Bonjour Roselyne,
A la fin de son chapitre sur l’épitre aux Galates, D. Marguerat rappelle les trois questions fondamentales dégagées par l’épitre : 1/le débat avec la Loi n’est pas d’ordre sociologique (marques identitaires du judaïsme) mais bien d’ordre théologique, 2/ l’éthique fait partie du patrimoine génétique de la foi, 3/le rôle central de la théologie de la croix : celle-ci n’est pas déconnectée de la justification par la foi : elle reste centrale. « Car c’est elle qui manifeste la faillite d’un cursus antique de l’honneur, c’est elle qui diagnostique, derrière l’obéissance à la Torah, la quête humaine de la justification ».
Cette dernière phrase est pour moi énigmatique. Enfin, je crois comprendre des petites choses, mais peut-être qu’elles sont des contre-sens...
J’ai du mal à conceptualiser la théologie de la croix de Paul, et encore plus à lier les deux notions : théologie de la croix et justification par la foi.
Pouvez-vous m’éclairer ?
merci beaucoup d'avance
Créé par : claire Garapon
Date de création :
Bonjour, Claire,Avec…
Bonjour, Claire,
Avec beaucoup de finesse, vous mettez le doigt sur ce qui a été un débat très récent dans l’exégèse paulinienne. Jusque dans les années 1980, les biblistes avaient toujours considéré que le centre de la théologie paulinienne (ou son sommet), représenté par Galates et Romains, était la « justification par la foi ». Depuis, le regard s’est reporté davantage sur les lettres aux Corinthiens (mais Galates aussi), pour souligner l’importance de la « Parole de la croix », le « Jésus Christ crucifié » que Paul présente au début de 1 Co 1-2, et qu’il met sous les yeux des Galates (Ga 3, 1). La croix est le signe par excellence de l’universalité du don de Dieu en Jésus Christ : il y rejoint les maudits de Dieu du judaïsme et les exclus d’humanité du monde gréco-romain. Tous sont invités à se reconnaître dans le Crucifié et à se laisser prendre en charge par lui.
Et je crois vraiment que c’est là le centre moteur de la théologie de Paul.
La question que vous posez est alors celle à laquelle DM essaie de répondre, certainement un peu vite, car ce n’est pas facile. Quel lien entre les deux ?
Un lien d’universalité de ce que Dieu a accompli pour les humains dans le Fils : c’est certainement ce qui est essentiel pour Paul. Au rebours de tout exclusivisme, social, religieux, de performance ou de valeur, tous sont également appelés à entrer dans le lien de filiation totalement confiante avec le Père.
Au fond, on pourrait dire que ce qui se révèle sur la Croix, ce « pour tous »- et d’abord pour les pires en 1 Co 1, 23-, se développe plus largement en termes de justification et d’ajustement au projet divin dans Galates et Romains.
Pour moi, c’est Galates qui fait le pont : car Galates (qui ignore la résurrection sauf dans la salutation convenue en 1, 1), insiste à la fois sur la croix et sur l’incarnation du Fils, envoyé par Dieu né d’une femme, né sous la Loi (Ga 4, 4).
L’incarnation, prise en charge de l’humanité et du mal qui la ronge pour le dénoncer et le pardonner, culmine sur la croix. Paul y voit la naissance d’une création nouvelle, animée par l’Esprit (réalisation des oracles de Jérémie 31, 31 et Ezéchiel 36, 26 en Ga 4, 7), parfaitement ajustée à Dieu désormais.
Il est possible aussi que dans la lettre aux Romains, plus encore que dans les Galates, il veuille insister sur le fait que tout cela se joue dans la foi/confiance/crédit. Non plus la dimension religieuse de la Loi, et pas même (malgré DM) la dimension éthique, mais d’abord la dimension de crédit que Dieu fait à l’humanité, espérant et réalisant dans le Fils un crédit mutuel ! Une dimension proprement théologique, et pour moi du même coup anthropologique. L’humain est un être à qui Dieu a fait définitivement crédit… dans le Christ mourant sur la croix.
L’éthique en fait partie, mais toujours chez Paul, elle vient après, elle en découle…
Pas sûr que cela tienne vraiment la route ! Vous me direz …