Conférence Catholique des Baptisé-e-s Francophones

   

Pape François, une rose à la main

   
« La douleur, l'incertitude, la peur et la conscience des limites de chacun, que la pandémie a suscitées, appellent à repenser nos modes de vie, nos relations, l'organisation de nos sociétés et surtout le sens de notre existence. »  (Fratelli tutti, §33, octobre 2020)




LETTRE D'INFORMATION N° 10 MARS 2021

La CCBF donne rendez-vous sur La voix des baptisés

Renaissance ! Ouvrir des chemins vers des manières de faire Église qui offrent à chaque personne sa pleine légitimité au sein du peuple de Dieu, tel est le moteur de la CCBF. Confinement, cléricalisme, abus... les temps récents ont pesé lourd, mais sont un appel au réveil plutôt qu'au découragement : porter un regard positif sur ce que le confinement a rendu possible, contribuer activement à la renaissance d'une Église pour le monde, au cœur du monde. De vraies questions jaillissent, nous invitent à repenser nos habitudes et à approfondir nos fondamentaux. Que célébrer quand les cultes collectifs sont suspendus ? Les occasions et les manières de célébrer sont infinies, pourquoi hésiter ? Quels contre-feux installer devant les abus ? Comment faire renaître une Église libérée des puissantes contradictions qui l'entravent ?

Le 5 décembre 2020, lors d'un premier rendez-vous sur La voix des baptisés, la CCBF a donné la parole à une bibliste, deux théologiens et une sociologue : “ Confinement, Célébration(s), Communauté(s) ”. Ils et elles ont évoqué l'histoire des premières communautés chrétiennes et analysé ce que nos communautés confinées ont inventé, notamment en matière de célébrations. Qu’on le veuille ou non, il y aura bien un avant et un après confinement et cela va donner de nouveaux contours au visage de l’Église. À l'issue de ce premier rendez-vous, la CCBF a lancé un appel : “ Apprendre à célébrer partout en France ” (voir ci-dessous).

Le 30 janvier 2021, deuxième rendez-vous : “ Les abus dans l'Eglise - Les dégâts du cléricalisme ”. Reconnaître qu’il y a crise est essentiel, la crise est majeure, le cléricalisme en est la cause principale, les dégâts sont immenses. Un premier temps de ce rendez-vous, « Des abus spirituels aux abus sexuels, des témoignages aux contre-feux », a été l'écoute irremplaçable de témoins et de victimes. Puis, dans leur regard sur « Une institution et son système affrontés à de puissantes contradictions », trois intervenants ont débusqué ce que ces abus révèlent et analysé l’impact sur les structures de l’Église et au-delà. Ils ont mis en évidence les enjeux et discerné des changements nécessaires pour que chacun puisse devenir acteur d'une renaissance. Par un communiqué de presse publié à l'issue de ce rendez-vous, la CCBF propose à la Conférence des Évêques de France des nouveaux principes d'action pour sortir de la crise systémique profonde qui touche l'Église catholique de France.

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Assises 2020 de la CCBF : que l'Église de France renaisse comme peuple !

Les assises du réseau de la CCBF, les 26 et 27 septembre 2020, ont été placées sous le double signe d'un constat et d’une interrogation : « L’Église en crise face à son temps : défaite ou défi ? », Une place centrale a été donnée à la parole de deux figures du chemin synodal allemand : Julia Knop, théologienne, professeur à l’Université d’Erfurt, très active dans le chemin synodal, et Dorothea Sattler, théologienne, professeur à l’Université de Münster, personnalité qui compte dans le chemin synodal. Ce chemin synodal (voir ici et ) est issu en 2010 d’une initiative de femmes et de laïcs qui déploraient l’état de l’Église catholique allemande, où la préservation de la façade primait sur la remise en cause de la substance. Puis il s’est élargi à une participation de la Conférence épiscopale allemande. Cela a été possible grâce à l’existence, en Allemagne, du Comité central des catholiques (ZdK), structure officielle qui représente les laïcs au sein de l’Église catholique allemande. Le ZdK regroupe 125 associations et institutions catholiques, représentant en tout plusieurs millions de membres, et constitue l'instance reconnue pour le dialogue des laïcs avec la conférence épiscopale.

Un théologien français, Robert Scholtus, et deux sociologues des religions, Jean-Louis Schlegel et Nicolas de Brémond d'Ars, ont réagi aux interventions des théologiennes puis participé avec elles à une table ronde. Nous nous reconnaissons dans l'état de l'Église allemande, qui a suscité l'émergence puis la vigueur du chemin synodal, mais notre Église, laïcs et clercs ensemble, est beaucoup plus crispée sur des questions sociétales que l'Église en Allemagne, et nous ne disposons pas de l'équivalent du ZdK. La mise en place d'une telle instance, qui serait porte parole des laïcs, est rendue difficile par la sociologie de l’Église de France, scindée entre catholiques d'identité, souvent jeunes et enracinés dans une vision de la chrétienté installée par Jean-Paul II, et catholiques d'ouverture, plus âgés et encore portés par des mouvements en bout de course, comme l'Action Catholique, plus tournés vers le monde que préoccupés du rôle sacral du prêtre.

