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« Bon Livre » 2020 n°3, Henri Tincq, Vatican, la fin d’un monde.

TELLOU
Henri Tincq, Vatican, la fin d’un monde

Prix littéraire de la Conférence : « Bon Livre » n°3, 2020

Cette « Note de lecture » vous invite à vous procurer l’ouvrage, à le lire, afin de pouvoir voter pour le livre de votre choix, parmi les « bons livres » proposés par la Conférence.

Henri Tincq, Vatican, la fin d’un monde.
Éditions du Cerf– octobre 2019 – 248 pages – 20€

Cela pourrait être encore un livre de plus sur les scandales dans l’Église et pourtant Henri Tincq a ce pouvoir didactique de remettre les évènements en perspective.et c’est pourquoi il a retenu notre attention. Avec ce livre Henri Tincq fait une sorte de mea culpa sur son propre aveuglement. Comme beaucoup dans l’Église, il était de ceux qui minimisaient l’ampleur des « incidents » pédophiles, ne s’offusquaient pas d’un discours puritain en matière de morale sexuelle ou qui ne voyaient pas en quoi la question des femmes dans l’Église était un vrai sujet. Or aujourd’hui il se rend compte que ce que François a identifié comme le « cléricalisme » est un mal systémique à éradiquer et qu’il faut apporter de nouvelles propositions pastorales. 

Partant des crises actuelles, Henri Tincq revisite donc les pontificats de Jean-Paul II et de Benoit XVI avant de parler des défis que doit relever François. Car si ce dernier tente de sauver un bateau qui coule, c’est bien parce que les papes précédents, malgré la manière dont ils ont été encensés, n’ont pas fait attention aux voies d’eau qui s’agrandissaient, voire ont contribué à les creuser eux-mêmes. Ainsi, si Jean-Paul II est un pape pèlerin, le pape du combat contre le communisme, et le pape de l’ouverture aux nations, il n’en demeure pas moins aussi que c’est un pape qui a jeté une chape de plomb sur les questions de sexualité, a maintenu les femmes dans des positions d’éternelles subalternes et a fermé les yeux sur des conduites immorales comme celles de Marcial Maciel. Ainsi, Benoît XVI hérita d’une Église qui commençait déjà à prendre sérieusement l’eau. Henri Tincq reconnaît que Benoit XVI a tenté comme il a pu d’écoper, notamment en prenant conscience de l’ampleur de la situation. Mais il se demande quand même si le théologien qu’il est a saisi toute la mesure et l’ampleur du mal qui s’était instillé au sein de l’institution.

L’auteur revoit donc les quelques grandes questions qui ont secoué l’Église (crimes pédophiles, agressions sexuelles, homosexualité des prêtres, théologie de la sexualité désuète, position des femmes dans l’Église, bras de fer contre les ultra-conservateurs), mais sans aller aussi loin que ce que l’on peut lire dans les ouvrages de Anne-Marie Pelletier, Christine Pedotti et Anne Soupa et Frédéric Martel, entre autres... (déjà recommandés aux membres de la CCBF). Et c’est ce qui nous importe ici puisque, in fine, ces maux ne sont que le révélateur d’un fonctionnement ecclésiastique aveugle, autosuffisant et finalement bien loin des réalités des fidèles quand il ne les blesse pas.

Au travers de ces pages, Henri Tincq aborde le pontificat de François, les défis auxquels il doit faire face, les pistes qu’il doit explorer, en matière de théologie mais aussi sur des questions de dogme, de doctrine et de discipline.

Tellou

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