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« Bon Livre » 2019 n°10, Véronique Margron, Un moment de vérité

Monique HÉBRARD
Un moment de vérité


Prix littéraire de la Conférence : « Bon Livre » n°10, 2019

Cette « Note de lecture » vous invite à vous procurer l’ouvrage, à le lire, afin de pouvoir voter pour le livre de votre choix, parmi les « bons livres » proposés par la Conférence.

Véronique Margron, Un moment de vérité
Éditions Albin Michel – mars 2019 – 180 pages – 18 €. 

La religieuse théologienne moraliste ne cache pas combien elle a été bouleversée par les révélations en cascade des médias sur les abus sexuels et la pédocriminalité dans l’Église. Certes, du fait de ses responsabilités (supérieure provinciale dominicaine et présidente de la Conférence des Religieux et Religieuses de France), elle connaissait un certain nombre d’abus, mais ce déluge lui a fait pousser un cri du cœur avec un accent très personnel. Ayant travaillé à la Protection Judiciaire de la Jeunesse, elle a toujours été attentive aux drames et aux souffrances, et celles infligées par l’Église lui sont insupportables. Dans une ardente profession de foi elle rattache ces vies fracassées à celle de Jésus torturé : ce fondement invite les chrétiens à une extrême vigilance et à une exigence de vérité.

Véronique Margron n’a pas la « langue de bois ». Elle dénonce ce mal profond qu’est « la maladie du secret » dans l’Église, et le lien entre abus sexuels et abus de pouvoir. Elle analyse avec finesse la parenté entre pédocriminalité des clercs et l’inceste.

Dans une seconde partie, Véronique Margron invite à une double conversion ecclésiale : dans son approche de la sexualité, qu’elle analyse avec son talent de moraliste ; dans une exigence de clarté en matière juridique accompagnée d’un agir en conséquence.

Mais la religieuse ne sombre pas dans le désespoir. Et si cette crise était « comme une sonnerie de réveil », suggère-t-elle ? Un appel à réformer profondément l’Église ? En conséquence, elle développe les « douze travaux » que l’Église doit entreprendre pour assainir la situation : mettre la victime au centre, désacraliser la figure du prêtre, déconstruire le système clérical, promouvoir la place des femmes, renforcer le dialogue avec la société, former les prêtres à l’affectivité, etc.

Elle espère également que cette libération de la parole dans l’Église pourra entraîner pareille libération dans d’autres institutions et dans les familles.

Un livre plein d’humanité et de cœur et accessible pour tous.

Si l’on souhaite avoir un développement canonique et juridique plus approfondi, on pourra lire le livre de Mgr Luc Ravel (Comme un cœur qui écoute, Éditions Artège, 9.90€), premier évêque à publier sur le sujet et à dénoncer notamment « l’embrouillamini catholique entre justice et miséricorde ».


Monique Hébrard

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