulement dans celui de Mathieu, écrit pour des chrétiens d’origine juive et donc familiarisés avec l’idée de sacrifice expiatoire. Or la formule utilisée dans la célébration eucharistique est cette dernière. Elle signe ainsi la théologie de la rédemption selon laquelle le dessein de Dieu aurait été de toute éternité que son Fils meure pour que nos péchés soient pardonnés (c'est ce qui est écrit dans le catéchisme de l’Église catholique). Mais comment accepter ce Dieu qui sacrifie son Fils ?
Les Évangiles nous disent le contraire. Jésus nous parle d’un Dieu d’amour, il dit à ceux qu’il rencontre « ta foi t’a sauvé ». Il est mort non par obéissance à une volonté divine, à un plan de salut, mais par fidélité à son engagement de vie.
Alors, comment en est-on arrivé à cette théologie, que beaucoup d’entre nous ne comprennent plus, ne peuvent plus accepter ?

Créé par : Groupe de Bordeaux

Date de création :

Commentaires

Posté par Roselyne

lun 06/01/2025 - 11:12

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Merci de cette question qui, même si elle force à une réponse nuancée et complexe, permet tout de même de clarifier les risques d'une théologie du rachat/rédemption des péchés qui a envahi toute l'Eglise occidentale, avec une vision parfois catastrophique de Dieu et du mystère du salut.
Vous faites vous-mêmes une bonne partie du travail en distinguant des courants d'interprétation de la mort de Jésus très différents dans le Nouveau Testament même. Les courants restés proches du judaïsme sont souvent marqués par l'idée de pardon et purification des péchés.
Une idée omniprésente dans le judaïsme du Temple et les rites du Kippour, avec chaque année renouvellement de l'alliance rompue avec Dieu, repentir et rites de pénitence pour le pardon des péchés ; mais une idée déjà très nuancée dans les groupes baptistes dont Jésus faisait d'abord partie.
Toute la prédication de Pierre au début des Actes des Apôtres implique un baptême "pour le pardon des péchés" (Ac 2, 38), comme d'ailleurs la première prédication de Jésus dans les évangiles synoptiques.
Plus encore, la lettre aux Hébreux va reprendre et développer l'idée de la mort de Jésus comme sacrifice expiatoire remplaçant tous les Kippour précédents devenus inutiles, car c'est un sacrifice parfait où le Christ est à la fois prêtre et victime... Une compréhension qu'une lecture attentive de la lettre permet de nuancer, mais qui a été durcie par la suite pour donner la compréhension d'un sacrifice expiatoire demandé, sinon exigé par Dieu. Inadmissible.

Lorsque Paul reprend un kérygme judéen en 1 Corinthiens 15, 2, il écrit « mort pour nos péchés », avec une préposition qui signifie « en faveur de » et suppose un raccourci « en faveur du pardon de nos péchés ». 
Mais lorsqu’il élabore sa propre théologie en Romains 4, 25, il reprend les termes d’Isaïe 53, le serviteur souffrant : «il a été livré à cause de nos péchés » (la préposition de la cause instrumentale). 
Dans les récits du dernier repas de Jésus, on voit apparaître le « en notre faveur, pour nous » chez Matthieu, Marc et Luc, et chez Matthieu, en plus « en vue du pardon des péchés ».
Autrement dit, la mort de Jésus est d’abord interprétée comme un don de sa vie sans violence et appelant le pardon de Dieu sur ses persécuteurs : « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 35).
Cette lecture de la mort de Jésus a certainement été très présente en milieu pagano-chrétien qui ne connaissait pas le Kippour.
Mais il ne faut pas oublier que l’idée d’un rachat des esclaves au prix d’une vie est présent et en monde juif et en monde romain (« donner sa vie pour ceux qu’on aime » est une thématique connue chez les Stoïciens », et on trouve ainsi en Marc 10, 45 l’image très forte : « il a donné sa vie en rançon pour la multitude » évoquant clairement le rachat des esclaves. 
La tradition juive de l’Exode et de la délivrance de la servitude en Egypte ajoute à ce courant d’idées.

