Commentaires
Prière du dimanche matin...Etty Hillesum
Je n'ai pas non plus de réponse standard à ce douloureux problème. Mais permettez moi de vous faire part d'une piste de recherche ouverte par Etty Hillesum, dans son livre: Une vie bouleversée, (p.175):
"...Je vais t'aider, mon Dieu à ne pas t'éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d'avance. Une chose cependant, m'apparaît de plus en plus claire: ce n'est pas Toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons T'aider- et ce faisant, nous nous aidons nous-même. C'est tout ce qu'il nous est possible de sauver en cette époque, et aussi la seule chose qui compte: un peu de Toi en nous, mon Dieu. Peut-être pourrons-nous aussi contribuer à te mettre au jour dans les cœurs martyrisés des autres..."
Nous pouvons aussi suivre la piste de Mauris Zundel qui écrit que Dieu est la première victime du mal...
Merci, Françoise ! Je médite…
Merci, Françoise ! Je médite souvent ce texte d'Etty Hilesum, et je crois que DIeu est la première victime du mal que Jésus est venu partager avec nous. Mais il faut y ajouter la foi (éprouvée bien souvent aux deux sens du terme) que Dieu a relevé Jésus d'entre les morts, dit autrement qu'il a manifesté en Jésus que le mal et la mort ne pourraient avoir le dernier mot.
Oui, aidons cette certitude à ne pas mourir en nous et dans le monde !
Vous posez magnifiquement…
Vous posez magnifiquement les questions. Comment Dieu peut-il être à la fois tout-puissant et ne rien faire devant l'abîme du mal ? C'est le mystère du mal.
Comment Dieu peut-il être à la fois miséricordieux et sauveur et abandonner l'humanité à ses démons et à sa destruction ? Mystère de Dieu. Vous savez à quel point la question a été posée avec acuité par des penseurs juifs et chrétiens après Auschwitch... Les théodicées et autres défenses de Dieu paraissent dérisoires devant le mal et la méchanceté humaine. Evidemment que je n'ai, pas plus que vous, de réponse !
On voit bien que les auteurs bibliques affrontent la question et ils le font magnifiquement, car ils mettent en scène l'homme qui se révolte devant Dieu et ose poser la question : "comment peux-tu ?" Ils comprennent aussi qu'il y va de la dignité humaine devant Dieu de poser la question, et ils nous apprennent que c'est aussi ce que Dieu attend de l'être humain : qu'il se révolte devant le mal. Ensuite ils constatent : les villes de Sodome et Gomorrhe sont détruites, en fait non par Dieu, mais parce que le mal ne peut engendrer que la destruction. Quelques uns sont sauvés : des justes, et des moins justes... Et combien faut-il de justes pour que le monde soit sauvé ? C'est intéressant de penser qu'Abraham compte non seulement sur Dieu, mais bien sur la présence d'humains justes... Comme si ce salut dépendait aussi de nous...
La tradition juive a toujours avancé dans cette direction : combien faut-il de justes pour sauver le monde de l'abîme du mal ?
La réponse du christianisme est : un seul a suffi. Le centurion, dans l'évangile de Luc, s'écrie en voyant mourir Jésus : "vraiment cet homme était un juste" (Lc 23, 47). Celui qui meurt là est le Juste par excellence, l'être humain en qui Dieu se reconnaît pleinement. Que dire ? qu'il vient plonger dans le mal et la mort humaine pour nous révéler que Dieu vient visiter et accompagner, finalement relever notre humanité jusque là ?
C'est bien le noeud et le coeur de notre foi, et je suis bien d'accord avec vous : on ne parvient pas à un discours cohérent, réconciliant tout ce que nous savons de Dieu... Et la foi est aussi décision de faire confiance, de l'ordre du pari : elle consiste à accepter de s'appuyer sur l'invisible, quand tout le visible le contredit...
Mais, à la réflexion, l'amour est très exactement de cet ordre-là !