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Engendrement du Fils et des fils

Bonjour madame,
Permettez-moi de reposer une seconde question, qui m’est apparue à la relecture des différentes études de Y. Simoëns (trois livres sur l’Évangile de Jean : Selon Jean (1996), Évangile selon Jean (2016) et Croire en Jésus selon Jean (2021), sans parler de ses études sur les Épîtres de Jean, et sur l’Apocalypse !). Cette question touche ce que je crois être un des deux centres interprétatifs de Y. S. : la question , de résonnance bien johannique, de l’engendrement (le chapitre VIII du t.2 de son premier livre est intitulé : L’engendrement d’en haut (Jn 3, 1-21), dans son deuxième livre, Y. S. parle de « la foi comme engendrement » (p. 37), et dans le très beau chapitre 3 de son dernier livre, commentant le même passage de Jean, ce même auteur écrit : « l’acte de croire comme engendrement d’en haut, condition pour voir le royaume de Dieu » (p. 95)).
Dans le ch. 3 étudié, Y. S., dans ses deux grands commentaires, traduit ainsi le v. 3 : « si-éventuellement quelqu’un ne fut pas engendré (γεννηθῇ) d’en haut, il ne peut voir le royaume de Dieu » (même traduction pour les 8 occurrences de ce verbe dans ce ch.).
Dans le Prologue, Y. S. traduit ainsi le v. 13 : « eux qui non de sangs (...)(...) mais de Dieu furent engendrés » et le v. 4 : « gloire comme d’unique engendré de chez le Père ». Dans le deuxième commentaire, Y. S. remarque : « L’évangéliste cherche à définir l’effet de l’incarnation du Verbe-Parole dans le croyant avant de traiter de l’incarnation de Jésus au verset suivant » (p. 36) ; au fond, il est parlé, dans le texte, de notre engendrement avant l’engendrement du Verbe ! (La BJ répète bien deux fois cette traduction « engendré » pour ces deux versets). Dans son premier commentaire (t. 2), Y. S. écrit : « À la limite, elle [l’incarnation qui s’opère en Jésus ] est d’abord perçue par ses effets en nous avant de se proposer … à la contemplation en dehors de nous » (p. 44).

Ma question est très simple (c’est-à-dire selon mon expérience, théologiquement, difficile … !) : pourquoi le Fils « par nature », le Fils absolu, qui n’a donc pas à le devenir, doit-il être, comme l’un de nous, qui sommes fils « par grâce », dans notre devenir, notre croissance spirituelle, pourquoi ce Fils « unique » doit-il être engendré du Père, ou d’en-Haut (de sa naissance et de son baptême(chez Luc) dans l’Esprit, à sa résurrection par l’Esprit « Et maintenant, exalté par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint, objet de la promesse » (Ac 2, 33 : cf. Paul : « Et si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8, 11)).
Si j’ose m’exprimer ainsi : quelle dénivellation « ontologique » existe-t-il entre le Christ et chacun de nous, engendré du Père ?
Je ne peux citer les très nombreuses réflexions de Y. S. dans ses études marquant la « proximité-altérité » de Jésus et de chacun nous (« ses frères ») ; simplement, relativement à cet entretien de Jésus avec Nicodème :
« Ce que Nicodème pense être le propre de Jésus , Jésus l’emmène à penser que c’est le propre de quiconque » (t. 2, p. 185-186) ; « l’interlocuteur est convié au même « admirable échange » que celui qui s’opère en Jésus » (p. 195) ; « Venant du ciel et y remontant, le Fils de l’homme révèle que ce mouvement vaut pour tout homme qui vient de Dieu et retourne à Dieu s’il est né d’eau et d’Esprit » (p. 196) ; et, dans ce même livre : « Toute vie est suspendue à la source de la vie : celle du Fils d’abord, mais indissociablement celle du croyant ensuite » (p. 289).
Permettez-moi, madame, de vous remercier de votre citation de Y. S. : « il nous entraîne (hors de nous-mêmes) dans sa propre orientation vers le Père » (ici, la TOB traduit excellement le premier verset de Jean : « le Verbe était tourné (πρὸς τὸν θεόν) vers Dieu ». Les affirmations de Y. S., citées ci-dessus, d’un Christ fraternel nous tournant vers Dieu, parce que Lui-même « tourné vers Dieu », « Théo-centré », même paraissent plus que « fondamentales » ;
Si je puis m’exprimer tout personnellement : je crois que le Christ est le Fils parfait, le Fils accompli, celui de l’Origine, qui, restaurant, en la révélant et en la guérissant, notre relation filiale à Dieu, nous ouvre la Vie éternelle : « La vie éternelle [en plénitude], c’est qu’ils Te connaissent [au sens relationnel, biblique, de la relation la plus intime] Toi, le véritable Dieu » (Jn 17,3).
Dans un très beau « petit livre », trop peu cité, voici la conclusion d’un des derniers ch. sur « Le Fils et le Père » : « Si les croyants « font » ce qu’ils « savent », ils sont unis à Jésus et rétablis dans la communion avec celui qui devient en vérité leur Père. Entre les hommes et lui, Jésus ne sert pas de médiateur : il les appelle à entrer dans la relation qui lui-même entretient avec le Père » (A. Lion, Lire saint Jean, Cerf, 1984, p. 149-150)

Je vous remercie de bien vouloir expliciter (plutôt méditer) ma propre question (plutôt ce mystère !) relative à l’« identité » d’engendrement du Fils absolu et de chacun de nous, par le Père, dans l’Esprit.
M. Francis Fabre

Créé par : Fabre Francis

Date de création :

Commentaires

Posté par Roselyne

sam 18/10/2025 - 11:29

Permalien

Bonjour, Monsieur,
Je suis un peu inquiète de vous voir nous entraîner dans le ou les livres d'Yves Simoëns, un homme admirable, que j'ai connu, qui vient de nous quitter, mais dont la lecture est extrêmement ardue. Je sais bien que toute sa réflexion tournait autour de cette idée d'"engendrement", du Fils et des fils/filles (Paul aurait dit "sa multitude de frères"), mais si nous abordons la question, abordons-la dans ce forum, là où nous en sommes, à propos du dialogue avec Nicodème. Naître d'en haut (ou "re-naître") est offert à tous, sans discrimination, sans contradiction bien sûr avec le fait que chacun est né d'abord de la chair, qui n'est pas ici disqualifiée. La question est bien celle d'un langage qui semble opposer "les choses terrestres" et les "choses du ciel" ; mais le texte affirme que  le souffle, l'esprit est à l'oeuvre pour faire accéder ce monde à la lumière.
Nous apprenons ensuite que ce passage des ténèbres à la lumière est en train de s'opérer grâce à la venue du Fils unique.
Bien sûr, cela nous renvoie à l'identité du "Fils unique de Dieu". Mais ce n'est pas le lieu ici d'entrer dans un débat philosophique et théologique sur l'identité du Christ ; d'une part j'en suis incapable, de l'autre, le but de ce forum est une lecture au ras du texte de l'évangile de Jean, avec le choix que j'ai fait très sciemment de ne lire le prologue qu'à la fin. Il a été écrit effectivement à la toute fin de la rédaction de cet évangile. Avançons lentement en engrangeant nos questions.

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