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Des clairières en attente, un chemin avec Jean Sulivan, Jean Lavoué

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Anne SOUPA
Des clairières en attente


Des clairières en attente, un chemin avec Jean Sulivan, Jean Lavoué
(Médiaspaul, avril 2021, 129 p ; 15€)

C’est un joli petit livre de vacances qui se lit d’une seule traite, et dont l’objet est bien plus large que le sous-titre ne veut le dire. Oui, cheminer avec Jean Sulivan est un fait que ce livre honore, mais il va bien plus loin.

Sulivan, d’abord. Jean Lavoué, breton très lié à quantité de Bretons bien connus, comme Xavier Grall, René Guy Cadou, Max Jacob, Gilles Baudry, moine bénédictin à Landévennec, a une grande dette envers Jean Sulivan, cet autre Breton. Et de fait, l’évocation qu’il en fait est très vivante. Jean Sulivan, prêtre, fasciné d’abord par son état de prêtre, a été l’un des premiers à ouvrir les yeux sur les dangers d’une Église constantinienne, hiérarchique, cléricale, tellement en surplomb qu’elle en étouffait l’Esprit. Aussi, son œuvre littéraire, fort belle, fort appréciée dans les années 70-80, est-elle aussi un itinéraire de conversion que beaucoup d’entre nous refont aujourd’hui en leur propre nom. Rien que cette parenté dans la conversion justifierait, à elle seule, un intérêt renouvelé pour cette grande figure. Pour ma part, j’ai éprouvé dans ce portrait de Jean Lavoué à la fois du réconfort et de la reconnaissance envers Jean Sulivan, celle qu’on voue aux défricheurs de son propre chemin.

Mais le regard que pose Jean Lavoué est bien plus large. D’une part, il raconte les rencontres successives qui l’ont nourri. Son livre regorge de noms : Maurice Bellet, Bernard Feillet, Jean-Marie Martin, de qui il tient le terme de « christité », qui définirait tout ce que nous ne savons pas encore lire dans les évangiles. D’autre part, il partage avec ses lecteurs sa très riche expérience de petits groupes qui se situent au-delà des frontières que l’institution catholique ne cesse de reconstituer, entre ceux du dedans et ceux du dehors. Ces petits groupes dont tant d’entre nous ont fait l’expérience sont pour lui, non un simple repli pour se protéger d’une Église cléricale, mais la préfiguration même du christianisme à venir.

En somme, d’une manière ou d’une autre, Jean Lavoué nous emmène en avion, et de là-haut, il nous pilote, selon des modalités très variées : grand angle, contournement, vue plongeante, piqué, afin de nous faire comprendre, à partir de sa propre vie et des rencontres qu’elle lui a offertes, comment se sont défrichées ces « clairières en attente », en attente de nous et de nos successeurs. Et là est le petit miracle, c’est que ces croyants d’hier n’ont pas seulement cherché une modalité contemporaine de la foi, mais ils ont réussi un tour de force : ils ont remis le christianisme dans la vie. Ne perdons donc pas notre temps à combattre une institution devenue cléricale, mais allons retrouver au cœur de nos existences la parole qui nous fait vivre. Un christianisme qui se déploie dans des existences humaines ne se démode pas, car le sang neuf des générations l’irrigue sans cesse. Merci à Jean Lavoué de l’avoir redit.


Anne Soupa

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