Pour autant tout cela ne signifie pas qu’il y ait un « projet » de Dieu de toute éternité pour envoyer le Fils à une mort atroce, ni qu’il y ait une intervention réparatrice de Dieu, envoyant son Fils pour réparer les ratés de la création : le péché humain. En quoi la mort sur la croix le réparerait-il ?
Paul connaît l’interprétation expiatoire (Kippour) comme celle du rachat (Rm 3, 24-25), mais ce n’est pas sa construction théologique.
Paul déploie personnellement une théologie de l’incarnation (mais il n’emploie pas le mot « chair » trop dangereux en grec. Jean le fera). Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme, né sous la Loi, écrit-il en Galate 4, 4. Et c’est la foi de Jésus-Christ, sa fidélité jusqu’au bout à une vie témoignant de l’amour et de la miséricorde de Dieu pour tous, qui d’une part le conduira à une mort atroce non prévue, d’autre part engagera la réhabilitation aux yeux de Dieu de toute l’humanité en dérive. Jésus en assumant pleinement la condition humaine jusqu’à la croix scandaleuse qui l’identifie aux plus exclus, la ré-ajuste à Dieu, c’est le sens du mot « justification », qui a pour équivalent « réconciliation »..
Paul écrit en 2 Corinthiens 5,19 : « c’était Dieu qui, dans le Christ, se réconciliait le monde, ne tenant plus compte de nos péchés ». Dieu nous voit désormais sur le visage de son fils Jésus : « si quelqu’un est en Christ, c’est une création nouvelle » (5, 17), la nouvelle création, c’est l’humanité désormais prise en charge par le Christ et réconciliée avec Dieu.
Les successeurs de Paul, Colossiens et Ephésiens, élargiront la perspective, en considérant que le Christ, que Paul disait déjà « envoyé par le Père » et « participant à toute son action créatrice et recréatrice » préexistait auprès de Dieu et a été l’instrument de sa création, l’ancienne comme la nouvelle. C’est tout le propos de l’hymne de Colossiens 1, 15-21.

Autrement dit, et ce sera la théologie d’Irénée de Lyon (après celle de l’évangile de Jean), le projet de Dieu, de toujours à toujours, est bien de s’approcher de l’humanité, de s’apprivoiser à elle, jusqu’à l’envoi du Fils qui est l’entrée de Dieu dans l’humanité. Et cela pour conduire l’humanité à Dieu. Les pères de l’Eglise grecque n’hésiteront pas : pour diviniser les êtres humains !
Immense perspective reprise au XXème s. par Teilhard de Chardin, Lubac (etc.), c’était déjà celle au 13è/14è s du courant franciscain (Duns Scot). OUF !
J’ajoute que c’était déjà la conception initiale du baptême, celle de Paul : une plongée dans la vie et la mort du Christ, jusqu’à participer avec lui à la vie ressuscitée en plénitude (Rm 6, 1-11)

Oui, mais, faut-il abandonner la pensée augustinienne (très centrée sur le pardon des péchés, et même du péché dit originel) ? Pas si sûr ! Car si la perspective irénéenne est exaltante, elle minimise trop la violence humaine. Le péché, felix culpa, devient une faute de jeunesse d’une humanité accompagnée par la pédagogie divine… La jeunesse a bon dos. Nos 20ème et 21ème s . sont-ils si jeunes ? Les inventions atroces de la perversité humaine qui se prolongent (s’accentuent ?) de siècle en siècle laissent perplexe… Que dire devant les camps d’extermination ?
On ne peut pas abandonner la part effroyable de péché que l’humanité continue de perpétrer. Et les philosophies du bonheur (F. Lenoir) sont d’immenses et coupable naïvetés !
Et Paul sait bien que le baptême n’est qu’une marche avec le Christ qui suppose un combat permanent contre le mal toujours récurrent (Rm 6, 11).
Alors il faut revenir au scandale de la croix, et comprendre peut-être avec Paul que Jésus le Fils a rejoint l’humanité jusque-là. Non que cela ait jamais été prévu d’avance par un Dieu pervers.
Mais parce qu’accompagner une humanité perverse l’a amené là. Et qu’il a demandé pour elle le pardon de Dieu !

