Et reposez-vous un peu : c’est l’étrange titre d’un livre paru ce mois de mars chez DDB, et sous-titré : Un séjour en Israël. Et c’est en effet d’un séjour en Israël dont nous parle l’auteur, Christophe Mory ; un carnet de voyage vagabond, écrit à la première personne.
Ne cherchez pas là un guide pour un futur voyage. Et pourtant, la lecture de ces lignes est une forte incitation à aller y voir nous-mêmes. Le talent de l’auteur est là, dans le choix radical qu’il fait de nous raconter son voyage en nous y dévoilant son âme, ses errances, ses divagations, et il y en a de gratinées, comme cet improbable scénario de film mettant en scène Gad, Jamel et Piccoli dans une pèlerinage-thriller. Mais si cette fausse bonne idée que l’auteur ne mène pas à son terme nous arrache un sourire, son regard tantôt ironique tantôt fervent porté sur les pierres du lac ou les marbres fastueux des différents Lieux Saints ne manquent pas de nous émouvoir. La foi trace son chemin, dans les entrelacs de la complexité humaine, entre les bouffissures kitschs et l’illumination d’une ombre, d’un reflet. Finalement, cet Israël que nous rapporte Christophe Mory est à l’image de notre âme, encombré certes, mais disposé à laisser se révéler, sous les artifices, la réalité discrète et éblouissante du Dieu fait homme.
Il faut ici dire un mot du compagnon de pèlerinage de l’auteur, le prêtre qui marche avec lui et lui commente les lieux. Certes, il est une figure de prêtre respectée par son pèlerin, mais il lui arrive bien souvent d’encaisser de rudes coups ; c’est que l’ami Christophe s’empoigne autant avec le paysage qu’avec l’histoire et la tradition de l’Église, et dans le combat spirituel qui sous-tend le récit, celui qui veille n’échappe pas aux dégâts collatéraux.
Tout cela est formidablement vivant et humain. Nulle trace de piété confite, mais un vrai pèlerinage, qui met l’âme à nu. Et l’on sourit souvent, autant que l’on s’émeut. Le livre se lit à petits traits. S'il a parfois la douceur du miel, les traces d’amertume nous y préservent de l’écoeurement.
On rêve de s’offrir le même luxe, un pèlerinage de la marge, loin des cars pour pieux touristes, loin des bavardages, des exclamations convenues, des cliquetis des appareils photo. Heureux homme qui su s’offrir pareil bonheur… et nous le faire partager.
Et reposez-vous un peu. Un séjour en Israël. Christophe Mory. DDB, mars, 2011