À vouloir protéger d’abord l’institution, le cœur de l’Évangile se perd. En Allemagne, le chemin synodal a fait de ce temps le moment des laïcs, qui ouvre la porte à une sortie du système clérical où seuls les évêques ont encore le pouvoir de décision. Le processus du chemin synodal allemand, qui est toujours en cours, est d'une grande pertinence, mais comment peut-il devenir source d’inspiration pour les baptisés de l’Église de France ? Comment penser une Église de France toute entière synodale qui ne parle pas seulement aux 1,8% de pratiquants ?

La CCBF appelle à célébrer ensemble partout en France

Le premier Rendez-vous du 5 décembre, sur le thème “ Confinement, Célébration(s), Communauté(s) ”, a mis en évidence de nouvelles attentes en matière de célébration suscitées par les confinements de la pandémie de COVID 19. Cela invite à repenser les habitudes, à réinvestir la multiplicité des possibles. En tenant ferme sur la primauté du sens, apprendre à célébrer est un service qu’un catholicisme d’adultes responsables devrait proposer. La CCBF appelle à relever ce défi : redonner l’envie et le goût de célébrer en commun !.

Les questions sont nombreuses, l'espace des réponses est ouvert à la liberté du peuple de Dieu. Que célébrer quand les cultes collectifs et publics sont suspendus, quand le goût de ces rendez-vous s'est émoussé ou a disparu ? Où ? Quand ? Qui ? Comment renouer avec le sens profond des célébrations ? Les occasions et les manières de célébrer sont infinies, elles excédent les pratiques liturgiques ordinaires. Le pape François nous y invite : La pastorale en terme missionnaire exige d’abandonner le confortable critère pastoral du “ on a toujours fait ainsi ”. J’invite chacun à être audacieux et créatif dans ce devoir de repenser les objectifs, les structures, le style et les méthodes évangélisatrices de leurs propres communautés. (Evangelii Gaudium - La Joie de l’Évangile, 2013, §33).

Il ne s'agit pas ici de trouver un substitut aux célébrations eucharistiques par les prêtres, ni de mettre en question leur mission de prendre soin d'une communauté et de rassembler l’Église universelle. Cet appel cherche plutôt à rejoindre les catholiques du fond de la nef, du seuil, comme aussi ceux qui ne se reconnaissent plus dans l'expression habituelle de l'Église –quelles qu’en soient les raisons–, qui s'éloignent sans faire de bruit et se retrouvent sans lien ecclésial. Pour beaucoup ce n'est pas l'Évangile qu'ils abandonnent mais la pratique d'une Église dans laquelle ils ne trouvent plus leur place. Avec cet appel à inventer, penser et agir, chacun selon son charisme, la CCBF souhaite contribuer à l’émergence d’une manière de faire Église qui permette à chaque baptisé d’éprouver son appartenance active au peuple de Dieu, et à chaque ami de passage de faire une belle expérience de fraternité.

Être femme dans l'Église : la CCBF souligne le litige permanent avec Rome.

La fermeture de l'Église catholique sur la situation des femmes paraît verrouillée. D’accord pour que des femmes, beaucoup de femmes, soient « actives » dans l’Église, mais pas question qu’elles deviennent prêtres ni que leur soient confiées des fonctions de pleine responsabilité. Depuis la maîtrise de leur corps jusqu'à leur place dans l'institution, les femmes ne disposent pas des mêmes droits que les hommes. La continuité des positions des derniers papes sur ce sujet est impressionnante et le pape François persiste à ne pas désavouer ses prédécesseurs. C'est désolant, car la force d’une institution se situe au moins autant dans la reconnaissance de ses erreurs que dans l'exercice d'une autorité, fut-elle proclamée infaillible. C'est à ce titre par exemple que l’encyclique Humanae vitae, définitivement rendue lettre morte par le sensus fidei, a contribué à pousser l'Église vers l'insignifiance de sa parole dans le monde, dans les deux sens du mot insignifiance : évanescence de la signification reçue, audience qui se réduit à une petite minorité.

C’est désormais le refus obstiné d’ordonner des femmes prêtres ou diacres qui provoque l'incompréhension. La société civile admet, promeut, encourage les femmes dans toutes les fonctions : chef d’État, ministre, parlementaire, juge, médecin, avocat, ingénieur, dirigeant d’entreprise, pilote de ligne, officier. Le sexisme y est condamné comme le racisme ou l’homophobie. Les Églises réformées et anglicanes confèrent le ministère pastoral, voire épiscopal, à des femmes qui remplissent pleinement ces fonctions. Dans l'Église catholique tout semble indiquer que cela serait exclu. Outre le biais machiste, ce refus est sous-tendu par la sacralisation de rites que seul célèbre le prêtre en tant que figure du Christ, « donc » être humain de sexe masculin. Cela révèle la profondeur systémique du cléricalisme que le pape François avait pourtant stigmatisé avec vigueur.

