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En finir avec le cléricalisme

Christine TASSET
En finir avec le cléricalisme


Ce dernier ouvrage de Loïc de Kerimel, décédé en mars 2020, sort aujourd’hui en librairie (éditions du Seuil)

L’auteur, Loïc de Kerimel, était agrégé de philosophie et l'auteur de nombreux articles sur la démocratisation et l'enseignement de cette discipline. Membre de la Compagnie de Jésus de 18 à 30 ans, il a tenu un rôle actif dans l'Amitié judéo-chrétienne de France depuis 1995, ainsi que, depuis 2009, au sein de la Conférence Catholique des Baptisé-e-s Francophones (fondée par Anne Soupa et Christine Pedotti pour défendre la place des laïcs, en particulier celle des femmes au sein de l'Église). Toute sa vie, il a été un chrétien engagé militant pour une réforme profonde de l'Église. 

Cet ouvrage prend aujourd’hui une dimension de testament spirituel.

Abus sexuels, concentration de la parole et du pouvoir, exclusion des femmes : comment ces faits ont-ils été rendus possibles au sein d'une institution née pour incarner la parole de Jésus ?

Avec toute la vigueur de la colère et d'un attachement authentique au message évangélique, Loïc de Kerimel prend radicalement au sérieux l’injonction du pape François dans sa Lettre au peuple de Dieu, à propos des abus sexuel de l’été 2018 : « Favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, [le cléricalisme] engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup de maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme. »

Il va à la racine du mal : l'Église ne produit pas privilèges et abus comme n'importe quelle institution de pouvoir le fait ; elle est fondée sur l'affirmation d'une différence essentielle entre une caste sacerdotale, sacrée, et le peuple des fidèles. Alors que Jésus dénonce le monopole des prêtres et de la hiérarchie lévitique du Temple dans l'accès au salut, l'Église chrétienne naissante se dote d'une organisation similaire. Alors même que le judaïsme naissant se convertit à une spiritualité sans prêtres ni sacrifices, l'Église donne au repas du Seigneur, l'eucharistie, une tournure sacrificielle. Or, c'est précisément autour du monopole sacerdotal, et masculin, de cette célébration que le cléricalisme a fait système et s'est installé dans l'histoire. Tenu à l'écart des réformes, il a généré les abus de pouvoir qui gangrènent l'Église aujourd'hui.

Nul doute que cet ouvrage heurtera, ou pire, ces bons catholiques, qui passeront leur chemin. Il a pourtant le grand mérite de proposer une « opération de pensée » en un temps où, selon de bons observateurs de l’Église, ce sont surtout l’émotion et la fidélité aux dogmes qui servent de viatiques. Un livre passionnant et nécessaire.


Christine Tasset

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