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De Saraï et Abram à Abraham et Sarah

De la  part du groupe d'Avignon :

Il semble bien que Saraï ne se préoccupe guère de YHWH dans son « plan » pour avoir un enfant, on pourrait dire qu’elle se prend parfois elle-même pour Dieu en prenant seule certaines décisions et en les imposant.

Au verset 2, elle mentionne le nom de YHWH, mais de manière très négative, en L’accusant d’être la cause de sa stérilité. : «  Adonaï m’a empêchée d’enfanter ». Le verbe ‘atsar est intéressant : il est traduit par « empêcher » mais son sens premier est « fermer ». Les traducteurs en grec l’ont bien compris, ils ont employé le verbe sunékleisen : le Seigneur m’a fermée pour que je n’enfante pas. » La matrice de Saraï est fermée, mais est-ce bien la faute de Dieu ? Déjà en Genèse 11, 30 il était dit : « Et Saraï était stérile, aucun enfant pour elle. » Wénin explique clairement p24-25 que l’emploi du verbe être est « inutile quand il s’agit de constater un état de fait dans le présent du récit » et que l’emploi du wayyiqtol « enregistre la succession temporelle par rapport à ce qui précède, en l’occurrence le mariage ». La narration laisse entendre « que la stérilité de Saraï est consécutive au fait qu’Abram l’a prise. Elle ne serait pas stérile depuis toujours, mais du fait qu’elle est « prise » et se retrouve ainsi dans la famille de Térakh, qui ne tardera d’ailleurs pas à la « prendre » à son tour. » Le père d’Abram est dans cette logique mortifère de domination, de prise de pouvoir sur les membres de sa famille.

D’autre part les relations entre Abram et Saraï avaient aussi grand besoin d’être ajustées. Par la circoncision Abram consentira au manque, «  à la limite, à la singularité et donc à la différence. » En entrant dans cette dynamique « il verra sa femme autrement, la reconnaîtra pour ce qu’elle est ». Elle deviendra pour lui une partenaire et ils entreront dans une relation de complémentarité. « La bénédiction d’Abraham pourra alors parvenir à Sarah et leur et leur relation ajustée pourra être féconde.

Créé par : Roselyne

Date de création :

Commentaires

Posté par Roselyne

lun 18/12/2023 - 17:29

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Je vous remercie de votre étude poussée, compétente et précise, c’est formidable d’avoir des correspondants qui en savent tant et qui m’apprennent plein de choses !
Sur les études de vocabulaire, je suis en plein accord avec vous ; mais je vais réagir un peu.

Au chapitre 5, je vous trouve un peu durs tout de même avec Saraï. Qu’elle attribue à Dieu sa stérilité me semble une évidence dans la mentalité et la culture juive de l’époque où ces textes sont rédigés (6ème s . av. JC.). Si YHWH est l’unique, et s’il est le maître de toute vie, comment ne pas penser que c’est lui qui « ouvre » ou « ferme la matrice (16, 2 , 20, 18 ; voir aussi 1 S 1, 6 et aussi 1, 19 : « Et Dieu se souvint d’elle ») ? En l’absence, bien sûr, de toute connaissance biologique et psycho-sômatique.
Faut-il vraiment, avec Wénin, en chercher les causes humaines du côté de la psychologie (des profondeurs ou pas), des relations mal ajustées dans le couple (combien d’enfants naissent d’un viol !), de la nécessité pour Abram (et Saraï)  de consentir au manque…
Je veux bien, ou plutôt je ne veux pas. Ces explications ont leur part de justesse, elles restent tout de même très en-deçà du mystère de la vie, tel qu’il est abordé dans ces textes, tel qu’il demeure aussi, malgré la science, pour nous !

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