NB j'ai été très longue, j'espère avoir été à peu près claire, vous me direz....

Je suis en effet, comme beaucoup, très mal à l'aise avec la "théologie de la rédemption". Je me suis fait une petite tentative de compréhension que je vous livre. Dites-moi si je suis complètement à côté de la plaque...
Jésus n’est pas mort accidentellement. Il n’est pas non plus mort de maladie comme son ami Lazare. Il a été assassiné à l’issue d’un procès truqué fomenté par des individus qui avaient peur de perdre leur statut, leurs privilèges et leurs prébendes. Jésus est mort à cause du péché des hommes.
Deux observations :
1) Dieu n’est pas intervenu pour arrêter ce processus. Il a de ce fait consacré l’absolue liberté des hommes, même la liberté d’être d’abominables pécheurs.
2) Mais en ressuscitant son Fils, Dieu a montré que le péché n’avait pas le dernier mot. Dieu n’a pas seulement vaincu la mort, il a vaincu le péché. C’est en cela que nous pouvons dire que nous sommes sauvés : nos péchés n’auront pas le dernier mot.

Je suis en grand accord avec vous. Dieu a respecté la liberté des hommes et il a respecté aussi celle de Jésus, qui a affronté librement une mort épouvantable, en renonçant à toute action violente !
Jésus montrait ainsi que Dieu laisse toujours  ouverte la porte à un repentir et à un pardon (des autorités meurtrières et des bourreaux aussi), et la foi en la résurrection affirme bien la victoire de DIeu sur le péché et sur la mort... qui est invitation aussi pour nous à participer à cette victoire !

Merci pour cette belle formulation : nos péchés n'auront pas le dernier mot !

Tout et centré sur la foi, sans laquel persone ne peut comprendre tres bien cette histoire du salut de Dieu pour l'humaniter déçhus par le pécher , la foi c'est Amen absolue de ce que Dieu a fait pour l'humanité, en apportant une assistence atravers la mort et la ressurection de christ qui sembolise l'union de l'humanité en Dieu par Dieu et pour Dieu.

Posté par Chantal (visiteur)

sam 11/01/2025 - 23:55

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Pourriez-vous préciser les sources de cette intéressante remarque : « l’idée d’un rachat des esclaves au prix d’une vie est présent et en monde juif et en monde romain ». Merci.

Posté par Roselyne

dim 12/01/2025 - 09:36

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Préciser les sources de l'expression imagée "rachat" (ou "rédemption"), et on pourrait ajouter "rançon" ? 

En fait c'est la littérature grecque, et donc le dictionnaire, qui montre que le verbe agorazô employé par Paul par exemple en 1 Corinthiens 6, 20 ("vous avez été achetés à grand prix"), ou encore avec une préposition d'origine exagorazô  en Galates 3, 13 et 4, 5, est un verbe courant qui signifie "acheter". Il est formé sur le mot agora, la place publique, qui est, entre autres, le lieu du marché. Vous le trouvez employé au sens banal d'acheter (des marchandises, des animaux) en Matthieu 21, 12 ; Luc 14, 18 et 19. Lorsqu'il s'agit de personnes, ce sont des esclaves qui sont ainsi vendus et achetés sur le marché.
Il faut toujours rappeler que Paul fabrique du vocabulaire chrétien à partir de la Septante (traduction grecque de l'AT), mais aussi à partir du langage grec courant, le grec étant la langue commune dans une grande partie de l'empire romain. A partir de cette image, il présente les croyants comme des anciens esclaves du péché et donc de la Loi, que le Christ aurait "racheté" pour les libérer. En fait c'est une image de libération, et elle va être utilisée comme telle par exemple en Apocalypse 5, 9 ; 14, 3. 
Elle a heureusement des équivalents (ce qui montre bien qu'il ne s'agit que d'une image), ainsi la libération en versant une rançon apolutrôsis (on traduit parfois la "délivrance"), qui évoque le rachat des prisonniers de guerre réduits en esclavage : Romains 2, 24 ; 8, 23 ; Luc 21, 29 ; mais aussi Marc 10, 45 ("en rançon pour la multitude").
La tradition chrétienne en a vite fait une image d'échange (rançon) alors que l'accent porte d'abord sur la libération. Et puis en filant la métaphore, alors que la libération (du péché et de la mort) est dite "par le sang du Christ", c'est-à-dire par sa vie et sa mort, les penseurs chrétiens ont développé une idée d'échange d'esclaves entre Dieu et les forces du mal, et petit à petit une image de Dieu détestable.
Quand on transforme les métaphores en vérités théologiques abstraites ("la rédemption", traduction du mot rachat en latin), on va vite  à la catastrophe !

