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Commentaires

Posté par Roselyne

mar 19/03/2024 - 18:50

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Beaucoup de questions intéressantes sur ce texte du chapitre 20, la rencontre entre Abraham, Sarah et Abimélek et sur la figure d'Abi-mélek !


1- D'abord la question de la stérilité. A priori la stérilité de Sarah, comme plus tard celle de Rachel, ne signifie pas une absence de Dieu, encore moins un châtiment. C'est une réalité de la nature, douloureuse pour la femme stérile, mais surtout terrible dans une civilisation où la descendance signifie la survie de la famille, et au-delà de l'humanité. Corrélativement la femme stérile (dans un monde patriarcal, c’est toujours de la femme qu’on parle, sans envisager la stérilité masculine !) est souvent renvoyée ou reléguée au second plan dans le cadre même de la maison.
Il me semble que ce choix des auteurs de mettre en scène des femmes stériles sert à montrer que la vie vient de Dieu, qu'il en est le maître, mais surtout que "rien n'est impossible à Dieu". C'est ce qu'a affirmé le visiteur à Sarah en 18, 14 ("une chose est-elle trop prodigieuse pour le Seigneur?"). 
Ainsi les auteurs affirment aussi que ce ne sont pas les humains qui ont la main sur la vie, mais que Dieu seul en est maître ; et que la véritable fécondité vient de lui.
Les auteurs des évangiles de l’enfance reprendront ce thème avec la figure de la virginité de Marie.
Dans les épisodes du chapitre 12 et du chapitre 20 où la stérilité des femmes égyptiennes ou philistines semblent un châtiment, le but poursuivi est aussi de montrer que la vie dépend de Dieu et de Dieu seul. Croire en Dieu, c'est aussi croire en la vie toujours possible, malgré les apparences et les impossibilités humaines.

NB Je laisse à A. Wénin la responsabilité de son explication de la stérilité par le non-ajustement du couple Abram/Saraï !

2-L’histoire du « père-roi ». C’est la signification du nom d’Abimélek, et le chapitre 20 (mais aussi 21) montre qu’Abimélek joue un rôle important dans « l’éducation » d’Abraham ; en tout cas, il le remet dans une juste perspective quant à son rapport aux peuples environnants ; il lui montre que la justice et « la crainte de Dieu » est aussi (et peut-être d’abord) de leur côté. Au chapitre 21, il aide Abraham à résoudre pacifiquement un conflit de bergers autour des points d’eau et conclut avec lui une alliance qui fait écho à l’alliance divine.
Mais Wénin applique aussi des catégories psychologiques ou psychanalytiques à la relation Abraham vs Abimélek. Il considère que Terakh le père d’Abram avait avec sa famille une relation fusionnelle, une sorte d’emprise mortifère, qui enfermait les siens dans un cercle de relations serviles et mortifères. Abram en sort en partant…. Et il rencontre en Abimélek le père qui, au contraire, l’aide à grandir et à sortir des relations de soumission et de fusion ; Abimélek remplit alors parfaitement la fonction paternelle et la fonction royale qui est de rendre chacun capable de respecter la justice et le droit ) !
Ce qui est certain, c’est qu’Abimélek se montre « intègre » devant Dieu (ce qui était demandé à Abraham en 17, 1), et parfaitement juste et généreux pour Abraham qu’il accueille sur ses terres, et avec lequel il passe une alliance en bonne et due forme, respectueuse de la vie de chacun !

 

3- Abraham est un nomade, donc par définition quelqu’un qui habite comme étranger et résident provisoire sur les terres d’un autre.
 Mais la promesse de la terre que Dieu lui fait n’est pas celle d’un lieu d’errance, elle est bien promesse d’un pays où s’installer.
A vrai dire, cela participe d'un mouvement général de l'humanité qui a passé du nomadisme à l'habitat fixe ; et il n'y a là aucune destinée (écrite par qui ?) pour quelque peuple que ce soit !
Les souvenirs anciens des ancêtres d’Israël rappellent que le peuple a commencé par le nomadisme. Mais ils rappellent aussi que les tribus se sont installées dans la région, et ont considéré que cette terre leur avait été donnée par Dieu.
Historiquement, il faut savoir que les tribus d’Israël, des nomades, se sont fixées progressivement au sud, à l’ouest et au nord du Jourdain, à la fin de l’âge du bronze et au début de l’âge du fer, alors que la région était en grand affaiblissement économique et politique. Les roitelets des villes pitons étaient ruinées (Jéricho était en ruine, la ville d’Aï porte d'ailleurs ce nom qui signifie "ruine" !) et les campagnes en grande partie vidées (sécheresses, événements climatiques sur des décennies). On peut comprendre que cette installation se soit faite de façon pacifique.
Le véritable ennemi qui paraîtra autour de l’an mille, ce sont les « peuples de la mer », Philistins, qui débarquaient sur la côte (Gaza) pour des razzias violentes jusqu’à l’intérieur du pays, et que Saül et David combattront jusqu’à les chasser.
La légende fondatrice racontera sous forme guerrière cette occupation du pays par Josué : c’est un texte tardif, cherchant à justifier le retour des exilés sur leur terre.
Mais nul ne peut considérer qu'Israël soit voué au nomadisme, cela n'a aucun sens. Ce que l'on peut dire, c'est que chassé de toute part par la méchanceté et la cruauté humaines, les Juifs au cours de leur histoire ont pensé la terre que Dieu leur avait promis comme un don futur, toujours à espérer et à attendre...Jusqu'à 1948, mais c'est une autre histoire.

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