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Vivre en transfigurés sans céder à la tentation de « planter la tente ».

Christine TASSET
Ciel et nuages
Ciel et nuages © Free-Photos @ Pixabay - Domaine public


Dimanche 8 mars 2020 – 2e dimanche de Carême – Mt 17, 1-9

« Et vous, qui dites-vous que je suis ? » demandait Jésus à ses disciples au chapitre précédent de l’Évangile de Matthieu. Nous connaissons la belle déclaration de foi de Simon Pierre : « Tu es le Christ, fils du Dieu vivant. » Dans l’Évangile de ce jour c’est Dieu le Père en personne qui, comme en écho aux paroles accompagnant le baptême de Jésus, fait entendre sa voix aux disciples, à travers la nuée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! »

Moïse qui symbolise la Loi et Élie qui symbolise les prophètes s’entretiennent avec Jésus, ils lui transmettent le relais. Jésus est bien le Messie qu’Israël attendait ; moment de plénitude, éblouissant, vertigineux : le ciel et la terre se rejoignent. Tout s’éclaire. La nature divine de Jésus se révèle, dans la Lumière de Dieu. Simon-Pierre ayant conscience de vivre un moment privilégié parle au nom des disciples présents : « il est bon que nous soyons ici. » Et de vouloir dresser des tentes, pour prolonger ce temps où Dieu se manifeste, tout proche, ici, sur la montagne, à l’écart de la foule, du bruit, des préoccupations quotidiennes.

La tentation est grande de rester entre soi, dans ce moment d’éternité, cette expérience bouleversante. Mais voilà, pas le temps de monter les tentes, devant les yeux des disciples Jésus seul apparaît, tel qu’ils le connaissent, humain, se souciant de leurs craintes, réconfortant.

J’aurais attendu aussi Abraham dans ce récit de la transfiguration, lui qui vécut bien avant la Loi et les prophètes, figure incontournable de l’histoire du peuple élu, père des croyants qui quitta son pays sur la Parole de Dieu, sans autre certitude que sa foi. Il me semble que la place d’Abraham n’est pas vide pour autant dans ce récit : Pierre, Jacques et Jean, tous les disciples et nous à leur suite sont appelés à l’occuper.

Ils vont être amenés à lâcher leur principale certitude : celle de faire partie de l’élite, celle d’être membres d’un peuple supérieur à tous les autres. Ils auront à découvrir que Dieu, par Jésus-Christ, fait corps avec l’humanité entière. Ils devront quitter leur bastion et leur pays sans savoir où cela mène, avec pour seule assurance la même foi qu’Abraham en la fidélité de Dieu pour les guider jour après jour.

Et aujourd’hui, en pleine tempête, alors que l’Église peine à annoncer l’Évangile, il y a sans doute des certitudes à abandonner, des pratiques, des dogmes, des organisations à revisiter. Il nous faut partir au grand vent de la vie, nous aventurer dans un monde sans repères, affronter les nouvelles questions qui se posent à l’humanité. L’important est d’abord de vivre en croyant, pas de nous retrancher derrière des fortifications mais de nous risquer sans certitude ou plutôt sans autre certitude que celle de la Parole de Dieu pour nous guider.

C’est à ce prix que nous pourrons enfin être crédibles quand nous annonçons au monde que Jésus-Christ est venu dans notre humanité pour apprendre à tous les pauvres de la terre que Dieu a choisi de vivre à leur hauteur et qu’ils constituent, à ses yeux, le nouveau peuple élu.
 

Christine Tasset

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