Posté par Fabre (visiteur)

lun 03/03/2025 - 00:37

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Bonjour Madame,
Voici ma question (qui me tourmente depuis de longues années …). Vous écrivez, et, à mon sens, avec la plus profonde « raison » (dans votre réponse au Groupe de Bordeaux, du 06/01/2025) : « Et c’est la foi de Jésus-Christ, sa fidélité jusqu’au bout à une vie témoignant de l’amour et de la miséricorde de Dieu pour tous, qui d’une part le conduira à une mort atroce non prévue (...)(...). » C’est ce que je « ressens » moi-même, et, combien de fois n’ai-je pas lu, ou entendu : « Regarde la Croix, regarde l’amour de Dieu crucifié pour toi, … » ; comme le disent Luther, Pascal, et bien d’autres : Crux probat omnia !
Or, à l’évidence, Jésus n’a pas été condamné parce qu’il manifestait, mieux : révélait définitivement, l’amour de Dieu pour nous (ce qu’en effet je crois être le cœur de la Révélation chrétienne (cf. Rm 8, 39 et 1 Jn 4, 16)). Dans la littérature sur le motif de la condamnation de Jésus, permettez-moi de citer ces deux affirmations :
L’interrogatoire de la nuit a fait apparaître que Jésus se considérait effectivement comme le Messie d’Israël, et qu’il n’entendait pas y renoncer lorsque bien des choses le contredisait. C’est pourquoi sans doute il fut condamné comme faux Messie et blasphémateur. Mais il est vraisemblable aussi qu’il parut également su dangereux du point de vue politique qu’on le remit aux Romains en l’accusant de vouloir s’ériger en en « roi des juifs ». (J. Moltmann, Jésus le messie de Dieu, 1993, p. 232).
Dans les récits évangéliques de la Passion, il est possible d’identifier un élément de convergence certain, au-delà de toutes les différences. Cet élément, commun à tous les récits de la Passion, montre clairement que l’accusation portée par les autorités juives contre Jésus auprès de Pilate avait un caractère politique. Sur la base d’une comparaison soignée des récits de Marc et de Jean, il ressort que l’accusation faite à Jésus de s’être proclamé « roi des juifs » est la seule qui peut être attribuée aux autorités juives de manière relativement fiable du point de vue historique (note renvoyant aux études de Léon-Dufour et de Marguerat …). (A. Dettwiller (éd.), Jésus de Nazareth. Études contemporaines, 2017, p. 228).
Si je comprends bien, Jésus fut condamné pour motif théologique (et politique) : celui de sa Messianité, ou de sa Royauté (comme l’indique le Titulus Crucis : INRI). Le motif de la condamnation de Jésus (il faudrait, bien entendu, longuement expliciter les études citées ci-dessus …) est donc son auto-révélation, son auto-proclamation Messianique. Ainsi, les juges le condamnant n’ont assurément pas condamné l’annonce (la Bonne Nouvelle) de « l’amour de Dieu pour nous », — dont Jésus lui-même, selon les rédacteurs évangéliques (devenus cependant « chrétiens »), ne parle jamais dans les « minutes » de son procès.
Ma question est alors fort simple : puis-je voir, comme vous l’écrivez, et ce que mon cœur croit le plus profondément, dans le témoignage « de l’amour et de la miséricorde de Dieu pour tous » ce qui « le conduira à une mort » ? … Ne pourrais-je pas dire, et je l’espère sans blasphémer en cette matière si « cruciale » : n’y a-t-il pas ici une « erreur judiciaire », un motif théologico-politique (la messianité supposément proclamée de Jésus) occultant, dans la parfaite cécité des accusateurs eux-mêmes, le seul motif Théologique, cœur de la Révélation : l’endurance Filiale « jusqu’à la fin » (Jn 13, 1) de Jésus dans son annonce de l’amour gratuit de Dieu pour nous. Ou : le combat (encore une fois supposé …) de Jésus pour sa messianité est-il identiquement celui de son amour (pour son Père, « et » pour nous) ; ou, plus gravement encore : Jésus fut-il condamné pour ce qui fonde le cœur de son être, de son message, et de notre foi ?
Je vous remercie de répondre à cette interrogation, peut-être bien étrange, et cependant pour moi très lancinante (et que je crois de grande portée pastorale) !

