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Double-vocation-cure-paroisse-moine-benedictin

-- décédé le 19 juillet 2014 --

Il faut peut-être dire d'abord qui vous êtes, parce que vous n'êtes pas un curé comme tout le monde !
Bien. Je suis prêtre, mais je suis aussi moine bénédictin. J'ai eu un peu la double vocation. En même temps j'ai mené la vie monastique pendant… ça fait 60 ans, et j'ai été curé de paroisse pendant 40 ans, tout en étant moine…

Par quoi voulez- vous qu'on commence ?
Ce que je pense un peu de l'Église d'aujourd'hui et de la situation des chrétiens dans le monde ? Eh bien, je suis un peu pessimiste. J'ai peur qu'en Europe, l'Église aille vers son déclin. Je fais une comparaison : au début de l'Église, l'Église était brillante en Afrique du Nord, avec des tas d'évêchés, en particulier St Augustin à Hippone. Et puis le christianisme a complètement été balayé d'Afrique du Nord et s'est répandu en Europe. Alors, en Europe, j'espère que ce ne sera pas pareil. Mais même si le christianisme vieillit, par contre, en Amérique latine, c'est moins grave. Ils sont beaucoup plus religieux et encore fidèles qu'en Europe, malgré, ce qui est un peu inquiétant, le succès grandissant des évangélistes.
Par contre, le positif, c'est qu'en Inde et en Afrique, l'Église est en pleine expansion. Donc peut-être que le centre de l'Église se tournera vers ces pays-là. Et nous serons un pays chrétien, un peu chrétien, et pas, comment dirai-je, dominant.

Et alors, ça vous attriste de voir que l'Église en Europe est plutôt en déclin ?
Mais oui, en déclin. J'ai bien peur que ce soit une constatation et qu’on n'y puisse pas grand-chose. Faut continuer bien sûr, ce que vous faites dans votre groupe, ce que font beaucoup de chrétiens. Peut-être que je me trompe, mais… je suis un peu inquiet, disons.

D'accord. Et ça ne peut pas redémarrer sous des formes différentes ?
Je l'espère, je l'espère. Au début, je suis pessimiste, mais je crois quand même à l'Esprit Saint, qui peut justement modifier les choses. Comme on le verra à propos du Concile, c'était impensable, et puis il y a des choses nouvelles qui sont arrivées. Ce sera, j'espère, pareil en Europe, qu'il va y avoir un nouveau départ, à partir de mouvements de jeunes, de groupes comme le tien (sous-entendu CCBF), d'un renouveau.
Si Dieu donne 10 ans de vie au pape François, je pense que ça changera beaucoup de choses qui seront irréversibles. Si malheureusement il mourait dans 6 mois ou un an, j'ai bien peur qu'il y ait un retour en arrière terrible, car il y a déjà un retour en arrière… on revient en arrière vers l'avant Concile, quoiqu'il y ait des choses irréversibles du Concile.

D'accord. Alors on va peut-être entamer maintenant ce qui a préparé votre engagement dans l'Église.
Je vais parler de mon enfance, parce que c'est très important. Je suis né dans une famille de 10 enfants,
7 garçons et 3 filles. J'étais le huitième. J'avais des parents très chrétiens. J'ai vécu dans un milieu chrétien, mais un christianisme ouvert, pas du tout un christianisme étroit. Donc je dois beaucoup à mes parents. Malheureusement mon père est mort, j'avais 12 ans… Il gérait des fermes. C'était l'époque où il a participé beaucoup au Crédit Agricole. Des paysans qui manquaient d'argent et à qui on prêtait de l'argent à un intérêt dérisoire. Et puis il était très engagé dans la paroisse. C'est un homme qui a cédé une partie de son terrain pour faire une école libre et une maison pour l'instituteur. Il a cédé une autre partie pour faire une salle paroissiale. Tu vois, il était très généreux. J'ai vraiment vécu dans un milieu qui m'ouvrait aux autres.

D'accord. Et votre Maman ?
Ma maman, c'était une mère de famille avec 10 enfants. À notre époque, ils n'en auraient pas 10 ; le monde a tellement évolué. Mais heureusement, parce que s'ils n'en n'avaient eu que 7, je ne serais pas là aujourd'hui ! (rire)

