Conférence Catholique des Baptisé-e-s Francophones
Pape François « Dire non aux abus, qu'ils soient de pouvoir, de conscience ou de tout autre type, signifie dire non à toute forme de cléricalisme. » 
(Pape François, déclaration aux nouveaux évêques d'Afrique, d'Asie et d'Océanie, Septembre 2018)


LETTRE D'INFORMATION N° 9 SEPTEMBRE 2019

Église en crise : la CCBF appelle tous les baptisés à se prendre en main

Baptisés, laïcs ou clercs, engagés ou non dans l'Église, pratiquants ou non, ayant peut-être choisi de quitter l'Église mais préférant rester en lien, vous êtes confondus par les révélations sur l’Église et inquiets du double langage de certains prélats. En même temps, vous êtes affligés pour ces prêtres, religieux et religieuses, dévoués et intègres, qui sont désormais regardés avec suspicion.

« Que puis-je faire ? », vous êtes nombreux à vous poser cette question. Le pape François dénonce le cléricalisme et nous encourage clairement à agir : « Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme ». Depuis cette lettre au Peuple de Dieu de François en août 2018, il est affligeant de constater le vide des réactions des autorités ecclésiales, sinon des appels à prier et jeûner, et des instructions complémentaires venues du Vatican pour la gestion, en Église, de la pédocriminalité.

Cela n'est pas à la hauteur du combat contre le cléricalisme ! La Conférence des Baptisé-e-s fait entendre sa voix, votre voix, depuis plusieurs années. Notre meilleur appui dans l’action ne nous vient pas de l’institution telle qu’elle se donne à voir, mais du Christ, des Écritures et de la tradition vivante, de notre désir irrépressible de laisser ouvertes les conditions de l’Heureuse Annonce. Nous adressons ici à tous les baptisés un appel à rejoindre la Conférence pour que s'élargisse le cercle de nos sympathisants et adhérents, et qu'ainsi par notre présence, par notre voix, par nos actes, par nos communautés, par notre écoute de la Parole, par nos célébrations, nous puissions ensemble contribuer à faire renaître et vivre une Église qui manifeste la présence authentique du Christ, dans le monde et pour le monde.

Rejoignez et appelez vos amis et connaissances à rejoindre la Conférence : Adhésion à la CCBF

Venez participer aux assises du réseau de la CCBF, les 5 et 6 octobre 2019

Que peut-on faire dans la situation actuelle ? Certains espèrent qu'une réforme encore possible de l'Église pourra naître d'un débat conduit en son sein, d'autres n'y croient plus et souhaitent prendre des initiatives “en dehors du système”. Questions cruciales, parmi beaucoup d'autres. La Conférence des Baptisé-e-s redit, avec d’autres, le primat de l’Évangile. La finalité du changement ne peut être de maintenir une hiérarchie ou un fonctionnement. C'est dans ce contexte de remise en question que, par exemple, le professeur Arnaud Join-Lambert, de l'Université Catholique de Louvain, évoque les enjeux d'une Église en modernité. C'est dans ce contexte aussi, où la parole de l'Église est devenue quasi insignifiante pour le monde d'aujourd'hui, que Dominique Collin, philosophe et théologien de l'Ordre de Saint Dominique, ouvre notre perception profonde sur l'inouï de l'Évangile avec lequel l'institution est de moins en moins en mesure de faire entrer en résonnance.

Cette année, plus que jamais, la crise de l’Église nous convoque donc, nous, baptisé-e-s, à débattre et agir pour l’avenir. Au cours des assises de 2019, nous allons mettre en œuvre, ensemble, de nouveaux projets, entendre des propositions inspirantes, participer à des débats et à des ateliers, lancer des initiatives, analyser les résultats de l'enquête de la CCBF sur les catholiques et le cléricalisme (plus de 4000 réponses), stimuler nos réseaux en France et dans les régions francophones. Rencontres, échanges, partages, projets, célébration, fête...

