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Peur de l'étranger et accaparement de Dieu ...

Je ne suis pas convaincu par l’interprétation psychanalytique de Gn 20,1-18 que propose André Wénin, en pointant la relation au père qui ferait obstacle à une vraie relation à l’épouse. Selon moi, ce récit met davantage en avant la peur de l’étranger et révèle une attitude quasi raciste de la part d’Abraham vis-à-vis des étrangers ? Ironie de l’auteur car c’est Abraham l’étranger qui arrive dans un nouveau pays ! Et en plus, le texte interroge sur la foi d’Abraham : YHWH lui a proposé une alliance, à lui et à son clan, mais on ne peut pas encore parler du Dieu d’Israël, car Israël n’existe pas encore ! Abraham est légitime à penser que YHWH est son Dieu, et qu’il n’est pas celui du roi Abimélek. Mais pourquoi considère-t-il, à priori, que le roi et son peuple ne peuvent pas craindre leur Dieu ? N’est-ce pas cela plutôt que YHWH veut convertir dans le regard d’Abraham ?

Créé par : Claude Laval

Date de création :

Commentaires

Posté par Roselyne

ven 08/03/2024 - 09:24

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Un grand merci de votre réaction. Je ne vais pas être longue à vous répondre, je suis entièrement d'accord avec vous !
J'avoue que l'histoire du père castrateur me laisse un peu perplexe ! Cependant si j'essaie de comprendre A. Wénin, je me dis qu'il est très marqué par l'étymologie du mot Abimélek : mon père (ab-i) est roi (melèk), et par le fait qu'Abraham vient d'un clan familial en voie de rétrécissement sinon de disparition. Mais ici, il a reçu la promesse (Sarah est-elle enceinte ?), le récit ne le dit pas...
On voit bien qu'il est extrêmement difficile et un peu risqué de vouloir lire le texte comme un développement linéaire bien construit de la transformation intérieure d'Abraham, même s'il est vrai qu'il y a dans tout chemin humain des moments de régression.
Pour ma part, je trouve intéressant que les auteurs aient mis là cette scène où, comme vous le dites, on voit l'extrême difficulté pour Abraham de "partager" son Dieu. Son a priori est clair : "il  n'y a pas la moindre crainte de Dieu dans ce lieu" ; ni Dieu ni morale chez ceux qui ne sont pas du clan, ce sont des sauvages ! Il va devoir faire du chemin pour admettre que son Dieu est aussi celui des autres, même s'ils ne le nomment pas et pour convertir son regard ( ce chemin de conversion,  nous n'avons pas fini de la parcourir !)
D'où la magnifique ironie du texte : l'autre est plus juste, bien plus juste et ajusté à Dieu, qu'Abraham, et c'est l'étranger qui lui enseigne les voies de la justice et de la justesse. Bien plus, Dieu parle avec Abimélek, le reconnaît "intègre", comme Abraham en 17, 1 ; quel que soit ce Dieu, vous l'avez dit, il n'est pas nommé "le Seigneur" (YHWH, lu Adonaï), mais assez différemment "mon seigneur" (adoni) (v. 4). 
Je salue leur lucidité et leur honnêteté !

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