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Auteur
Jean-Luc FRÉMON


Dimanche 16 mai 2021 – 7e dimanche de Pâques – Jn 17, 11b-19

Dans cette prière à son Père, avant son départ, Jésus nous entraîne dans le mouvement même de la Vie en Dieu qui, par son Fils, est sorti de lui-même pour nous faire exister : « Désormais je ne suis plus dans le monde ; eux restent dans le monde, tandis que moi je vais à toi. Père saint, garde-les en ton nom, que tu m’as donné. »

Et, selon ma réponse à rentrer dans cette invitation de la rencontre avec l’Autre, la Vie me sera donnée en abondance. Mouvement qui passe par la force opérante de l’Évangile où je puise à la source de mon être qui est Dieu, dont je tiens la justification et la force d’exister, reçue maintenant comme un don d’amour et une vraie Vie à redonner aux autres.

C’est ainsi qu’au commencement est la relation. « Au commencement était le Verbe », est-il écrit dans le prologue de saint Jean, c’est-à-dire la Parole, qui s’adresse toujours à quelqu’un, et qui me donne d’exister.

« C’est parce qu’il y a un "Tu" que "Je" trouve son sens et vit sa véritable vie », écrit Martin Buber, philosophe israélien, dans Je et Tu. Et pour lui, c’est parce qu’il y a ce grand Autre, Dieu, que le rapport à l’autre humain est à ce point constitutif de mon humanité, de ma vérité humaine. J’existe pleinement dans la formulation de ce « tu », qu’il soit adressé à Dieu ou à une personne. Je me perçois comme sujet à partir du moment où je m’adresse à l’autre-nécessaire pour pleinement réaliser que je suis, rapporte Charles Pépin dans son livre La Rencontre – Une philosophie (Éd. Allary, janvier 2021)

Donc, cette Vie vivante, je la reçois d’un Autre et des autres auxquels je me donne et c’est comme cela que la mort est changée en vie…

 

« Maintenant je vais à toi et je dis ces paroles dans le monde pour qu’ils aient en eux ma joie dans sa plénitude. »

Toute personne est en quête de parole et d’échanges ; dès la naissance, fragiles et inachevés, nous sommes dépendants d’autres humains. C’est dans la relation qu’intervient le processus de déploiement de la vie, de force de changement et de transformation, de naissance à soi-même. Cette Parole, traversée par l’amour de Dieu, est à engendrer pour qu’elle devienne source d’élan vital, de sens et de puissance créatrice, qu’elle redonne confiance en soi, au mystère de la vie, aide à recommencer, à aller vers l’inconnu, à rebondir, à aimer…

 

Car il ne s’agit en aucun cas de déserter, mais d’être actifs dans ce monde où nous sommes confiés, sans lui appartenir : « Je ne te demande pas de les ôter du monde mais de les garder du Mauvais. »

Quelle actualité ces propos, en des temps de difficultés à communiquer et agir, quand les injonctions, la vindicte et la haine n’envahissent pas seulement les réseaux sociaux et le monde numérique ! Lorsque la parole est souvent l’objet de rapports de forces, elle peut faire mal, isoler et diviser…

Mais les déserts cachent des sources… Plus que jamais, retrouvons-nous pour parler à l’intérieur de notre tradition spirituelle, pour revendiquer la liberté de recherche de la parole « religieuse » qui est à renouveler et à faire fructifier, et pour dialoguer aussi avec l’extérieur, car il est impossible dans ce monde diversifié d’affirmer des convictions et des croyances comme si celles des autres n’existaient pas.


Jean-Luc Frémon – CCB 44