M. Fabre Francis
Groupe de Grenoble

Posté par Roselyne

lun 03/03/2025 - 20:25

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Bonjour, Monsieur,
Si je vous ai bien compris, je crois que vous répondez vous-même à votre question. 
Il est d'abord évident que les motivations de ceux qui ont conduit Jésus à la mort, au moins telles nous les présentent les évangiles (et de façon un peu différente de l'un à l'autre) étaient à la fois religieuses et politiques. Si on rappelle que seuls les Romains avaient le droit de condamner à mort, on comprend que les dépositions des autorités juives auprès de Pilate aient pris forme politique, car seule ce type de motivation pouvait le convaincre : risque d'agitation et d'émeute dans le peuple. L'évangile de Jean, qui joue toujours avec ironie sur un double sens, fait dire au grand-prêtre Caïphe : "il vaut mieux qu'un seul homme meure pour le peuple et que le peuple tout entier ne périsse pas" (Jn 11,50) ; les émeutes étant violemment réprimées par les Romains ! 
Et l’écriteau sur la croix est clair : il meurt pour avoir prétendu à la royauté sur les Juifs, ce qui est un mensonge patent.
Les récits du procès de Jésus devant les grands-prêtres (évidemment largement reconstruits) montrent cependant qu'outre la peur d'un soulèvement populaire, les responsables juifs pouvaient être frappés d'une prétention blasphématoire à être "le Fils de l'homme", celui à qui Dieu confie la domination en Daniel 7. Jusqu’où ont-ils été horrifiés ? Jusqu’où ont-ils eu peur ? La scène dans le Temple mettait clairement en cause leur pouvoir religieux, exploitant largement la population…
Je ne crois pas que Jésus ait jamais revendiqué le titre de Messie, aux connotations trop clairement politiques et lorsque Pierre lui attribue ce titre (Mc 8, 29), il le recadre sévèrement, il s’agit au contraire de souffrir et de mourir.
Sans entrer dans les détails, tous les récits de procès de Jésus montre qu’il laisse parler ses accusateurs ; tu l’as dit, c’est toi qui le dis, etc ..


Je crois qu’on peut surtout être attentif au fait que Jésus s’inscrit lui-même dans la tradition des prophètes d’Israël, dont la légende à son époque voulait qu’ils soient tous morts persécutés. Et probablement s’attendait-il à mourir lapidé comme un prophète… L’humiliation de la croix s’est rajoutée.
Nous avons tort de dire : « Jésus est mort pour »… il est mort « à cause de » la méchanceté humaine qui n’accepte pas la dénonciation de sa perversité (mise à mort des prophètes), et du fait qu’il a toujours choisi les plus faibles et les plus exclus (les plus « impurs ») du monde juif où il vivait.
C’est bien ce choix des plus faibles et des plus pauvres qui manifeste l’amour de Dieu pour les êtres humains, et c’est bien l’acceptation de mourir avec les plus méprisés, les maudits et les criminels, qui exprime jusqu’où va le refus de  toute violence et de toute haine.

Au-delà commencent les interprétations christologiques de cette mort ; en fait nous les avons déjà introduites en essayant de dire pourquoi et pour quoi Jésus accepte cette mort sur la croix….

NB Je vous rappelle que ce forum est dédié aux lecteurs inscrits à la lecture du livre de Daniel Marguerat sur Paul de Tarse. Et que nous ne pouvons pas y mener des discussions théologiques en dehors de ce cadre.

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