De la part du groupe d'Avignon (suite )
El-Shaddaï : souvent traduit par : « le Dieu tout-puissant » mais pour les Juifs c’est plutôt : « qui dit : « assez ! », ou « qui dit : « ça suffit ! ». Un Dieu créateur qui se met à Lui-même une limite dans la Genèse pour faire de la place à l’homme et lui confier la suite de son œuvre. La toute-puissance de Dieu ne ressemble vraiment pas à celle des hommes…
« Va (et viens) devant moi et sois intègre » : on retrouve le verbe halak au hitpaël, avec le sens de « aller et venir ». Dieu sait bien que notre cheminement n’est pas linéaire (même chez des êtres d’exception comme Abraham). Il y a des moments de grâce, mais aussi des erreurs, des chutes qui nous font revenir en arrière, puis nous nous remettons en route. La traduction littérale pourrait être : « va et viens devant ma face et sois intègre ». Le mot panim en hébreu est traduit par « face » plutôt que « visage ». Ce mot n’existe qu’au pluriel : chacun a plusieurs faces, même Dieu. L’impératif est simplement coordonné : « et sois intègre ». Wénin l’interprète comme une invitation à être dans une relation ajustée avec son épouse, faite de saine complémentarité. On peut aussi penser que Dieu lui dit : « marche en ma présence et sois parfait » (autre sens de l’adjectif tamim) : « et ainsi tu seras parfait ». Si tu erres, Je te remettrai sur le chemin ; si tu tombes, Je te relèverai. Plutôt qu’un ordre supplémentaire, ce serait un corollaire.
« Saraï » : La traduction par Wénin de Saraï par « mes princes » ou « mes chefs » paraît tout à fait juste grammaticalement et conforme à la flexion des noms au pluriel terminés par –im. Selon Sophie Kessler-Mesguich dans son livre L’hébreu biblique page 209 : שַֺר sar : prince, chef ; שַֺרִים sarim : princes, chefs ; שַֺרַי saraï : mes princes, mes chefs
(Au féminin, שָֺרָה sarah signifie « princesse ». Et pour dire « ma princesse », ce serait : שָֺרַתִּי sarati.)
Créé par : Roselyne
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Au chapitre 6, vous l’avez…
Au chapitre 6, vous l’avez senti, je reste un peu perplexe devant le « père élevé », qui bloque l’avenir. Par contre, je suis entièrement d’accord avec la lecture d’ El Shaddaï, comme celui qui dit : « assez » et se limite lui-même, il arrive à la LXX de traduire par ho hikanos !
Oui, vous avez mille fois raison, il s’agit des « faces » de Dieu (et presque des « facettes » selon les livres de la Bible).
Enfin merci de votre analyse serrée du nom Saraï comme pluriel masculin. Mon interrogation portait plutôt sur le fait que cela rendait Saraï dépendante des « mâles » de la famille ou du clan…
Continuons à lire et à échanger !