Deux intervenants nous feront connaître une myriade d'initiatives et nous participerons à une conférence-débat avec Gabriel Ringlet, écrivain, poète et théologien belge, qui parlera de “Célébrer” : « Célébrer ne fait pas la morale, n’enseigne pas une doctrine, ne défend pas des valeurs. Célébrer retourne un sol pour qu’un sillon se creuse chez celles et ceux à qui l’histoire est racontée » (Gabriel Ringlet).

Inscrivez-vous et venez participer aux assises 2019 à Issy les Moulineaux : Assises 2019 du réseau de la CCBF.

« Vous ferez cela, en mémoire de moi » : une recherche de la CCBF

« Si l'Église fait l'Eucharistie, c’est l’Eucharistie qui fait l’Église ». Cet adage patristique touche au cœur de ce qu'est l'Église : c'est l'Eucharistie qui bâtit la communauté, présence du Christ dans le monde et pour le monde. Or aujourd’hui, l’Eucharistie est souvent célébrée dans des assemblées plus ou moins anonymes, qui se dispersent à la sortie de la messe et manifestent peu la vérité de l’adage. L'Eucharistie étant “le” lieu du rassemblement par excellence des catholiques et depuis des siècles, ceci fait courir un risque mortel à notre Église, qui ne serait plus communauté et se réduirait à une religion qui maintient et enseigne une croyance, conduit des célébrations et assure des services. Il y a une urgence à chercher comment mieux répondre, aujourd'hui, à l'appel de Jésus à partager la parole, le pain et le vin en mémoire de Lui, et attester ainsi de sa présence de ressuscité.

Il ne s'agit pas de trouver un substitut aux célébrations eucharistiques par les prêtres, ni de mettre en question leur mission de rassemblement de l’Église universelle. Cette réflexion cherche plutôt à rejoindre les catholiques du fond de la nef, du seuil, comme aussi ceux qui ne se reconnaissent plus dans l'expression habituelle de l'Église –quelles qu’en soient les raisons–, qui s'éloignent sans faire de bruit et se retrouvent sans lien ecclésial. Pour beaucoup ce n'est pas l'Évangile qu'ils abandonnent mais la pratique d'une Église dans laquelle ils ne trouvent plus leur place.

Un chantier considérable a été lancé en 2019 par la CCBF sur cette question. Les écrits de nombreux auteurs contemporains reconnus ont été pris en compte, depuis Maurice Zundel pour qui « l’eucharistie ne peut jamais devenir une dévotion privée, elle est toujours un acte universel. On ne peut communier sans se faire Église », en passant par François Varillon, Marie Balmary, Michael Théobald et d'autres, jusqu'à Joseph Moingt qui voit l'avenir sous forme de petites communautés et qui écrit que « le précepte “Faites ceci en mémoire de moi” prend la signification du seul précepte “Aimez-vous les uns les autres”, qu’il ait donné à ses disciples ». Ces éléments de réflexion pour avancer vers un renouvellement des pratiques sont rassemblés dans un dossier disponible sur le site de la CCBF : Partager la parole, le pain et le vin en mémoire de Jésus.

Cette recherche a d'abord visé à retrouver l'esprit de fraternité et de convivialité dans lequel Jésus a institué l’eucharistie. Il reste bien sûr beaucoup à réfléchir et à faire, et un travail théologique approfondi reste incontournable : comment assurer le lien ecclésial entre des groupes célébrants, comment ne pas perdre de vue la mission universelle de l’Église ? Comment faire pour que ces communautés n’en restent pas à un entre-soi contraire à leur vocation chrétienne ? Comment inscrire une telle pratique dans l'ecclésiologie nouvelle qui s'impose avec la diminution irrémédiable du nombre de prêtres et la disparition inéluctable de beaucoup de paroisses ? Mais faut-il attendre que la doctrine évolue, ou faut-il, comme l’histoire nous l’a maintes fois enseigné, et comme nous y encourage l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium du Pape François, faire évoluer les pratiques pour qu’à son tour, la doctrine évolue ?

