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Catholiques, rouvrez la fenêtre !

Monique HÉBRARD
Catholiques, rouvrez la fenêtre !


Catholiques, rouvrez la fenêtre ! Mémoires de prêtres qui ont vécu Vatican II.

Nicolas de Brémond d’Ars.
Préface d’Anne Soupa.
Éditions de l’Atelier – 267 p. – 18€

À l’origine, une idée et une enquête de la Conférence Catholique des Baptisé-e-s Francophones (CCBF) : recueillir la mémoire de prêtres âgés qui ont vécu le concile. Soixante interviews ont été recueillies, puis confiées au prêtre sociologue Nicolas de Brémond d’Ars qui en fait une analyse passionnante.

Les thèmes – comme le fil d’une vie – défilent.

La vocation : elle est née dans l’enracinement d’une enfance chrétienne plongée dans la beauté des rites, et parfois en réponse à l’appel du curé du village.

La formation : il y avait bien quelques « vocations tardives », mais le plus souvent c’était l’entrée jeune au séminaire, voire au petit séminaire. La discipline y était dure, mais ils ne s’en plaignent pas. C’est dans les années soixante que ces jeunes séminaristes, marqués par l’Action catholique, ont fait leur révolution silencieuse par rapport à l’Église, si bien que Mai 68 ne les a pas secoués. Sauf bien sûr les départs de leurs confrères et les séminaires qui se vidaient.

Mais pour eux qu’est-ce qu’un prêtre, leur a-t-on demandé ? Pas un chef ! Le mot phare est service. Et le désir de rendre l’Évangile plus proche des gens, à plus forte raison dans ce monde de plus en plus sécularisé. À les entendre, on se dit que ces prêtres formés par l’Action catholique vivaient déjà l’invitation de François d’aller aux périphéries.

Du Concile ils retiennent la joie d’enlever la soutane et des liturgies en français et surtout celle du partage avec les laïcs. Et puis c’est l’Église qui ouvre grand ses fenêtres sur le monde. Au séminaire, comme dans la vie pastorale, l’enseignement et la lecture de la Bible deviennent essentiels, et tout cela les réjouit.

Tout au long de cette vie mouvementée, comment ont-ils tenu ? Qu’est-ce qui les a aidés ? L’Évangile (avec une préférence pour celui de Jean), l’engagement dans tout ce qu’il y avait à construire. Plusieurs ont été portés par des fraternités ou congrégations. D’autres ont choisi l’immersion dans le travail pour être plus proches des gens, depuis le manœuvre jusqu’au chercheur en passant par le maire. Témoignages passionnants d’une époque révolue !

Et eux qui sont nés dans une Église encore puissante et en ont connu le déclin, comment voient-ils l’avenir de l’Église ? D’une façon apaisée et avec le recul d’une vie de fidélité. Ils sont lucides mais positifs. Certes certains sont effarés par l’effondrement institutionnel et celui de la pratique mais ils soulignent l’importance des valeurs de fraternité et de solidarité ; « la pratique de l’Évangile grandit ». Effarés aussi par les jeunes prêtres « identitaires » accrochés aux rituels et aux vêtements, aux « fanfreluches ». Mais ils notent aussi le positif : l’engagement et la formation des laïcs sans lesquels la paroisse ne peut plus fonctionner. Très critiques sur le fonctionnement institutionnel et la Curie, ils pensent qu’il faudrait une profonde réforme et ne plus avoir peur d’aborder des questions comme le célibat des prêtres. En un mot, ils sont lucides mais pas désespérés.

Aucune question sur la sexualité regrette Anne Soupa dans sa préface. Effectivement c’est dommage, mais les entretiens ont été faits avant qu’éclatent au grand jour les scandales de la pédophilie. Mais tout de même l’affectivité des prêtres est un sujet incontournable qui mériterait une autre série d’entretiens avec des anciens et des jeunes.

Pourquoi ce titre : Rouvrir les fenêtres ? C’était le rêve de ces conciliaires et ce qu’ils ont tenté de vivre. Ont-ils échoué ? C’est sans doute le point faible de leur analyse car cette « crise » demanderait à être replacée dans la crise globale de la civilisation. Quant aux solutions d’avenir, bien sûr ils n’en ont guère mais c’est normal.

Finalement ce livre est une tranche d’histoire ; c’était son but et il est atteint. On souhaiterait qu’il serve de base de dialogue avec ces « jeunes prêtres identitaires » si prompts à critiquer leurs confrères aînés.


Monique Hébrard

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