Et alors donc, votre vocation, comment ça a émergé là-dedans ?
Dès l'âge de 7 ou 8 ans, quand on me demandait "Qu'est-ce que tu feras plus tard ?"- "Je veux être prêtre." "Pourquoi ?"- "Pour dire la messe !" Je ne sais pas pourquoi, la messe m'attirait. Pourtant c'était la messe en latin. Je ne comprenais rien. Le prêtre tournait le dos aux fidèles. Mais j'avais l'impression qu'il se passait quelque chose de mystérieux qui m'attirait. Et puis j'ai continué. Je n'y pensais pas régulièrement mais ça ne m'a jamais quitté. Alors vers 14-15 ans, quelquefois, en voyant des adolescentes, je me disais : "Ah mais pourquoi j'ai dit que je voulais être prêtre ?" (rire). Mais ça n'a pas été une vraie tentation.
Et puis, bon, ça continuait. Alors… je suis tombé malade en 39, péritonite tuberculeuse, je passe là- dessus. C'est pour dire que je n'ai pas passé mon bac, parce que je suis tombé malade, j'étais en première. Je suis resté un an, un an et demi sans pouvoir reprendre mes études. Alors au lieu de reprendre la première, comme je voulais être prêtre, ma mère m'a dit… puis on mangeait mal : "Il y a un petit séminaire en Vendée
- En Vendée, c'est un pays où on mangeait mieux parce qu’ils avaient des tas de jardins et tout et tout - mais on ne prend que ceux qui veulent être prêtres. - Est-ce que tu as toujours le désir d'être prêtre ?" J'ai dit : "Oui." Donc je suis rentré en Vendée, à Chaillé-les-Marais…

A 18 ans à peu près, 17 ans ?
Oui, je devais avoir 16 ans. C'est en philo, pendant cette année au petit séminaire, que je suis tombé sur un bouquin de Dom Marmion "Le Christ, idéal du moine".

Dom Marmion ?
Dom Marmion. C'était un Père abbé, de Maredsous, un monastère belge. Et quand j'ai lu ça, j'ai dit "Bien c'est ça ma vocation !" Je n'ai pas eu une minute d'hésitation. J'ai dit : "Bon, je veux être prêtre, mais je veux être moine." Et puis j'en ai parlé à celui qui était notre supérieur, etc. et il m'a passé une petite brochure sur Ligugé. Quand j'ai vu ça, j'ai dit : "Bien j'irai là." Parce que c'était un petit monastère. Ils n'étaient pas nombreux. Alors que moi, à Durtal, j'habitais à 20 km de Solesmes. On y allait tous les ans en pèlerinage. Ça ne m'attirait pas, parce que c'était une centaine de moines. Alors je ne voulais pas entrer dans une caserne. Donc c'est Ligugé qui m'a attiré.
Alors je suis parti à Ligugé, pour dire : "Ben voilà, je pense être moine. Est-ce que vous voulez bien de moi ?" Et alors, le maître des novices m'a dit : "Vous savez, même à Ligugé, on ne mange pas très bien, votre santé est quand même un peu tangente. Le mieux serait peut-être que vous commenciez au grand séminaire à Angers. Et puis à la fin de la guerre, si vous avez toujours l'intention d'être moine, vous revenez nous voir."
Donc j'ai fait deux ans et demi de grand séminaire. Et là c'était très important, je suis tombé sur des professeurs remarquables et en particulier un professeur d'Écriture Sainte, qui était un passionné de la Bible, qui nous parlait, mais sans papier, comme ça pendant une heure, et puis il nous lisait des textes et il m'a donné la passion de la Bible.
Au  bout  des  2 ans,  le  grand  séminaire  était  occupé  par  les  Allemands, pour la  rentrée  –  on  était
300 séminaristes  à  l'époque.  C'était  l'époque  heureuse  –  on  a  envoyé  les  séminaristes  dans  d'autres séminaires, surtout en zone libre ou ailleurs, où on pouvait en accepter 50 etc. et moi qui entamais ma deuxième année, on a été reçu à l'abbaye de Bellefontaine. Le père abbé de Bellefontaine, en Anjou, a dit : "Écoutez, comme vous êtes dans la nécessité, je ferme l'hôtellerie, tant que la guerre ne sera pas finie. Vous prenez l'hôtellerie pour en faire un séminaire, pour ceux de première année et la moitié de ceux de seconde année."

Avec vos profs alors ?
Bien oui, les profs étaient envoyés un peu partout. Là encore, j'ai eu mon fameux professeur d'Écriture
Sainte, le Père Feuillet, André Feuillet.