La CCBF lance les "Grands Débats" pour l'Église

Dans sa lettre au Peuple de Dieu du mois d'août 2018, le pape François lance à tous les baptisés une injonction à combattre le cléricalisme : « Il est impossible d’imaginer une conversion de l’agir ecclésial sans la participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu ». Par sa dénomination même, la Conférence des Baptisé-e-s dit quel est son charisme : être un lieu où l’on « confère », un lieu où la parole des baptisés a du poids. C'est pourquoi, à l'initiative de ses groupes locaux, la Conférence des Baptisé-e-s répond à l'appel de François en organisant des “Grands Débats” locaux pour l’Église. À peine lancé, ce mouvement prend de l'ampleur : certains des groupes régionaux de la Conférence des Baptisé-e-s ont vu se joindre à eux des mouvements, des associations, des paroisses, des groupes de baptisés.

À Lyon, la CCB-Lyon, en raison de la situation singulière de son diocèse, a même anticipé le lancement de cette opération. Avec des partenaires (Amis de la Vie–Rhône, Antenne Sociale de Lyon, CVX–Lyon, Ensemble pour l’Europe-Lyon, Mission ouvrière), un slogan de campagne a été choisi : « Paroles de baptisés. Paroles d’Église. Vivons notre espérance ». Un site internet dont le titre reprend ce slogan, Paroles de baptisés - Paroles d’Église, a été affecté à cette opération “Grands Débats”, pour recevoir les apports et comptes rendus des groupes locaux qui lancent et conduisent de tels débats, ainsi que des contributions individuelles.

À la fin de cette campagne, les contributions au débat feront l’objet d’un travail de synthèse par la CCBF, dont les conclusions seront diffusées vers l’institution et à l'intention des médias. Ces “Grands Débats” sont une priorité pour 2019-2020 et les expériences en cours feront l'objet de communications aux assises du réseau de la CCBF les 5 et 6 octobre 2019.

La page Facebook de la Conférence  est devenue un lieu de débat essentiel !

La page Facebook de la Conférence est désormais le lieu qui incarne de la façon la plus vive l'espace de dialogue et de débat que la Conférence des Baptisé-e-s a voulu être dès son origine. Non seulement cette page répercute les articles et vidéos publiés sur le site de la Conférence (actualités, commentaires sur les lectures du dimanche, 5 minutes essentielles, recensions de livres, ...), mais surtout il se fait l'écho de toutes les questions qui interpellent notre foi, c'est à dire de tout ce qui concerne les personnes, la société, l'Église, le monde et l'avenir de notre maison commune, la Terre.

Exemples de questions soulevées au cours du dernier mois : bioéthique, dérèglement climatique et biodiversité, immigration, violences faites aux femmes, cléricalisme, abus sexuels dans l'Église, nomination de nouveaux cardinaux, religions et fait religieux, etc. Chaque fois, des réactions, des controverses, des discussions. La page Facebook de la Conférence est devenue un incontournable porte voix pour le débat dans la communauté des catholiques francophones, la foule des intervenants dépasse désormais très largement l'ensemble des membres ou sympathisants de la Conférence.

Le site internet et autres actions de la CCBF

Le temps des baptisé-e-s, site internet de la Conférence, publie des articles et des vidéos sur toutes les questions concernant les orientations et les travaux de la Conférence des Baptisés. La rubrique actualités est alimentée tout au long de l'année par des contributions des adhérents et sympathisants. Quelques exemples parmi les articles publiés en juin et juillet de cette année : L'Église, une ambigüité à déjouer, Non aux synodes sans réformes et aux “réformes” sans synodes !, Mon Église, Les religions, malades du pouvoir, Pourquoi je reste catholique, Changer l'Église de l'intérieur.

