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Mariage avec Agar et "construction" de Saraï ?

Les parallèles établis par A. Wénin entre le récit égyptien (Gn 12), celui avec Agar (Gn 16) et celui du serpent qui trompe Eve et Adam (Gn 3) montrent efficacement le passage du désir à l’illusion que l’être humain pourrait se passer de Dieu, au lieu de lui faire confiance pour qu’il puisse agir en sa faveur. Pourtant, deux affirmations de Wénin sur Gn 16 me laissent perplexe :
- L’initiative de Saraï consiste, selon lui (p.109), à « marier » Abram et Agar plutôt que d’envisager un rapport ponctuel et plus loin (p.116) que ce fut la plus grosse erreur dans cette affaire ; pourtant, le texte dit que « Va donc vers ma servante, peut-être que par elle j’aurai un fils ? » (Gn 16,2). C'est plutôt d'une relation ponctuelle pour faire d’Agar une mère porteuse qu'il s'agit.
- Wénin s’appuie sur deux sens possibles d’un mot hébreu pour suggérer que le désir de Saraï est à la foi d’avoir un fils et de « se construire » comme femme (p.113). Et plus loin, il explique qu’Abram aurait dû résister à la demande de Saraï, ce qui lui aurait permis de « se construire », de devenir une femme (p.115). On peut comprendre que Saraï n’avait pas forcément besoin d’enfant pour être pleinement femme. Mais il apparaît qu’après de nombreuses années de mariage, elle restait insatisfaite et que son désir d’enfant était toujours présent, et Abraham, habité par le même désir, semblait reconnaître la légitimité du désir de Saraï et croire que l’enfant de la servante pouvait soulager sa souffrance. Du coup le choix de recourir à une mère porteuse n'est-il pas davantage du côté de la vie ? Cette option contredisait-elle la volonté de Dieu ? Wénin dit bien que d’une part Abram pouvait fort bien considérer que la promesse de Dieu pourrait se réaliser par Agar et que d’autre part Saraï n’avait pas explicitement été nommée dans la promesse de Dieu. Bref cette idée de « construction » me paraît bien obscure.

Créé par : Claude Laval

Date de création :

Commentaires

Posté par Roselyne

ven 15/12/2023 - 12:50

Permalien

Bonjour,
Merci de ces remarques qui nous forcent à clarifier (un peu ?) les choses, pour autant que nous avons des connaissances sûres.
D’abord sur la question du « mariage ». Il ne faut pas que nous plaquions la forme de nos institutions civiles sur une époque qui est, au mieux pour l’écriture du récit, le 6ème siècle avant J.C,. et qui visiblement s’appuie sur le droit néo assyrien (dernier roi  Assurbanipal en 612 av. JC.)/


Le texte hébreu est d’une incroyable sobriété : « va donc vers ma servante » (v.2), « pour la donner à son homme (ish) Abram, comme femme (isha). "Homme/femme" comme en Genèse 2, 23.  Faut-il traduire cela en termes de « mariage » ? L’Eglise s’est appuyée sur Genèse 2, 23 pour édifier sa conception du mariage, or, nous voyons là à quel point un tel texte peut recouvrir des réalités différentes ! C'est aberrant, d'en faire du normatif pour le reste des temps !
Clairement, Saraï donne Agar pour femme à Abram en sorte qu’elle ait un fils, qu’elle, Saraï, adoptera.
Agar restera une esclave ; elle restera aussi la mère d’Ismaël, et partant la mère du premier fils d’Abram. Est-elle pour autant définitivement sa « femme » ?
On dirait aujourd’hui « concubine ». Le couple socialement stable reste celui d’Abram et de Saraï ; mais rien n’empêche qu’ Abram ait eu d’autres femmes. Il en aura une autre, Qetoura, après la mort de Sarah (25, 1 «il prit pour femme » isha), et un nombre indéterminé de « concubines » (25, 6) ; c’est alors le mot « concubine » qui est employé !

Quant au désir de Saraï d’être « construite »/"par un fils", là encore, je pense qu’il ne faut pas faire d’anachronisme.
Il est évident (et nous en sommes encore là dans tant de pays et de cutures !) que la femme n’était reconnue et honorée par son époux d’abord, socialement ensuite, que si elle avait un fils. Avec de belles exceptions (voyez 1 Samuel 1, 8).
A l’époque de Jésus, en Judée une femme juive n’ayant pas de fils était pour ce motif très facilement répudiée. Cela peut nous révolter, mais j’en connais ! !
Et j’ai tendance à penser comme vous, qu'en agissant ainsi, Saraï allait du côté de la vie… et croyait peut-être accomplir la promesse de Dieu !
Que ses motivations aient été ambiguës, cela paraît évident, mais qui la condamnerait à cause de cela ?
Comme vous le dites d'ailleurs, Abram non seulement se laisser faire, mais au chapitre 17 reconnaît Ismaël comme son héritier, et le circoncit avec lui !

 Ensuite jalousie et incohérence de la part de Saraï, c’est humain, bien humain, moins acceptable, certes….

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