Après, vous avez rejoint Ligugé je suppose ?
Fallait que je demande à l'évêque d'Angers ce qu'on appelle "l'exeat", qu'il m'autorise à quitter le grand séminaire. J'avais pris rendez-vous avec l'évêque d'Angers. C'était un évêque, je ne sais pas si je dois dire le mot, qui avait la frousse des Allemands et tout et tout, enfin peu importe. Il m'avait donné rendez-vous après sa messe. Alors je lui dis : "Monseigneur, je viens vous demander la permission, l'exeat, pour rentrer chez les bénédictins." Alors il a été furieux, il m'a dit : "Mais ce n'est pas possible. Qu'est-ce qui se passe ? Ce n'est pas l'Esprit Saint qui souffle dans mon diocèse. C'est un esprit satanique. Vous êtes le 27ème  à me demander à quitter. Il a pris la liste : Petit Fils de la Charité, Fils de la Charité – c'était la grande mode les fils de la charité – bénédictin. Vous voyez, il y en a déjà un qui est parti chez les bénédictins à Paris. Puis il a
continué : Père Blanc, puis etc." Et puis à la fin il m'a dit : "Oh puis après tout, puisque j'ai permis à votre camarade d'aller chez les bénédictins, bon, allez-y." Alors je me suis levé et j'ai dit : "Merci Monseigneur." Il m'a dit : "Ne me remerciez pas – il parlait comme…, il était du midi, comme le Cardinal Marty – ne me remerciez pas, je fais ça à contre cœur." Je m'en fichais, j'avais eu l'exeat. (Rire).
Donc je suis rentré à Ligugé, la mi-novembre 1945, pour faire mon postulat pendant un an. Et puis au bout du postulat, comme moi je désirais autant, sinon plus, être moine, la communauté, comme toujours, s'est réunie, pour dire :"On veut bien de lui ou on ne veut pas de lui." Donc on a accepté. Alors j'ai commencé mon noviciat pendant 2 ans.
À ce moment-là, il y avait au moins 20-25 moines.

Et vous vous êtes tout de suite senti bien ?
Je me suis tout de suite senti bien. Je me suis senti chez moi. J'ai vraiment eu l'impression de trouver ma voie.

Et vous êtes resté longtemps à Ligugé ?
Eh bien oui. J'ai d'abord terminé mes études. J'ai été ordonné prêtre en 1950. Et puis, j'ai eu différentes activités. En particulier j'ai été nommé portier, pour l'accueil, ce que j'aimais beaucoup. Il y avait une librairie. J'adorais conseiller les gens, non pas vendre des livres pour avoir de l'argent, mais leur dire…Telle personne demande : "Celui-ci, qu'en pensez-vous ?" Je dis : "Écoutez, il est très bien, mais il est peut-être un peu dur à lire, etc." - "Et celui-là ?" Je dis "oui." Il était moins cher mais ça m'était égal. Le livre, j'adorais. Je crois que si je n'avais pas été moine, j'aurais aimé être libraire ! Pour moi, la lecture, ça a été la passion.
Quel est votre rapport à l'Évangile ? Avez-vous un texte préféré ?
Il y en a des tas. J'en ai choisi un, je vais te dire pourquoi. C'est la Samaritaine. Il y a des tas de textes de St Jean et autres Évangiles que j'adore. Mais si j'ai choisi la Samaritaine, c'est parce que le Christ rencontre une femme. Or on ne fréquentait pas les femmes. En plus, elle est samaritaine. C'était donc une hérétique. Et en plus, elle en était à son cinquième mari. Et voilà que, au lieu de la condamner ou d'essayer de lui faire la morale, il lui dit : "Donne- moi à boire." Il lui pose une question, pour essayer de lui faire découvrir qu'il y a l'eau du puits, mais que lui, il peut donner une autre eau qui la conduira vers la vie éternelle. Puis il lui dit : "Va chercher ton mari." Elle dit :"Ah mais, je n'ai pas de mari." Le Christ lui dit :"Tu as raison, tu en es à ton cinquième." Et elle est tellement éblouie par tout ce que Jésus lui dit qu'elle retourne dans son village pour dire : "J'ai trouvé quelqu'un, qui m'a raconté tout ce que j'ai fait, est-ce que ce ne serait pas le Messie ?" Et alors on va le chercher. On l'amène dans le village, en Samarie, et beaucoup de gens se convertissent en entendant Jésus. Tu vois, c'est un peu toutes ces choses-là qu'ils font, c'est un peu un résumé de la mission du Christ : les femmes - il est venu pour les femmes, on en reparlera -, il est venu pour les étrangers, les hérétiques et il n'est pas venu pour condamner mais pour sauver et pardonner.