5 minutes essentielles. Le site de la Conférence offre les paroles de témoins qui nourissent l'espérance, sous la forme de vidéos brèves où ils et elles font part de ce qui est leur essentiel, leur conviction la plus profonde, l'important dans leur vie, leur choix de croire, la joie de la foi, la transcendance, ... La collecte de ces paroles a commencé en 2018 et rassemble actuellement plus de vingt témoignages.

Les grands débats de la Conférence. Le débat enrichit, il laisse libre, il met en lien. Il nous aide à devenir des chrétiens responsables. Aussi, débattre est une priorité pour la Conférence, sur des sujets de société, sur la vie de l’Église, sur la foi : le mariage, l'homosexualité, les enfants, la parole de Dieu, le cléricalisme, etc.

L'école de la prédication. Pour la 4e année, est proposée une formation qui aborde les aspects théoriques et pratiques de cette prise de parole particulière. Elle s’inscrit dans la longue expérience de la prédication qu’a l’Église, en tenant compte du sens et des modalités pratiques de toute prise de parole. Cette année 2019/2020, la formation se déroulera uniquement à Paris.

Écrivons les credos de notre temps. En dehors de la pratique catholique, qui privilégie deux versions du Credo -le Symbole des Apôtres (2ème siècle) et le Symbole de Nicée (325), il existe d’autres versions du Credo, les unes constituant de simples variantes, d’autres s’orientant davantage vers le message de Jésus. Cette rubrique du site de la Conférence est une invitation à publier les credos de notre temps. Le projet ne consiste pas à rédiger “le” Credo de la CCBF. Il ne s'agit pas non plus de publier n'importe quoi, les textes soumis seront examinés par un-e théologien-ne avant d'être éventuellement publiés sur le site. L'intention est de mettre à disposition des célébrations des versions du Credo émanant de la pratique. Dans le même esprit, le site accueille aussi les propositions de textes destinés à constituer un lectionnaire des français.

Le prix littéraire de la Conférence. La Conférence a constitué un groupe de lecture qui lit et recommande un livre par mois, parmi lesquels les adhérents élisent le meilleur livre de l’année pour décerner à son auteur le Prix littéraire de la Conférence. Les lauréats ont été successivement Jean-Paul Vesco en 2015 pour « Tout amour véritable est indissoluble » (Cerf), Adrien Candiard en 2016 pour « Veilleur où en est la nuit ? » (Cerf), Marion Muller-Colard en 2017 pour « L’Intranquillité » (Bayard) et Delphine Horvilleur et Rachid Benzine en 2018 pour « Des mille et une façons d’être juif ou musulman. Dialogue » (Seuil). Pour l'année 2019, 10 ouvrages ont été sélectionnés comme livres du mois, parmi lesquels un lauréat sera élu.

À propos des icônes...

Le ton de cette lettre est marqué par la situation critique de l'Église catholique romaine en ce début de 21ème siècle. Mais il n'est pas marqué par la tristesse, car ce moment particulier de l'histoire de l'Église est un appel à “naître à nouveau”, mieux encore : un appel à naître ... nouvelle ! Il y a urgence, mais c'est l'urgence de la sagesse : naître nouvelle dans l'inouï de l'Évangile, parole de Vie, parole de la Vie. C'est ce qui a guidé mon choix des illustrations : Matthieu, Marc, Luc, Jean, Paul, Jacques, Pierre et Jude, les huit témoins dont la tradition a retenu les noms pour les attacher à chacun des livres du Deuxième Testament. Pour inviter ces témoins ici, j'ai choisi leurs icônes orthodoxes car dans cette autre tradition, l'icône, ouverture sur la réalité du Royaume, porte la prière.
Philippe Jorrand, rédacteur de la lettre d'information de la CCBF

CCBF - 76 rue de la Verrerie - 75004 Paris