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Commentaires

Posté par Roselyne

ven 21/06/2024 - 22:40

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Je vais tenter de répondre rapidement à vos questions, puis nous en reparlerons de vive voix le 27 juin.
Le texte biblique est toujours un texte écrit à un moment donné de l'histoire humaine dans un lieu précis et des circonstances particulières (les chrétiens parleront d'incarnation ; Dieu parle et se révèle dans l'histoire humaine). Il faut donc sans cesse remettre les récits autour d'Abraham dans leur contexte.
1) Au moment de la prise de Jérusalem par les Babyloniens après plus de 10 ans de guerre et trois ans de siège en 588 av. JC., les élites du Royaume de Juda se sont retrouvées exilées à Babylone :  non pas déportation massive des populations comme l'avaient pratiquée les Assyriens en 721 (prise de Samarie), mais départ de la cour et des grands en 598, des prêtres, des scribes et des artisans en 588, des milliers de personnes à pied à travers la Syrie et la Mésopotamie. A Babylone certains s'étaient vite assimilés, mais d'autres plus fervents avaient  gardé leur identité juive forgée autour de la foi au DIeu unique, et de pratiques qui se mirent en place (sabbat, circoncision, rites alimentaires). Lorsqu'après 538, le pouvoir perse qui avait balayé les Babyloniens autorisa les retours, des groupes partirent surtout entre 538 et  520.
Or, la terre qu'ils avaient quitté avaient été occupée par.... les paysans qui étaient restés et leurs descendants, les Edomites et d'autres peuplades qui s'étaient installés etc. Ils revenaient avec un descendant de la dynastie davidique (Zorobabel), et ils devaient affirmer fortement leur droit à la terre . Cette terre où avait vécu leurs ancêtres sous la royauté (de 1000 à 588) et où s'était forgée la foi au Dieu d'Israël YHWH.
Les récits autour du patriarche d'Hébron, Abraham, dont vous avez vu à quel point ils étaient mêlés de traditions anciennes, ont alors été repris, repensés et développés, pour renforcer l'idée que la  promesse de Dieu portait à la fois sur une descendance et sur une terre à habiter (sinon; où vivre en honorant le Dieu d'Israël considéré désormais comme l'Unique ?).
Le droit à la terre fut discuté, évidemment, et tout ce que nous avons lu des dêmélés d'Abraham avec Lot, avec les rois, avec Abimélek (et la figure du roi prêtre Melkisédèk), de l'achat du champ et de la grotte aux fils de Heth pour enterrer Sara, l'enterrement d'Abraham par ses fils, tous servent à aborder cette question, à la discuter et à l'étayer.
Pour qu'un peuple vive, même dans une semi-liberté (sous les grands empires), il lui faut un lieu ! Et l'errance du peuple juif à travers les siècles, liée à l'antijudaïsme romain, puis chrétien, a contribué à son destin tragique.

2- Docilité d'Abraham sur la demande du sacrifice d'Isaac, alors qu'il débat avec Dieu du châtiment de Sodome.

Evidemment, deux traditions différentes, encore une fois en dialogue. Et qui tentent l'une et l'autre d'avancer dans la compréhension d'un Dieu juste ... et miséricordieux. Les textes travaillent l'image de Dieu à travers une diversité de rencontres et de dialogues.
Le sens de la justice et la conviction d'un Dieu à la fois  juste, et miséricordieux  pousse Abraham à une négociation serrée pour tenter (en vain d'ailleurs) de sauver les coupables : quelle image de Dieu se fait-il alors ? Et nous ? Jusqu'où Dieu peut-il être juste ET miséricordieux ?
L'obéissance d'Abraham à l'idée qu'il se fait d'un Dieu exigeant le renoncement à sa paternité, voire contredisant sa propre promesse vjent d'un fantasme religieux qui habite bien des traditions humaines, et qu'il faut décanter pour découvrir un autre visage de Dieu. Quel image de Dieu se font ceux qui lui imputent la mort de Jésus en croix ? Et nous ?

3- L'âge improbable des patriarches ? Je vous l'ai dit : je plaide pour la tradition commune d'une humanité qui a commencé par un âge d'or (vie très longue), et dont les âges suivants (argent, bronze, fer, chez Hésiode) s'amenuisent tandis que se perd la force vitale des humains.
Il y a de cela dans ces nombres évidemment symboliques.
Quant à faire parler les nombres (la "gématrie"), comme le fait Wénin  (et certaines traditions juives, jusqu'à et après la Cabbale), ce n'est vraiment pas ma tasse de thé, et je vous laisse accorder aux explications de Wénin le crédit que vous voulez !
 

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