C'est très contemporain, tout cela.
Mais oui, et puis la dernière chose :"Qui est le Christ pour moi ?" Alors, le Christ pour moi, c'est celui qui vient donner un sens à ma vie, c'est celui qui m'a révélé l'amour du Père, son amour, et qui m'envoie son Esprit d'amour pour comprendre sa bonne nouvelle. D'ailleurs il l'a dit, vous ne comprenez pas, mais je vous enverrai mon Esprit qui vous aidera à comprendre tout ce que je vous ai dit. Donc l'Esprit Saint m'envoie pour comprendre la bonne nouvelle du Christ et m'aider à vivre et à vivre au service des autres.
Pour moi, l'essentiel, c'est l'Évangile. L'Église est bâtie sur l'Évangile et non pas sur l'institution. Donc c'est l'Évangile qui peut nous aider. Quand je me pose une question importante, quand vous vous posez une question importante, demandez-vous : qu'est-ce que le Christ ferait à ma place ? Et vous verrez que souvent, vous trouverez une réponse et vous verrez après que c'était la bonne. Moi, ça m'est arrivé combien de fois, quand je devais recevoir quelqu'un pour une discussion importante, avant, je priais l'Esprit Saint. Et ça m'est arrivé plusieurs fois, au cours d'une discussion, de dire à une personne quelque chose et en le disant je me dis : "Tiens, mais où j'ai été chercher cela ? Bon bien voilà, ça ne vient pas de moi." Je n'avais pas prévu de dire cela. C'était une idée qui ne m'était pas tellement présente à l'esprit. Donc moi je crois beaucoup à l'Esprit Saint. Je prie l'Esprit Saint autant que le Christ. Pour moi, c'est capital. Bon enfin voilà, on pourrait parler pendant des heures.
Pour moi, ce qui est important, c'est l'engagement spirituel. Et la prière, la Bible, surtout l'Évangile, la réponse à un appel. Je pense que chaque jour je suis appelé et que quelque fois il m'arrive quelque chose que je n'avais pas prévu. Mais je pense que, là encore, c'est un appel de l'Esprit Saint. Ce qui est important pour moi bien sûr, c'est les temps de silence et de méditation, ce que St Benoît appelle la "lectio divina". Chaque matin, je me lève, je fais ma toilette, je prends mon petit-déjeuner. Après je dis l'office de laudes et puis c'est le temps de la "lectio divina". Je lis la Bible, je lis des livres spirituels etc., par exemple "Jésus… (cet homme inconnu)", tu sais ce livre que tu m'as prêté. Enfin des livres comme ça qui m'aident à réfléchir. Et puis dans ce temps de "lectio divina", il ne faut pas hésiter – c'est ce que dit St Benoît et Cassien, un moine de Marseille – quand il y a une phrase qui vous frappe, il ne faut pas vouloir lire tout le chapitre, tu t'arrêtes aussitôt et puis tu vas méditer, peut-être pendant 30 secondes seulement, peut-être pendant 5 minutes, parce que là tu sens quelque chose de riche qui te rapproche du Christ, qui te fait comprendre un peu mieux qui est le Christ et ce qu'est la vie chrétienne. Donc j'essaie de le pratiquer, de mon mieux.

Et ça, vous le faisiez aussi quand vous étiez moine ?
Bien sûr. Toute ma vie. Tu vois, il y a d'autres choses qui m'attiraient. Je me souviens en particulier, ça m'est arrivé peut-être une fois ou deux, le matin je me levais de bonne heure, tout le monde dormait, je partais pour aller à la messe de la paroisse. Il était, je ne sais pas, sept heures et demie, mettons huit heures. Je sens quand même que c'est un appel de l'Esprit Saint.
Ça  a  toujours été  pour  moi  le  bonheur de  témoigner de  ma  foi,  de  parler  du  Christ,  de  célébrer l'Eucharistie. Quand quelqu'un vient pour me parler de la Bible, c'est mon bonheur. Il y a une personne qui venait une fois par mois, quand j'étais à St Lambert, qui habitait Voisins : "Mais je dois vous ennuyer ?" Mais je dis : "Non, quand vous venez me poser vos questions, mais moi, c'est un bonheur de vous dire ma foi, quelquefois, grâce à vos questions, d'approfondir. " Donc tu vois, vraiment le sens de ma vie, c'est la prière, c'est l'Eucharistie et c'est la Bible.

Longues hésitations, tandis qu’il lit : "Bonheurs, souffrances, difficultés ?"
Les tristesses ? Moi, j'ai eu une époque qui a été difficile dans ma vie. Je n'ai eu ni l'intention de quitter l'Église, ni l'intention de quitter la foi, mais les années qui ont précédé le Concile, j'étais découragé. En voyant la condamnation des prêtres-ouvriers, en voyant la condamnation des grands théologiens, Congar, Chenu, de Lubac et puis d'autres, en voyant comment l'Église condamnait des auteurs qui écrivaient des livres, mettait des livres à l'index, je me disais : mais on n'en sortira jamais. Et puis il y a eu l'annonce du Concile. Alors là, ça a été pour moi la bouffée d'air dont parlait Jean XXIII. J'ai commencé à revivre, comme beaucoup de chrétiens.

