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« Bon Livre » 2019 n°5, Guy Aurenche, Droits humains : n’oublions pas notre idéal commun !

Monique HÉBRARD
Guy Aurenche, Droits humains : n’oublions pas notre idéal commun !


Prix littéraire de la Conférence : « Bon Livre » n°5, 2019

Cette « Note de lecture » vous invite à vous procurer l’ouvrage, à le lire, afin de pouvoir voter pour le livre de votre choix, parmi les « bons livres » proposés par la Conférence.

Guy Aurenche, Droits humains : n’oublions pas notre idéal commun !
Éditions Temps Présent. – novembre 2018 – 148 pages – 14 €.

Avocat et homme engagé dans la défense des droits de l’homme (ACAT, CCFD), Guy Aurenche a beaucoup vu et entendu de par le monde. Il sait donc de quoi il parle en matière de droits humains et il nous livre ses réflexions à l’occasion du 70e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme signée à Paris le 10 décembre 1948.
Il ponctue son texte d’exemples concrets, de citations de personnalités engagées dans ce domaine des droits de l’homme, de réflexions éthiques, politiques, philosophiques, de références aux cultures et aux religions. Sur un ton à la fois personnel avec le témoignage très émouvant des sans-papiers ou des sdf qu’il reçoit et loge chez lui, mais aussi distancié, il plonge dans toutes les questions brûlantes de notre époque à partir de l’angle des droits de l’homme. Il part du constat que, depuis 1948, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et que les droits de la Déclaration sont partout bafoués. Son petit tour du monde des exactions est éprouvant et le rouleau compresseur de la gouvernance de l’économie n’y est pas pour rien.
Les découvertes techniques qui font la loi et emmènent les hommes dans la course à la superpuissance n’y sont pas non plus pour rien, et là, c’est la personne elle-même qui est outragée dans ses fondements. Ainsi, par exemple, c’est le « droit à l’enfant » qui fait loi, alors que le désir individuel ne peut pas être un repère ! Et quels repères pour la dignité humaine dans le transhumanisme ? Et que de droits basiques (nourriture, bon air) sont aussi balayés dans la tourmente écologique ! Quant aux règles dans ce domaine, il y a un décalage énorme entre les décisions (COP 21 par exemple) et la réalité des actions.
C’est le rôle du politique de transformer le désir personnel ponctuel en droit fondamental. Comme le dit Marcel Gauchet : « la logique des droits individuels nous ramène vers l’irresponsabilité protestataire. » De plus en plus de pays se moquent de la Charte européenne des droits fondamentaux (notamment la Pologne, qui continue néanmoins de toucher 86 milliards d’euros par an du fond structurel européen).
Le numérique menace les procédures démocratiques et les migrations sont le théâtre d’une tension entre droits humains et législation. Dans de nombreux pays, l’État n’existe pas car ce sont les mafias ou les luttes claniques qui ont pris le pouvoir.
Une question se pose aujourd’hui : sur quoi fonder la dignité de l’homme, étant donné les différentes appréciations de celle-ci selon les cultures ? Ainsi, par exemple, la notion de torture ou de traitement déshumanisant n’est pas la même partout. Quels peuvent être les fondements communs ? La Déclaration des Droits de l’Homme de 1948 avait croisé des fondements pluriels : religieux, rationnels… et pourtant on se demande si leur universalité n’était pas une utopie. Il y a là un travail à poursuivre ensemble, comme le pape François y invite.
Guy Aurenche termine sur une note d’espérance : malgré tout cela, des défenseurs des droits de l’homme se lèvent partout, souvent au péril de leur vie : des lanceurs d’alerte, le « Défenseur » créé en 2008, les solidarités et les accueils.
Ce livre incite à réaliser la gravité de la situation des droits de l’homme en 2019, mais l’auteur, par ses engagements, dégage une bouffée d’espérance.
 

Monique Hébrard

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