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Thèmes / Paul de Tarse / Vos questions, vos remarques / 1)Les croyants, Fils de Dieu ou fils? 2) Rédemption et salut

1)Les croyants, Fils de Dieu ou fils? 2) Rédemption et salut

Bonjour Roselyne et merci beaucoup pour vos réponses si éclairantes à nos questions.
J'en ai deux pour ma part
1) Paul nous dit en Rm 8 que nous, croyants en Jésus Christ, avons reçu un Esprit qui "atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Enfants et donc héritiers: héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ" (v 16-17). Peut-on penser que nous serons pleinement divinisés? Aimés par le Père à l'égal du Christ ? Cela parait inimaginable de débordement! Ou à la suite du Christ, aimés, mais autrement car nous n'avons pas cette intimité avec le Seigneur qui en dehors de tout temps relie Jésus à Dieu le Père? Bref, serons nous fils ou Fils? Je devrais peut-être écrire au présent, une autre question!
2) Paul fait il une distinction entre salut et rédemption?
Merci à l'avance

Créé par : Anne Cornelli

Date de création :

Commentaires

Posté par Roselyne

lun 19/05/2025 - 17:51

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Bonjour, Anne-aux belles questions !
Et une première question bien difficile, car je ne suis pas, et de loin, dans le secret de Dieu !
Restons modestement chez Paul, et notamment dans Galates 4, 4-7 et Romains 8, 15-30.
Dans les Galates, Paul distingue de façon nette : le Fils que Dieu a envoyé, il vient de Dieu chez nous, et par son Esprit nous permet de recevoir "l'adoption filiale" (4, 4-5). L'expression est subtile,! car elle renvoie au droit romain pour lequel l'enfant n'est légitimé que lorsqu'il est reconnu ("élevé", c'est le geste effectué) et dont adopté par son père. L'enfant non élevé, et non reconnu, est exposé, c'est-à-dire abandonné à la mort. Les chrétiens condamneront cette pratique, mais à l'époque où Paul écrit, elle fonctionne. Dieu nous reconnaît comme ses fils/filles, et l'Esprit du Christ crie en nous "Abba, Père". On voit bien qu'il y a une antériorité, et, plus qu'une exemplarité, une transformation de l'humanité de l'intérieur par le Christ : il la rend "filiale" !

Le texte des Romains dit la même chose, et va un peu plus loin : même affirmation de l'Esprit qui nous "filialise" en Rm 8,15-16 ; puis en Rm 8,29 le fait que Dieu "nous a donné d'avance de devenir conformes à l'image de son fils, pour que lui soit le premier né d'une multitude de frères" ; où l'action du Christ n'est plus seulement avant, mais aussi devant, il nous conduit vers la filiation et la fraternité (que nous oublions un peu trop vite !!!)
Peut-on aller plus loin ? Les lettres aux Colossiens et Ephésiens verront le Christ à la fois au début (premier né de la création) et à la fin (premier-né de la résurrection et de la création nouvelle) : il prend en charge l'humanité pour la conduite à la perfection.
les pères grecs iront plus loin et n'hésiteront pas à parler de "divinisation des êtres humains" : Dieu s'est fait homme pour que l'homme soit divinisé, dit à plusieurs reprises Athanase. On peut rester prudents : déjà être conformé à l'image du Fils (c'est peut-être dire la même chose) est une destination inouïe.
Dieu nous aime-t-il autant qu'il aime son Fils ? Je ne suis pas sûre qu'il y ait des plus et des moins dans le véritable amour, en tout cas, certainement pas dans l'amour de Dieu... Et croire que Jésus a donné sa vie pour que tous soient pardonnés, c'est déjà introduire une impossibilité de mesure dans l'amour.
Je pense que oui, il faut le dire au présent, mais surtout le dire pour tous... quelques huit milliards d'invidus, dont certains sont peu recommandables, cela fait tourner la tête, et donne la mesure démesurée de l'amour de Dieu (le nôtre est loin, loin, loin derrière...).

Deuxième question plus facile : je ne crois pas que Paul utilise beaucoup le vocabulaire de la rédemption. En tout cas, pour lui, le mot n'est pas un concept, l'image est vivante, il s'agit du rachat des esclaves sur le marché : "vous avez été (r)achetés à grand prix" (1 Co 6,20 et 7,23) ; il l'emploie aussi en Galates 3,13 et 4, 4 notamment pour les Juifs, sur fond d'Exode et de libération de l'esclavage ; il emploie aussi deux ou trois fois dans le même contexte le vocabulaire du "rachat par rançon", toujours dans l'idée d'une délivrance d'un esclavage (Rm 3,24 et 8,23).
Il est beaucoup plus à l'aise, il me semble, avec le vocabulaire du "salut" (le verbe "sauver"), mais seulement en Romains et 1 Corinthiens.
Dans ces lettres, il met en tension le fait d'être rendu juste, réconcilié avec Dieu, et le fait d'être sauvé, qui reste l'objet de notre espérance (Rm 5, 6-11 par exemple). Autrement dit, ce que Jésus Christ a accompli, remettre l'humanité dans l'axe de bénédiction divine, la rendre capable d'accueillir le don de Dieu, et, encore à distance, car  il nous faut le vivre jusqu'au bout, le salut qui est la plénitude de la réconciliation de l'humanité avec Dieu...mais d'abord aussi avec elle-même, et nous sommes loin du compte !
"L'Evangile est puissance de Dieu pour le salut pour quiconque croit, le Juif d'abord et le Grec" (Rm 1, 16), une façon de préserver la liberté humaine et d'en appeler à notre responsabilité !

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