Pourquoi avez-vous quitté Ligugé ?
À ce moment-là, avec le Père Abbé de Ligugé et d'autres moines, on réfléchissait : qu'est-ce que les moines pourraient faire, dans le contexte actuel, pour le monde et pour l'Église, tout en restant fidèles à leur vocation  de  moine ?  Il  y  avait  une  grande  nouveauté  qui,  enfin,  était  admise  par  l'Église,  c'était l'œcuménisme. Donc tout de suite Ligugé s'est formé pour devenir œcuménique. Pendant 2 ans, on a reçu de temps en temps des hommes comme le Père Vilain, je ne sais pas si Congar est venu, ou des gens comme ça, qui nous ont donné une certaine formation, etc. Ligugé est devenu un monastère œcuménique, accueillant des rencontres, autrefois, catholiques et protestants, et je pense que ça continue encore maintenant.
Donc il y avait ça. Et une chose qui était à ce moment-là toute nouvelle, je pense que ça vient de l'Esprit Saint, mais c'est surtout le Père Abbé et le Père Géhard, qui était un scientifique, puisque il était de polytechnique …

Qui était aussi à Ligugé, lui ?
Oui, ça a été mon maître des novices… donc un scientifique. Et ils ont réfléchi. Ils ont dit : "Mais pourquoi ne pas créer un petit monastère ouvert, en région parisienne, tout près du plateau de l'atome ? " À ce  moment-là,  Saclay,  on  disait :  "C'est  le  plateau  de  l'atome."  Un  monastère  ouvert  et  puis  non confessionnel, c'est-à-dire, ne cherchant pas systématiquement à faire des conférences sur la foi et la morale, mais en écoutant les gens, en essayant de répondre à leurs questions.
Alors, pendant 2 ans, on a réfléchi. Le Père Géhard et moi, on a été visité les grands monastères pour demander leur avis : Maredsous, Bruges, Chevetogne, qui était un monastère œcuménique, les religieuses du Manteau Blanc, un ordre belge, je ne sais pas s'il existe encore. Du côté religieux, partout on nous disait : "Mais c'est formidable, faites ça." Le Père Géhard a pris des contacts avec des milieux scientifiques, en particulier Leprince Ringuet. Et partout on nous disait : "Mais il faut faire ça." Donc ça a mis 2 ans.
Et entre temps, j'avais été à Taizé, 1 ou 2 fois, pour des rencontres œcuméniques, parce que j'adorais
Taizé. Même mon désir à l'époque, c'était moine catholique à Taizé. Et le frère Roger me disait : "Mais frère Michel, mais c'est impensable actuellement." Et puis donc, quand il y a eu le Concile et au bout de 2 ans, à ce moment-là, le Concile était commencé. Il y avait une grande ouverture. Je n'ai même pas demandé l'autorisation à l'évêque d'Autun. C'est le frère Roger qui a demandé au Prieur de Ligugé. "Cet été, on doit recevoir des centaines et des centaines de jeunes, des catholiques, on a besoin d'un prêtre pour dire la messe et participer aux rencontres. Est-ce que le Père Doiteau, qu'on connait bien, vous pourriez nous le prêter pour l'été, juillet – août." Alors le Prieur a dit : "Bon, pas d'inconvénient." Donc je suis parti chez les frères de Taizé, en juillet.

Taizé existait déjà à cette époque-là ?
Ah oui, j'ai découvert Taizé quand j'étais à Ligugé. Je suis tombé sur un article sur Taizé, qui était inconnu à l'époque, où on parlait de ce petit monastère, où il y avait des protestants, pasteurs, qui étaient venus de Suisse et qui essayaient de mener une vie monastique, de prière, d'accueil, etc. Ça m'a tout de suite emballé. Donc à cette époque-là, j'ai demandé au Père Abbé : "Est-ce que vous m'autorisez à aller passer quelques jours à Taizé ?" Il me dit : "Oui, bien sûr." Mais à l'époque, il fallait l'autorisation. Donc j'ai envoyé une lettre à l'évêque d'Autun, en disant : "Bien voilà, en accord avec mon Abbé, m'intéressant aux questions œcuméniques, je vous demande l'autorisation d'aller passer quelques jours à Taizé." J'ai reçu par retour de courrier une petite carte de visite : l'évêque d'Autun vous autorise volontiers à aller passer quelques jours à Taizé à condition que vous n'assistiez pas à l'office des moines. Ça n'avait plus d'intérêt. Je n'y suis pas allé. Et quand le Concile a été annoncé, j'ai dit : "Maintenant, je n'ai plus besoin de l'avis de l'évêque !" (rire) Donc voilà, c'est comme cela que j'ai connu Taizé.