La CCBF a relayé Les oubliées de l'Église, vidéos réalisées par le Comité de la Jupe, où des femmes s'expriment, qui exercent des fonctions dans l'Église et sont invisibilisées par l'institution : Sophie, laïque en mission ecclésiale, responsable d'un service diocésain, souhaite que toute femme puisse servir l'autel, donner la communion, proclamer la Parole et prêcher ; Pauline, qui anime Ephata, groupe de réflexion et de prière pour des jeunes, désire que les homélies puissent être pensées et dites par des femmes ; Christine, responsable d'aumônerie puis de catéchuménat, dotée d'une solide formation théologique, fait part de sa vocation d'accompagnatrice spirituelle et voudrait devenir diacre ; Pascale, aumônier d'hôpital, regrette de ne pas pouvoir donner les sacrements de réconciliation et des malades, dont la demande émerge si souvent pendant ses rencontres avec les personnes hospitalisées. Pour ces attentes, en face du blocage de l'institution, l'espérance ne reçoit l'appui que de la démographie cléricale... Renaissance !

Site internet, page Facebook  et autres actions de la CCBF

Le temps des baptisé-e-s, site internet de la Conférence, publie des articles et des vidéos sur toutes les questions concernant les orientations et les travaux de la Conférence des Baptisés. La rubrique actualités est alimentée tout au long de l'année par des contributions des adhérents et sympathisants. Du dynamisme et beaucoup de contenu.

La page Facebook de la Conférence  incarne l'espace de dialogue et de débat que la Conférence a voulu être dès l'origine. Non seulement elle répercute les articles et vidéos publiés sur le site de la Conférence, mais surtout elle se fait l'écho des questions qui interpellent notre foi, de tout ce qui concerne les personnes, la société, l'Église, le monde et l'avenir de notre maison commune, la Terre : bioéthique, climat, biodiversité, immigration, violences faites aux femmes, cléricalisme, abus sexuels dans l'Église, religions et fait religieux, etc. Chaque fois, des réactions, des controverses, des discussions. La page Facebook est désormais incontournable pour le débat parmi la communauté catholique francophone.

5 minutes essentielles. Le site de la Conférence offre les paroles de témoins qui nourissent l'espérance, sous la forme de vidéos brèves où ils et elles font part de ce qui est leur essentiel, leur conviction la plus profonde, l'important dans leur vie, leur choix de croire, la joie de la foi, la transcendance, ... La collecte de ces paroles a commencé en 2018 et rassemble actuellement plus de vingt témoignages.

Les grands débats de la Conférence. Le débat enrichit, il laisse libre, il met en lien. Il nous aide à devenir des chrétiens responsables. Aussi, débattre est une priorité pour la Conférence, sur des sujets de société, sur la vie de l’Église, sur la foi : le mariage, l'homosexualité, les enfants, la parole de Dieu, le cléricalisme, etc.

Écrivons les credos de notre temps. En dehors de la pratique catholique, qui privilégie deux versions du Credo -le Symbole des Apôtres (2ème siècle) et le Symbole de Nicée (325)-, il existe d’autres versions du Credo, les unes constituant de simples variantes, d’autres s’orientant davantage vers le message de Jésus. Cette rubrique du site de la Conférence est une invitation à publier les credos de notre temps. Le projet ne consiste pas à rédiger “le” Credo de la CCBF. Il ne s'agit pas non plus de publier n'importe quoi, les textes soumis sont examinés par un-e théologien-ne avant d'être éventuellement publiés sur le site. L'intention est de mettre à disposition des célébrations des versions du Credo émanant de la pratique. Une trentaine de Credo sont actuellement disponibles dans cette rubrique.

Le prix littéraire de la Conférence. Depuis 2015, un groupe de lecture de la Conférence lit et recommande un livre par mois, parmi lesquels les adhérents élisent en fin d’année le livre dont l'auteur recevra le Prix littéraire de la Conférence. Les lauréats ont été successivement Jean-Paul Vesco pour « Tout amour véritable est indissoluble » (Cerf), Adrien Candiard pour « Veilleur où en est la nuit ? » (Cerf), Marion Muller-Colard pour « L’Intranquillité » (Bayard), Delphine Horvilleur et Rachid Benzine pour « Des mille et une façons d’être juif ou musulman. Dialogue » (Seuil) et Isabelle Le Bourgeois pour « Le Dieu des abîmes » (Albin Michel).

Printemps !

Les fleurs surgissent au printemps. Le printemps c'est la renaissance, le jaillissement de la vie dans la lumière revenue. Ce moment de l'Église, confinement, cléricalisme, abus, est un appel à naître nouvelle ! Une urgence à renaître libre dans l'inouï de l'Évangile, parole de Vie, parole de la Vie. Jaillir nouvelle et diverse, comme les fleurs s'épanouissent dans les nuances de leurs couleurs et la variété de leurs formes. Faisons éclore ici et là une Église vive et lumineuse, petites fleurs au bord du chemin qui témoignent de la Vie.
Philippe Jorrand, rédacteur de la lettre d'information de la CCBF.

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