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Contribuer à la transmission de la Bonne nouvelle, ou y faire obstacle ?

Auteur
Michel MENVIELLE


Dimanche 5 juillet 2020, Mt  11, 25-30

Jésus dit à la foule qu’elle n’a reconnu ni Jean, ni lui. Il reproche aux villes de Galilée qui ont été témoins de ses paroles et de ses actes de n’avoir rien changé à leur existence : ni les uns ni les autres n’ont discerné ce que Jean et Jésus ont manifesté (Mt 11, 16-20).

Et il dit alors : « Je te rends grâce, Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché cela loin des instruits et des avisés et tu l’as dévoilé à ceux qui ne parlent pas[1]. » (v. 25)

Jésus était reconnu comme maître ayant autorité. Il ne fait sûrement pas l’apologie de l’illettrisme ou de l'ignorance ! En revanche, il est possible d’utiliser savoir et intelligence pour ne pas être confronté à ce qui dérange. Dans la vie courante, mais également dans la vie spirituelle. Ainsi, les « instruits » et les « avisés » sont ceux qui basent leur lecture des écritures sur une mauvaise utilisation de leur savoir et de leur intelligence. Ils ne peuvent discerner l’essentiel, et ils peuvent occulter ce discernement chez ceux qui les écoutent ; « ceux qui ne parlent pas » sont ceux qui sont attentifs à ce que manifeste ce dont ils sont témoins.

 « … Père, Seigneur du ciel et de la terre » Le mot grec (kurios) traduit par « Seigneur » désigne celui qui a autorité, comme par exemple le souverain ou le maître de maison. Adonaï est kurios et Père. Il a autorité sur le ciel et la terre, mais il n’est pas tout-puissant : chaque homme est libre de le reconnaitre comme Père, ou de ne pas le faire.

Et Jésus poursuit : « Oui Père, parce que de cette façon, bienveillance[2] se produit devant toi. » (v. 26) Tentative de traduction au plus près du grec, qui m’a conduit à lire cette phrase comme une constatation faite par Jésus : la bienveillance concerne celui qui discerne l’annonce de Adonaï. Loin d’une toute-puissance divine suggérée par certaines traductions : « C’est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance. » (TOB)

Qui connait, qui reconnait le Père ? Le fils, et quiconque à qui le fils a souhaité le révéler (v. 27). Le fils ? Jésus, bien sûr, mais également chaque disciple qui reconnait Adonaï comme Père : transmission de cette reconnaissance jusqu’à nous, dans l’espace et le temps, de Jésus à ses disciples, puis entre ses disciples.

Transmission grâce à l’enseignement de Jésus, qui montre la pensée en actes. Ce que Jésus donne à voir opère par la symbolique que portent ses actes, et non par leur explicitation conceptuelle. Son enseignement est basé sur l’exemple, pas sur la démonstration. Ainsi, par exemple, le lavement des pieds (Jn 13, 1-15).

Jésus nous invite ainsi à cheminer vers une vie spirituelle et sociale basée sur un accueil de l’autre qui soit bienveillant et attentif à ce qui est manifesté. À mettre de côté le savoir des cieux et de la terre lorsqu’il occulte le sens symbolique de ce dont nous sommes témoins. À incarner notre éthique dans nos actes. Et il annonce que la démarche de ceux qui se mettent ainsi en lien[3] avec lui est chemin vers paix intérieure et sérénité (v. 28-30).


Michel Menvielle

[1] Le mot grec utilisé par Matthieu a pour sens propre « qui ne parle pas », d’où « qui est en bas âge »

[2] Le substantif grec dérive d’un verbe qui signifie « juger bon »

[3] Le mot grec habituellement traduit par joug désigne « tout ce qui sert à joindre deux objets ensemble »