Donc vous y avez passé 2 mois.
Donc j'y suis allé juillet et août. Mais il y avait peut-être 2000 – 3000 jeunes qui sont passés. Ils vivent sous la tente. Et puis à la fin du mois d'août, le frère Roger me dit : "Vous savez, frère Michel, puisqu'il m'appelait comme ça, je me rends compte maintenant que toute l'année, on va avoir des week-ends, on va avoir des jeunes, etc. donc il nous faut un prêtre à demeure. Est-ce que vous accepteriez de rester à Taizé ?" C'était mon rêve. Je lui dis : "Oui, mais écoutez, j'ai donné un accord pour faire une fondation. Il faut que je demande au Père Géhard." Alors j'ai écrit au Père Géhard. Il m'a répondu : "Écoutez, si vous pouvez être utile encore à Taizé, restez pour l'instant à Taizé. Quand éventuellement vous pourrez nous rejoindre, parce qu'à ce moment-là ça deviendra sérieux, on vous le dira."
Donc je suis resté à Taizé jusqu'à l'année suivante. J'aurais pu rester peut-être encore un an, mais finalement je sentais que ma vocation, c'était St Lambert, alors que j'aurais voulu être moine catholique à Taizé. Comme ça, c'est l'Esprit Saint qui m'a conduit partout. Quand j'ai annoncé ça au frère Roger, il était très triste. Oui, mais j'ai donné ma parole de faire une fondation.
Donc je suis allé rejoindre St Lambert aux Rameaux, de je ne sais quelle année, vivant au presbytère, froid, humide, sans chauffage. On avait un poêle à mazout. Il y avait au hangar un truc plein de mazout. Quand il n'y avait presque plus de mazout, le Père Dupeux et moi, on prenait un arrosoir, on allait dans le hangar. Il y avait un siphon. On aspirait. Quand ça arrivait dans la bouche (rire)… et puis on remplissait l'arrosoir. C'est pour te montrer. Mais c'était merveilleux, parce que, quand on va faire une chose importante, on est prêt à faire n'importe quoi. Puis enfin, moi je n'avais que 40 ans à l'époque.

Donc il y avait la belle église que l'on connait tous et puis le presbytère. Il n'y avait rien du monastère.
Il n'y avait rien du tout. Le 2 novembre 63, à la sortie de la messe, il y avait une dame qui nous attendait, devant la croix "À la personne humaine", Madame Râteau. Elle dit au Père Géhard : "J'ai entendu dire que vous vouliez fonder un petit monastère. Si vous voulez, les bois qui sont derrière l'église sont à moi, je vous en donne une partie." C'était extraordinaire, parce que si le Père Géhard était venu à St Lambert, c'est parce qu'il cherchait un point de chute, pour trouver un terrain.
Donc 2 hivers de suite, on a vécu dans le froid et l'humidité du presbytère et l'été, on partait vivre sous la tente. En 64, le 10 octobre, je reçois de l'évêché de Versailles ma nomination comme curé de St Lambert. En
65, les travaux de "la porterie" sont terminés. Et on va y vivre pendant 7 ans. Ça va être notre monastère, en attendant que le Centre de Séminaire soit bâti.

Et comment vous avez vécu toute cette période où vous étiez curé ?
Ça a été les 40 plus belles années de ma vie. Parce que… non pas à cause de Michel Doiteau mais à cause de la présence d'un monastère. Puis le dimanche à la messe, il y avait tous les moines. La présence d'un monastère a fait que ça crée une espèce de climat dans la région et que, sans l'avoir voulu, eh bien ça attirait des  gens  des  alentours.  Quand,  au  début  j'ai  dit  la  messe  le  dimanche  matin  à  9 heures,  il  y  avait
30 personnes. Ça correspondait à peu près à… il y avait 380 habitants… 10% de pratiquants. C'était la chose, puis c'est tout. En plus, il y avait la messe à 10 heures et demi avec les moines. Ça a commencé à attirer du monde. Et justement, ce qui a fait notre bonheur, c'est qu'on a réussi à créer une communauté profonde. Peut-être pas avec tous les paroissiens habituels mais enfin une vraie communauté qui s'entendait bien, qui était heureuse d'être là, de prier, de chanter, etc.
Je sentais vraiment des gens, pas tous, c'est partout pareil, mais beaucoup des chrétiens profonds, qui vivaient leur foi, qui s'engageaient, que ce soit à la chorale, pour faire le catéchisme, que ce soit dans le scoutisme, que ce soit…

Le monastère, il a eu des hauts et des bas, parce qu'il y a eu beaucoup de moines qui sont décédés…
Alors évidemment, au point de vue monastique… Alors il y a eu 2 choses. Il y a eu, comme dans tous les monastères, certains jeunes qui sont venus quelque temps et ont vu que ce n'était pas leur vocation. C'est le temps du postulat. Il vaut mieux s'en aller que de rester et rater sa vie monastique. Alors je ne vais pas te dire combien il y en a eu mais il y en a eu un certain nombre.
Le frère Fernand, par contre, c'était une vocation tardive, 50 ans, de milieu très pauvre. Son père travaillait dans les caves à Saumur pour faire le champagne. Mais alors le frère Fernand était intelligent. Il a réussi par lui-même à faire ses études, il est devenu couturier, couturier tellement célèbre que c'est à lui que s'adressait le Cadre Noir pour leurs uniformes. Il ne voulait pas être moine-prêtre à 50 ans. Il ne voulait plus faire des études de théologie. Il voulait être ce qu'on appelle un oblat vivant de la vie monastique, parce que tu as aussi des oblats vivants dans le monde, mariés, ayant de la famille, etc. Donc un oblat à demeure. C'est lui qui a fait nos chasubles, nos étoles, nos aubes, nos habits de moine. Il était un couturier extraordinaire. Et puis il avait beaucoup de bon sens.
Alors je continue. Certains sont rentrés, sont repartis, certains ont mené la vie monastique, pendant
6 mois ou un an…

