Vous êtes ici

Écrivons ensemble les Credos de notre temps.

État des lieux

Le Credo, récité à chaque messe, tient une place particulière dans le rituel de l’Eglise catholique. Il en existe deux versions officielles : la plus ancienne, le Symbole des Apôtres remonte au deuxième siècle ; la plus développée, le Symbole de Nicée (325) fut rédigé dans le contexte de controverses dogmatiques, qui accompagnaient la lutte pour le pouvoir dans l’empire romain en voie de décomposition. Il existe enfin dans la pratique actuelle une forme dialoguée du Credo.

Deux textes signifient une liberté dans la formulation. Le premier n’est pas plus lacunaire ou imprécis que le second lui serait supérieur. Le concept même de Credo, pierre angulaire de la foi, fut destiné à prévenir les hérésies. Un chrétien se devait d’y adhérer pour se fondre dans l’unité de l’Eglise. Il devient aujourd’hui pierre d’achoppement, car ces textes datant de l’Antiquité ne formulent pas la foi de ce siècle, qui est diverse et qui cohabite avec une vision de l’Univers bien changée. Faut-il pour croire, pour être chrétien, adhérer sans réserve à l’un ou l’autre texte ? Ou bien suffit-il de réciter machinalement un texte qui soulève des interrogations à chaque article ? Est-ce un rite formel ou bien l’expression d’une conviction intime ?

Le Symbole des Apôtres se récite avec piété en souvenir des premiers chrétiens, qui ont été jusqu’au martyre par fidélité à la formulation de l’époque, parfaitement compréhensible pour eux. Parmi ses articles, le plus incertain est sans doute : « (Jésus) est descendu aux enfers ». Ces enfers au pluriel n’ont rien à voir avec l’enfer chrétien : il s’agit du lieu de séjour des morts dans la mythologie gréco-romaine ou encore le shéol juif. Il s’agit d’une croyance héritée de l’Antiquité, qui n’a rien à voir avec le christianisme. Est-il raisonnable, sensé, logique de faire réciter aujourd’hui cet article devenu une relique aussi vénérable qu’incompréhensible ?

Le Symbole de Nicée est contestable par les circonstances de sa rédaction et par le contenu de celle-ci. Depuis l'an 312, l’empereur Constantin est ouvert au christianisme, sans être baptisé, et il met l'Eglise chrétienne à égalité avec les cultes païens. Cependant des opinions jugées hérétiques se développent : l'arianisme défend la thèse d'une distinction de nature entre Dieu le Père et le Christ.

Pour rétablir l’uniformité au sein de l'Église, car elle-même est garante de l’unité de l’empire, Constantin convoque un concile afin de décider d’un dogme collectif. Pour un Romain, il était normale de disposer d’une religion d’Etat, agréée par tous les citoyens. Émergeant du paganisme, Constantin n’imagine pas qu’il puisse exister une diversité d’opinions, de sensibilités, d’interprétations de la foi chrétienne, parce que celle-ci concerne la spiritualité intime de chaque personne plutôt que l’ordre juridique. Il agit en militaire qui entend rétablir la discipline.

]L'hérésie arienne fut rejetée et le parti trinitaire, qui proclame l'identité de nature entre les trois personnes de Dieu (le Père, le Christ et le Saint-Esprit), imposa son opinion : « Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles; il est Dieu, né de Dieu, lumière, née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu. Engendré, non pas créé, de même nature que le Père, et par lui tout a été fait. ». Qui comprend ce texte de nos jours ? Qui se souvient ou est intéressé par une controverse du monde hellénistique, très porté sur les débats philosophiques ?

Projet

En dehors de la pratique catholique, il existe d’autres versions du Credo, les unes constituant de simples variantes, d’autres s’orientant davantage vers le message de Jésus plutôt que sur le récit en termes mythologiques de son existence. Dans les deux versions catholiques, Jésus nait et meurt sans rien exprimer entretemps, comme si cela n’avait pas d’importance.

A titre d’exemple du contraire, on peut citer le Credo de Kappel, utilisé dans des Eglises réformées :

Je fais confiance à Dieu, qui est puissance d’amour, créateur du ciel et de la terre.
Je crois en Jésus, Parole de Dieu faite homme, Messie des affligés et des opprimés, qui a proclamé le Royaume de Dieu; c’est pourquoi il a été crucifié, livré, comme nous, à la destruction, mais ressuscité le troisième jour afin de continuer à agir pour notre libération jusqu’à ce que Dieu soit tout en tous.
 J’ai confiance en l’Esprit Saint qui vit en nous et nous incite au pardon mutuel; qui fait de nous des compagnons de lutte du Ressuscité, des sœurs et des frères de celles et ceux qui ont soif de justice.
 Je crois à la communion de l’Église universelle, à la paix sur terre, à la délivrance des morts, et à l’épanouissement de la vie au-delà de notre connaissance.

Le projet ne consiste pas à rédiger « le » Credo de la CCBF, mais de mettre à disposition des célébrations des versions du Credo, émanant de la pratique. A la limite, chacun pourrait rédiger son Credo et le réciter lors d’une célébration. Ce serait une voie de transmission de la foi plus authentique et plus convaincante que la récitation mécanique de textes datant de plus de quinze siècles, traduit du grec en latin puis en français avec tout ce que cela signifie d’imprécisions. Cette initiative repose sur une intuition très forte : la Révélation est un processus continu, qui ne s’arrête pas à la dernière ligne du Nouveau Testament. De siècle en siècle, la foi des chrétiens a été précisée, corrigée de ses errements, approfondie. La CCBF témoigne de ce mouvement.

Il ne s’agit donc pas de diffuser n’importe quoi. Les textes soumis seront examinés par un(e) théologien (ne). Ils seront ensuite publiés sur le site en indiquant leur provenance. Ils peuvent être adressés par courriel à rubrique.site@baptises.fr . Ils seront rédigés uniquement en français et leur longueur ne dépassera pas ce qu’il est possible de proclamer lors d’une célébration.