Dimanche 17 janvier 2021 – 2e Semaine du Temps – 1 S 3, 3b-10.19 ; 1 Co 6, 13c-15a. 17-20 ; Jn 1, 35-42
Trois récits d’appels et de réponses et, voici 7 jours, nous entendions Marc raconter le baptême de Jésus, les textes d’Isaïe et Jean donner sens à notre baptême. Maintenant, Jean nous invite à vivre l’appel des disciples.
Dans ces cas qui nous sont présentés, l’appel de Dieu ne se fait pas par tirage au sort, ne vient pas de nulle part et ne germe pas sur un terrain désaffecté. Les disciples sont d’abord disciples de Jean le Baptiste, invités déjà à se convertir en perspective de l’accueil du messie. Il y a aussi Samuel, qui demeure dans le sanctuaire où se trouve l’arche de l’Alliance, auquel Éli, messager malgré lui, est chargé de faire comprendre que l’appel entendu vient de Dieu. Et Paul porteur pour les Corinthiens de ce message : chacun est constitutif du corps du Christ. Jean le Baptiste oriente lui aussi vers plus grand que lui ses propres disciples. À chaque fois, l’appel passe par un tiers, une personne « avertie », sage, engagée.
Dans cet environnement irrigué de quête spirituelle, l’appel individuel, transmis par une personne elle-même inspirée par sa relation à Dieu, peut-être entendu, actif. Ainsi la merveilleuse histoire de Samuel où l’appel commence par la simple répétition de son nom. Pas d’appel général au peuple, de directives, de règles, de consignes collectives, mais une voix qui nomme une personne s’adressant à son esprit, son cœur, et son corps réunis.
Le corps, dont Paul nous parle, pris comme identité, n’a aucune raison d’être absent de notre relation à Dieu. Paul, souvent vu comme misogyne et ennemi du corps, rappelle ici ce que nous retrouvons dans l’évangile de Matthieu : « Ils ne feront plus qu’un. » S’appuyant sur cette visée, Paul nous dit : « votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint, lui qui est en vous », c’est dire notre responsabilité et notre beauté comme membre du corps du Christ, ce corps – auquel nous disons amen à chaque eucharistie –, et qui finit par reprendre les mots d’Éli à Samuel : « Parle, ton serviteur écoute ».
Aux disciples, Jésus demande : « Que cherchez-vous » ; et les disciples vont demander : « Rabi où demeures-tu », au-delà d’un « où habites-tu ? », et cela dès leur première rencontre avec ce nouveau maitre.
La nature des appels qui nous sont proposés nous invite à nous détourner de nous-mêmes pour nous retourner, comme les disciples, et exprimer notre quête. Pas d’appel à la prière, pas d’appel à retourner impérativement à la messe dominicale. Mais une invite à « se bouger », à être disponible, ouvert à la rencontre. Ainsi dans les textes du jour, il n’est question en réponse à l’appel que de se lever, suivre, rester auprès de, se mettre en marche, entendre, voir. « Venez et vous verrez », dit Jésus. Et « rendez gloire à Dieu dans votre corps », conclut Paul.
En bon cléricaux nous pourrions être tentés de voir dans ces textes un fondement de la vocation à la prêtrise. Mais il n’y a dans ces textes ni exclusion, ni privilèges, ni suprématie pour faire corps avec l’Esprit Saint. Notre baptême est le creuset qui nous met en éveil, le fondement sur lequel l’appel peut venir à nous, là où nous sommes, et là où nous en sommes de notre recherche de vérité et de spiritualité. L’appel que chacune et chacun reçoit nous engage simplement et pleinement à rester auprès de Jésus, à voir où il demeure, à écouter sa parole, pour être témoin de sa venue dans notre entièreté, corps et esprit. Tous baptisés, tous appelés corps et âme !
Vianney Danet