Mais d'autres sont restés, comme le Père Dupeux, le Père Massabki…
Par contre, d'abord il y a eu le frère Fernand. Il y avait le Père Dupeux. Ensuite ça a été le frère François. Il y a eu le Père Massabki. Et puis il y a eu le frère Jean-Marie. Le frère Jean-Marie est même arrivé après le Père Dupeux. C'était lui le premier moine, je crois. Voilà. Malheureusement certains sont morts jeunes, comme le frère François qui est mort à 36 ans d'un mélanome. Le Père Massabki, il est mort, il n'était pas âgé, âgé, mais enfin il avait quand même déjà un certain âge. Le Père Dupeux est mort jeune. Il avait 60 ans. Alors le Père Géhard est mort… je ne sais plus.

On va peut-être revenir un peu à l'évolution de ces dernières années, du monde, des mœurs, de l'esprit des gens, et de l'Église.
Ce qui me frappe, c'est qu'on est quand même dans une nouvelle civilisation. Une chose que j'ai entendue à la télé et qui est très importante, un homme compétent a dit : "Depuis le début de l'humanité, il y a eu 3 mutations. La première mutation a été la parole. Quand les premiers animaux ont eu la conscience et sont devenus des êtres humains, ils ont eu envie d'échanger entre eux, ils ont créé un langage." Donc première mutation, le langage. Deuxième mutation, l'imprimerie. Ça a changé beaucoup de choses, parce que, grâce à l'imprimerie, la Bible, des tas de choses, étaient accessibles à tous ceux qui savaient lire. La troisième mutation, dans laquelle nous sommes déjà entrés, c'est la mutation du virtuel. Et puis de toutes les choses nouvelles qui existent. Et celui qui dirigeait le débat lui a dit : "D'après vous, qu'est-ce que sera le monde dans 50 ans ?" Il a répondu : "Je suis incapable de vous répondre. On ne peut pas prévoir ce qu'une telle mutation va donner."
C'est pourquoi je ne suis pas pessimiste, mais comme à toutes les époques de mutation, il va y avoir un temps difficile pour le monde, la jeunesse, avant que le monde trouve un nouvel équilibre. C'est très important et c'est ressenti par beaucoup. J'ai eu d'autres personnes qui m'ont dit : "Mais quel va être l'avenir de nos petits-enfants ?" Alors, il ne faut pas s'inquiéter, parce que très vite ils vont s'adapter.
Alors comme autre changement, je crois quand même que l'Europe, l'influence de l'Europe, va diminuer et la France et l'Amérique vont diminuer également. C'est l'Afrique, le Brésil et la Chine qui vont devenir les pays dominants et qui vont créer, peut-être, une nouvelle civilisation. Mais alors, ce que je n'ai pas dit – on doit le dire peut-être quelque part, tant pis, je le dis maintenant – si le christianisme diminue en Europe, en Afrique noire, en Amérique latine, en Inde moins, le christianisme démarre à une vitesse grand V.

Et pourquoi il démarre là-bas et pourquoi il se ratatine chez nous ?
Je ne sais pas, je ne sais pas. Peut-être parce qu'on a voulu trop donner un enseignement dogmatique, qui dit tout ce qu'on doit croire et faire. Il n'y a qu'à voir dans ces pays-là, je voyais encore il y a 15 jours, la messe qui était en Guadeloupe, je l'ai regardée avec beaucoup d'intérêt, parce que je m'y attendais, à l'offertoire, la procession d'offertoire, c'est des femmes qui sont arrivées dans la tenue de leur pays, en portant des offrandes, et en se dandinant, du pain, du raisin, des aliments de leur pays. Tout ça a été déposé sur l'autel. Donc ils ont une autre vision de la liturgie que celle que nous avons. Nous, on est trop cartésiens. On a trop voulu tout instituer. Or il faut une institution, mais une institution qui ait une certaine souplesse.
Alors ce qui est ma position personnelle, c'est que la foi repose sur l'Évangile. Il faut une institution, mais une institution qui soit souple, pas une institution qui soit dominante, écrasante, qui s'impose, sans qu'il n'y ait aucune possibilité d'évoluer. Il faut une institution qui redonne d'abord aux évêques le pouvoir qu'ils n'ont plus, pour pouvoir faire dans leur diocèse certaines choses qui sont interdites actuellement. Comme ce qu'a fait l'évêque de Poitiers, tu connais l'histoire. Dès qu'il a été changé, son successeur a cassé tout cela, sans doute parce que ça lui a été demandé par Rome. Alors que son prédécesseur avait assez de personnalité. On disait : "Il est proche de la retraite, on va le laisser s'en aller et puis on va tout supprimer." De même qu'en Amérique latine, ce qui est grave, c'est que la théologie de la libération, qui donnait un essor extraordinaire à l'Amérique latine, a été écrasée par Jean-Paul II, qu'on va canoniser. C'est Jean-Paul II qui a encouragé les dictatures et Pinochet a écrasé la théologie de la libération. Pour moi, je ne devrais pas le dire, mais on ne devrait pas le canoniser, ou c'est beaucoup trop tôt.

