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Faire évoluer le langage chrétien

Auteur
Paul CLAUDIN
Image retirée. Copyright : Jacques JOSEPH, CCBF.

 

De nombreux observateurs ont souligné le fossé qui se creuse entre le monde moderne et le christianisme. Faut-il se contenter de dire que cette civilisation, « devenue consumériste et matérialiste, s'est éloignée de Dieu » ? Qui ne sait que le langage est l’une des causes de cette inadéquation ? Le vocabulaire et les concepts utilisés pour formuler la foi ont été élaborés dans un contexte culturel qui n'est plus le nôtre. Ils sont devenus abscons pour la majorité de nos contemporains y compris pour certains chrétiens. Il est urgent d'agir. En septembre 2010, la Conférence des baptisé-e-s des Alpes a décidé de s'engager sur ce sentier peu fréquenté en constituant une commission « Langage chrétien ». Après une bonne année de travail, elle dispose de quatre documents sur ce problème aux multiples facettes. Le premier document (14 p.) Introduction à une formulation de la foi chrétienne pour le 21e siècle parcourt le chemin qui a conduit l'Église à s’isoler de la culture ambiante, malgré l’universalité du message évangélique. C’est le basculement de la période constantinienne, au 4e siècle, qui génère l’embryon d'organisation hiérarchique et autoritaire, renforcé ensuite dans la situation de chrétienté qui a dominé l'Europe. L'emprise sur la pensée ira jusqu'à développer un « savoir » sur Dieu, bien hypothétique, si l’on se souvient que Dieu est le « Tout Autre ». Cette réflexion introductive débouche sur un message d'espérance. Devant l’intérêt manifesté par des athées et des agnostiques pour la spiritualité, devant la souffrance des chrétiens condamnés à des formules archaïques, ne devons-nous pas revenir aux sources évangéliques et rechercher leur intelligibilité, afin de parvenir à une nouvelle expression de la foi ? Le deuxième document (28 p.) Essai d'une métaphysique chrétienne du 21e siècle s’intéresse à l'évolution récente de la philosophie. Portée par des penseurs tels que Régis Debray, André Comte-Sponville et d'autres, une « spiritualité laïque » émerge. En quoi le message chrétien peut-il consonner avec elle ? Le sens de mots tels que foi, espérance, amour, est revisité. La modélisation de Dieu à base d'anthropomorphismes à laquelle s'est livrée l'Église catholique romaine (renforçant ainsi des formules bibliques) paraît inadmissible à la culture actuelle. Mieux vaudrait parler de Dieu plus sobrement en mettant l'accent uniquement sur la relation. C'est la seule expérience que l'être humain puisse faire de Dieu. Ce langage relationnel est appliqué à la Trinité. Cet essai se termine en proposant un changement radical de la visibilité de l’être chrétien offerte à l'extérieur : passer d'un culte qui est l’expression d'un « prêt à penser » théologique élaboré à des attitudes de vie. Ces attitudes nous sont proposées par l'humanisme nouveau inscrit dans les évangiles. (Une annexe offre une monographie des auteurs les plus cités.) Le troisième document (14 p.)  L'Eucharistie - une richesse à découvrir, revisite les thèmes de la théologie eucharistique à partir de ce qu’en disent les évangiles eux-mêmes. Le sentiment d'un certain blocage a été à l'origine de la rédaction de ce document. Crispation d'abord sur l'idée de « présence » qualifiée de « réelle » qui a servi de marqueur contre les protestants plusieurs siècles durant. Lourde insistance ensuite sur l'idée de « sacrifice » qui peut valoriser le rôle du prêtre comme intermédiaire-sacrificateur, mais qui ne veut plus dire grand-chose à nos contemporains, et peut même les rebuter. Notre document aborde les sept grands thèmes identifiés par la tradition autour de l’eucharistie et les explique. Chaque lecteur peut alors s'approprier ceux qui renforcent sa relation à Dieu. Le quatrième document (10 p.) Mots et expressions difficiles du vocabulaire chrétien est un lexique. Il sera utile à tous ceux qui ont la tâche difficile d'expliquer à nos contemporains les formulations de la foi chrétienne, tout particulièrement les animateurs de groupes d'adultes en Église (catéchuménat, préparation au mariage, préparation des parents au baptême de leur jeune enfant, catéchèse d'adulte, etc.). Une liste de vingt-cinq mots (ou expressions) difficiles a été établie, parmi laquelle on trouve : communion des saints, Fils de l'homme, gloire, péché originel, sacerdoce, sacrifice, etc... Pour chacun d'eux, est donnée une courte explication sur l'origine et sur l'emploi habituel. Une formulation alternative est quelquefoisproposée afin de permettre un meilleur dialogue. Ce sont de timides petits pas vers un dépoussiérage de notre « dire chrétien ». Voilà les quatre petits « bouts de chemins » que vous propose notre commission consacrée au langage : -S'expliquer comment l'Église a pu se couper du monde, -Dialoguer avec la spiritualité laïque émergeante -Décrisper la pensée catholique sur l'Eucharistie -Aider ceux qui ont la charge d'expliquer la foi chrétienne. Bien entendu, ce long processus de changement ne fait que commencer… Paul Claudin Ces documents sont à votre disposition auprès de : claudin.paul@wanadoo.fr