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Commentaires

Posté par Roselyne

lun 08/01/2024 - 16:48

Permalien

Bonjour,

Merci de votre question, un peu en dehors du forum, mais tellement biblique et tellement centrale dans la foi chrétienne !
Je ne suis pas capable  d'y répondre, mais je vais essayer de vous tracer des chemins vers une réponse à retravailler tout au long de sa vie.

Dit très brutalement : Jésus était-il "Dieu" dès sa naissance, comme l'indiquent les présents offerts par les mages (l'encens notamment, car la myrrhe évoque plutôt la mort et l'onction sur le cadavre, l'or la qualité royale) ? Ou le "devient-il " par sa résurrection ?
On ne peut pas poser ainsi la question aux écrits du Nouveau Testament, car il ne s'agit pas d'un traité de théologie, mais du témoignage du travail de réflexion mené tout au long du 1er siècle (de 35 à 110 environ) par les chrétiens autour de l'unique question : "Et vous qui dites-vous que je suis ?", la question de l'identité de Jésus.
On peut dire qu'il y a eu divers regards, diverses approches, des évolutions, des décisions même sur des énoncés de foi (on les appellera des "dogmes"), et cela va se poursuivre pendant 3 ou 4 siècles encore.
Paul se fait l'écho au début de la lettre aux Romains d'une affirmation assez ancienne ; il écrit entre 49 et  58 ap. JC, 20 à 30 ans  après la mort de Jésus, et déjà il y a des affirmations qui sont antérieures à ses écrits : Jésus, descendant de David, a été "défini" Fils de Dieu avec puissance par sa résurrection des morts (Rm 1, 3-4).  Comme vous le dites, il s'est révélé Fils de Dieu tout au long de sa vie, et surtout par et après sa mort.

Mais Paul lui-même dit aussi les choses différemment : dans la lettre aux Galates, il écrit que "Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme, né sous la Loi"  (Ga 4, 7). Un être humain, comme l'un de nous, un Juif, mais qui est, dès sa naissance et son "envoi" Fils de Dieu ! D'emblée participant de la vie même de Dieu.
Paul ne parle pas du tout de préexistence, mais pour lui, Jésus fait de toute éternité (et il n'y a pas d'avant ni d'après dans l'éternité) de la façon dont Dieu aime et vit, du fait que Dieu lui-même est échange et envoi vers un autre.
Dans la lettre aux Philippiens, l'hymne célèbre 2, 6-11 est très discuté : Jésus est celui qui n'a pas saisi comme une proie sa participation à la divinité (ce qu'Adam et Eve avaient fait, voulant se faire "comme des dieux"), mais il s'est entièrement plongé dans l'humanité reçue, jusqu'à la  mort la plus odieuse. Et Dieu l'a élevé dans sa gloire, jusqu'à lui donner son propre nom, celui de SEIGNEUR.
Pour Paul, clairement, Jésus ressuscité participe de la gloire de Dieu. A la fois il dit que Dieu a exalté Jésus auprès de lui, et que Jésus d'emblée est dans la condition divine de Fils de Dieu, ce qui n'enlève rien à sa pleine humanité. Comme si l'éternité de Dieu avait un jour percuté l'histoire humaine où Jésus a mené sa vie.
C'est compliqué, mais je crois que Paul s'en tient là.
Et que les évangélistes, Marc, Matthieu et Luc sont à peu près sur cette longueur d'onde. Les deux récits des évangiles de l'enfance essaient de dire cette origine d'emblée divine de Jésus. Ils le font avec les moyens du bord, à la fois les généalogies pour sa pleine humanité, la virginité de Marie pour évoquer une autre source de vie...  Mais les récits de la vie de Jésus manifestent que, par toutes ses actions et ses paroles, il révèle la présence de Dieu auprès de notre humanité...


Par ailleurs les successeurs de Paul, Colossiens et Ephésiens, voient dans le Christ Jésus le partenaire de la création divine, de la création première, comme de la création nouvelle née de la résurrection : comme s'il était déjà et toujours dans le projet de Dieu, l'homme accompli vers lequel un jour toute l'humanité devra tendre. Au fond, Paul le disait : Dieu désormais veut nous voir sur le visage du Christ, son Fils, de toujours à toujours, manifesté humain comme nous (2 Corinthiens 5, 16-17).

Cette question va être reprise et discutée tout au long des siècles suivants : on voit bien que les chrétiens naviguent entre deux écueils qu'ils refusent l'un et l'autre ; négativement ils affirment :
-que, si Jésus participe pleinement à la vie de Dieu, il n'est pas pour autant un deuxième Dieu, un être purement divin, qui aurait fait semblant de jouer à l'homme un certain temps (ce qu'on appelle "docétisme" : apparence, semblance)
-que si, Jésus est un être humain exactement comme chacun de nous, il n'est pas pour autant l'être humain pécheur qui a refusé et continue souvent de refuser l'amour de Dieu, ni d'ailleurs l'homme "parfait" que Dieu aurait adopté et élevé auprès de lui pour le récompenser de ses mérites (adoptianisme).

Les évangélistes s'efforcent de montrer que dès le début de sa mission (et au-delà de sa vie), l'Esprit de Dieu habite Jésus, que cela lui est révélé progressivement (ou au baptême ?), et qu'il reste toujours dans l'intimité et la proximité la  plus grande avec le Père, ce qui n'enlève rien à ses angoisses et à ses souffrances humaines.
Entre les deux les grands conciles dits oecuméniques ont frappé un coup à droite, un coup à gauche ; la définition de Chalcédoine reste très négative (ni...ni...).
J'ose dire que "Vrai homme et vrai Dieu" est une affirmation un peu provocante, qui manque singulièrement de nuances, notamment  parce qu'il faut toujours s'expliquer sur ce qu'est l'homme et ce qu'est Dieu, et sur le "et".
Au fond, c'est en lisant les récits évangéliques, comme certaines formulations de Paul, que nous découvrons à la fois ce que c'est qu'un humain véritable selon le coeur de Dieu, et que nous découvrons ce qu'est Dieu dans le don qu'il fait de soi-même (on parle de son "auto-communication" à l'être humain).

Vous allez me dire que c'est un peu compliqué ! J'assume... Jésus, dans les évangiles, ne se définit pas lui-même, il nous renvoie la question. Et cette question nous accompagne, nous ne pouvons avancer dans la réponse qu'en le "fréquentant" chaque jour, et la réponse diffère et se modifie dans notre vie ; peut-être est-elle simplement dans le fait que son compagnonnage nous fait vivre !

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