Quelques remarques du groupe de St Saturnin lès Avignon au Forum de la CCBF
Cette deuxième étude sur St Jean accompagnée par la lecture du livre de Zumstein a plus retenu notre attention que la première, en particulier parce que cette communauté johannique ressemble beaucoup à nos communautés qui ne sont pas toujours d’accord avec ce que propose l’Eglise officielle…
Ces gens-là ont eu la chance d’arriver dans les premiers temps de l’Eglise, au moment où rien n’était figé, alors que maintenant, entre les dogmes et la hiérarchie, nous ne nous sentons pas toujours très à l’aise.
Notre conscience habitée par l’Esprit saint semble quelquefois verrouillée.
Nous avons retenu quelques phrases de Zumstein :
Pg 31 : Poussés par l’Esprit Saint, ils ont travaillé les paroles de Jésus pour en actualiser la portée, car elles n’étaient pas des sentences pétrifiées dont il était interdit de changer la moindre lettre, c’était une parole vivante qui, sous la force de l’Esprit renaissait sans cesse à elle-même dans une prodigieuse richesse de sens ;
Pg 33 : l’Evangile nous fait découvrir une interprétation sans cesse recommencée de la figure de Jésus.
Nous aussi, qui avons reçu l’Esprit Saint, devons-nous adhérer à tout ce qui nous est enseigné : entre les dogmes, ce que dit la hiérarchie et les erreurs de traduction ?
Créé par : Dupont-Roc Roselyne
Date de création :
Chers amis,:J’aime beaucoup…
Chers amis,:
J’aime beaucoup votre lecture et votre réaction !
Si je vous propose de lire Jean Zumstein, ce n’est pas parce qu’il est protestant (ils ont beaucoup de dogmes en commun avec nous !), mais parce qu’il parle d’or, sur ce qu’est la véritable Tradition !
Une Tradition qui commence par la rédaction même du Nouveau Testament ; sur ce point, Jean est exemplaire, mais cela est aussi vrai des évangiles synoptiques, et de l’école paulinienne.
La Tradition procède par recueil des témoignages passés (de tous ordres, récits, enseignements, paraboles, actes de puissance et signes de Jésus) parfois de sources différentes, et elle avance ensuite d’interprétations en interprétations au cours des générations et des siècles ; elle n’est tradition (= transmission, pour les hellénistes paradosis) que parce qu’elle est vivante, sinon on ouvre un musée de choses mortes.
Jean montre bien qu’il y a, dans la communauté, des débats, des positions en tension, qu’il faut reprendre, rouvrir les questions, en face de nouveaux contradicteurs, ou à l’intérieur même de la communauté, et avancer avec l’histoire qui bouge et les générations nouvelles.
Il va empiler les discours : Jean 14, puis Jean 15 et 16, puis Jean 17 ! Comme il empile les interprétations d’un même récit (la « purification du Temple », « Nicodème » etc.)
Le Nouveau Testament en est la fixation scripturaire à un moment donné, pour servir de référence (et il a fallu 3 siècles au moins pour fermer le Canon, comment, c’est parfois difficile à saisir). Mais ensuite, il y a les Pères de l’Eglise, Ignace d’Antioche, Justin, Irénée, Origène et Tertullien… et plus tard Augustin… Thomas...
Et les débats autour des grands Conciles, on fête Nicée cette année, et Dieu sait à quel point on revient sur les querelles de mots, et les incompréhensions souvent plus linguistiques que théologiques.
Ces premiers dogmes (dogmata -Roger ne me contredira pas, ce sont d’abord des « opinions ») donnent le meilleur du langage de leur époque pour exprimer une foi qui est davantage un « ni ceci ni cela », un cadre, un périmètre, qu’un énoncé complet du mystère insondable de Dieu. Heureusement !
Ils l’ont fait pour leur époque ; clairement Nicée parle à des grecs nourris de platonisme vulgarisé et de néo-platonisme, évidemment nous ne comprenons plus rien à ce « consubstantiel », qui renvoie à une « substance » dont nous ignorons à peu près tout !
Avec Bernard Sesbouë (un jésuite, celui-là, aujourd’hui décédé), je crois qu’il faut dire : « l’Eglise se trouve dans l’obligation de dire nouvellement sa foi au fil des siècles, et d’annoncer sans ambiguïté le tranchant de l’Evangile (le « scandale » dirait Paul) à chaque moment de l’histoire ». « Au moment où l’histoire s’accélère la communauté des chrétiens doit reprendre encore une fois son effort à frais nouveaux, pour faire entendre l’annonce de Jésus Seigneur comme message de bonheur et d’espérance » (B. Sesbouë, L’Evangile et la Tradition, Bayard, 2008, p. 102-103).
C’est ça la Tradition qui s’inaugure dans le Nouveau Testament, et continue avec ses découvertes fulgurantes et parfois quelques dérapages terrifiants.
Mais j’ai envie de dire : ne nous plaignons pas, nous sommes libres, et comme vous le dites, poussés par l’Esprit, mettons-nous au travail. Pour le dire aujourd’hui de façon audible et libérante !