Mais vous avez le droit de dire ce que vous voulez.
On ne devrait pas le canoniser, parce que je trouve que c'est grave ce qu'il a fait. Autant il a eu un rayonnement extraordinaire par ses voyages dans le monde, autant il a négligé l'Église. Il a laissé la Curie diriger l'Église, qui a imposé des tas de choses, qu'il signait… je ne sais pas dans quelle mesure il se rendait compte un peu. Faudrait d'ailleurs… Cela m'étonne parce que jadis, il fallait attendre 50 ans après la mort de quelqu'un pour le canoniser. De même, je le dis, tant pis, Jean-Paul II savait que la banque du Vatican blanchissait l'argent de la drogue et qu'elle avait des revenus pas toujours corrects. Mais il s'est servi de cet argent-là pour une chose qui a été positive, extraordinaire, pour l'envoyer à Solidarnosc. Alors c'est vrai que c'est grâce à Solidarnosc s’il y a eu la chute du mur de Berlin et la chute du communisme, et en partie grâce aux fonds du Vatican. Alors toute la question qu'on peut se poser est : "Est-ce que la fin justifie les moyens ?" Je ne réponds pas.

C'est vrai que Jean-Paul II a eu 2 facettes complètement différentes, une qui a réveillé l'Église et une facette beaucoup plus traditionnaliste. Il est polonais quand même…
Mais oui, c'est un grand bonhomme. Polonais et hanté par le communisme. Et il comprenait les dictateurs qui combattaient les chrétiens qui étaient ouverts. Donc il a fait un peu… il a été dans leur sens. Et quand on sait tous les gens que Pinochet a tué, que les gens qui n'étaient pas d'accord, on les emmenait dans un avion, et puis au milieu de l'océan il y avait une trappe et ils tombaient dans l'océan. Est-ce qu'il ignorait ça ? Enfin, passons.

On va terminer. Vous avez dit l'essentiel, je pense. Et le futur, le futur pour vous ? Ça va, vous allez partir serein ?
Ah oui, alors là, je vais te dire. Je distingue 2 choses. Je n'ai pas peur de la mort. J'ai une certaine inquiétude de mourir, parce que je ne sais pas si à ce moment-là, je souffrirai beaucoup, pas beaucoup, quoi que heureusement maintenant, partout et même ici, comme c'est médicalisé, on donne de la morphine, on donne ce qu'il faut aux gens pour souffrir le moins possible. Donc je n'ai pas peur de la mort. Et je vais te dire pourquoi. Peut-être que je suis inconscient, mais je crois… d'abord je crois en Jésus-Christ. Je crois qu'il y a quelqu'un qui m'attend, que ma mort sera un passage vers une autre vie, non pas pour aller au ciel - ça n'existe pas le ciel, il est là le ciel, il est partout - mais pour aller sur l'autre rive. C'est d'ailleurs la lecture de l'Évangile qu'on lira à mon enterrement. À l'autre rive, où nous attendent tous ceux qu'on a connus, tous ceux qui sont avec le Christ. Donc je n'ai pas peur de la mort. Je crois que j'ai donné un sens à ma vie et que si je n'avais pas été prêtre et moine, je n'aurais pas réussi humainement et spirituellement ma vie, comme je l'ai réussi en étant prêtre et moine, avec toutes mes faiblesses, avec toutes mes erreurs. Ce n'est pas pour dire que je suis un homme parfait. Mais je suis heureux. Je suis heureux de la vie que j'ai menée. Et comme j'ai dit autrefois à une personne qui m'a dit : "Eh si au moment de votre mort, vous avez l'évidence que Dieu n'existe pas, est-ce que vous allez regretter d'avoir été prêtre et moine ?", je dis : "Non, parce que même si Dieu n'existait pas, je dirais : j'ai été heureux, parce que j'ai donné un sens à ma vie." Et je pense que j'ai aidé d'autres à être heureux.
Voilà ce que je peux dire sur ma mort. Bon, j'aimerais bien ne pas attendre 10 ans, mais ça on ne choisit pas.

Le Père Michel Doiteau est mort 3 mois plus tard