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« Bon Livre » 2020 n°1, Amin Maalouf, Le naufrage des civilisations

Monique HÉBRARD
Le naufrage des civilisations


Prix littéraire de la Conférence : « Bon Livre » n°1, 2020

Cette « Note de lecture » vous invite à vous procurer l’ouvrage, à le lire, afin de pouvoir voter pour le livre de votre choix, parmi les « bons livres » proposés par la Conférence.

Amin Maalouf, Le naufrage des civilisations.
Éditions Grasset – mars 2019 – 336 pages – 22€

Amin Maalouf est un romancier et essayiste reconnu, membre de l’Académie française. Né à Beyrouth en 1949, il a passé son enfance en Égypte, où il a vu se lever les premières révoltes (bataille du canal de Suez nationalisé en 1956), les Frères musulmans et le rêve de Nasser de créer l’unité du monde arabe. Sa famille est alors chassée du Caire.

Le début des mouvements de libération des peuples est en marche et le Liban entre en guerre civile.

En 1971, c’est comme journaliste qu’Amin Maalouf suit l’installation de l’OLP à Beyrouth, et tous les bouleversements du Moyen-Orient. Il préfère parler du « Levant ». Pour lui ce monde du Levant était celui d’une culture raffinée et surtout – ce qui lui tient à cœur – du vivre-ensemble pacifique et fraternel des multiples appartenances religieuses. Les guerres ont détruit tout cela, à commencer par la Guerre des Six jours en 1967 qui a constitué une humiliation irréparable pour le peuple palestinien et une frustration pour tous les Arabes. « Les Lumières du Levant se sont éteintes et le monde entier sombre dans les ténèbres », écrit-il.

L’année 1978 est pour lui celle du « grand retournement », la fin d’un cycle : « Désormais c’est le conservatisme qui se proclame révolutionnaire. » Le jeune journaliste a vécu éberlué le retour triomphal de Khomeini en Iran, et la naissance de la République islamique d’Iran. Amin Maalouf voit aussi comme la confirmation de l’arrivée des conservatismes les autres révolutions islamiques, mais aussi Margaret Thatcher, Deng Xiaoping ou Jean-Paul II.

Ces révolutions conservatrices identitaires fondées sur la religion, la nation et la race, aggravent les tensions.

Pour lui la libération des peuples, assortie du refus de reconnaître l’existence des différentes communautés religieuses et linguistiques, n’a pas eu pour conséquence l’égalité mais la pauvreté, la marginalisation. Il se désole de constater que face aux déchaînements identitaires, il n’y ait plus personne pour opérer une mobilisation. Tout en reconnaissant les horreurs du communisme il pense que celui-ci jouait ce rôle. Le communisme n’est plus, les Américains ne veulent plus assumer le leadership de l’ordre mondial et l’Europe est trop faible pour le faire.

Amin Maalouf, qui n’a cessé de parcourir le monde et d’analyser – en précurseur bien souvent – ses grandes évolutions, déplore maintenant un monde en décomposition, morcelé par le tribalisme et les égoïsmes, aux prises avec les angoisses sécuritaires (courses aux armements, robots qui remplacent les hommes). Allons-nous vers la gouvernance de Big Brother, se demande -t-il ?

Certains penseront que l’auteur n’est pas objectif. Comment peut-on l’être quand on a vécu de l’intérieur ces évènements dramatiques ? C’est justement là le mérite de ce livre, très personnel, de donner le témoignage et le ressenti d’un Arabe exilé en France. C’est ce qui le rend attachant et lui donne la capacité sensible de faire revivre par le lecteur tous ces grands événements qui ont changé la face du monde.


Monique Hébrard

(Ce livre a reçu le Prix aujourd’hui 2019, prix qui récompense un ouvrage politique, philosophique ou historique qui éclaire la période contemporaine.)

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