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René Poujol, Catholique en liberté

Jacques NEIRYNCK
Catholique en liberté


René Poujol, Catholique en liberté
Éditions Salvator.

Les journalistes partagent avec les hommes d’État le privilège de se trouver aux premières loges pour assister au spectacle du monde, jouir d’informations uniques, décoder les énigmes et percer à jour les opacités. Telle fut la carrière de René Poujol au service du Pèlerin, où il termina rédacteur en chef. Catholique en liberté rassemble ses mémoires professionnels et, à ce titre, constitue un document pour les futurs historiens de l’Église catholique.

Très tôt, René Poujol a décelé les prodromes de la crise qui éclate aujourd’hui au grand jour sans pouvoir toujours en faire état dans le magazine. Il décrit le malaise coutumier de maints catholiques, croyants « sous bénéfice d’inventaire », c’est-à-dire requérant la liberté de se situer sans contrainte et sans interdit face aux innombrables problèmes surgissant dans le monde contemporain : avortement, PMA, GPA, mariage pour tous, laïcité, divorce. La doctrine rigide professée par l’Église catholique sur ces sujets est aujourd’hui déconsidérée par l’épidémie d’abus sexuels et spirituels en son sein qui furent révélés au grand jour. Dès lors, le retour du balancier mène à une liberté qui se veut sans limites.

Sur ces questions, René Poujol adopte une attitude nuancée en insistant sur la distinction entre ce qui est légal et ce qui est moral. À l’État de légiférer mais pas de dire de ce fait le bien et le mal. À l’État de prôner la laïcité, mais sans la transformer en une religion de l’incroyance. À l’Église catholique, dont il reste fidèle, de cesser de ne faire que la morale, réduite le plus souvent à l’obsession sexuelle. À l’Église de prôner les ministères consacrés, mais sans faire l’impasse sur les ministères de fait exercés par des laïques. À l’Église de ne pas confondre foi et croyance, par exemple mythe de la faute des premiers parents et théologie du péché originel, mystère du mal et culpabilité universelle.

Il est rare de trouver dans la littérature d’inspiration religieuse une prise de position aussi pondérée, inspirée à la fois par l’adhésion à l’essence du christianisme, par l’expérience de la société contemporaine et par le simple bon sens. Cet ouvrage servira de document aux historiens du futur. Aux lecteurs d’aujourd’hui il permettra de peser le pour et le contre de tout ce qui fait problème pastoral ou théologique.

On se prend à rêver que les laïcs semblables à René Poujol, aussi bien informés, puissent jouer un rôle décisif dans l’institution ecclésiastique, qu’ils soient pleinement associés à ses délibérations internes pour prévenir les innombrables malentendus. On peut supposer que de nombreux évêques auront lu Catholique en liberté et espérer qu’ils soient sensibles à ce qui est un appel chaleureux et fraternel au milieu de la tourmente actuelle.


Jacques Neirynck

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MARTIN

"A l'Etat de légiférer mais pas de dire de ce fait le bien et le mal". Votre compte rendu sur cette distinction, établie par le livre de René Poujol, m'interroge puisqu'il n'est ici assorti d'aucune réserve de votre part. Est-ce à dire que pour vous, l'Eglise infaillible aurait encore un pouvoir incontestable de dire le bien et le mal ? s'accorderait-elle un monopole ou un droit irréfragable à en décider ? Après les sécularisations de la vie publique et privée, c'est en effet la sécularisation morale dont il est question ici, Pour l'institution cléricale, il s'agit de l'ultime pouvoir sur les consciences, la dernière ligne. Cette distinction entre le moral et le légal n'est pas anodin puisque, le moyen de la loi lui étant démocratiquement inaccessible, l'institution cléricale et tous ses soutiens continuent ainsi, sans toujours le dire clairement, à contester symboliquement toute forme d'autonomie de pensée et de décision aux croyants. Dès lors quelle serait selon vous "la liberté des catholiques" ?

Jacques Neirynck

La liberté du chrétien est de se déterminer en fonction de sa conscience, dite éclairée, sans se cantonner aux impératifs ou aux lacunes de l'Etat, sans suivre aveuglément la morale prêchée par les Eglises (il y en a plusieurs!). Application pratique : "Humanae Vitae" n'implique pas le refus de la contraception si un couple de chrétien se trouve contraint soit de l'utiliser, soit d'interrompre la vie conjugale. La légalisation de l'avortement par l'Etat ne signifie pas que ce qui est devenu légal est automatiquement toujours moral.

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