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Veux-tu être heureux-se ?

Christine TASSET
œur Emmanuelle
Gauthier Fabri @ Creative Commons (CC BY 3.0)


Dimanche 17 février 2019 – 6e dimanche du temps – Jr 17,5-8 ; Ps 1,1-4.6 ; 1 Co 15, 12.16-20 ; Lc 6,17.20-26

Heureux les pauvres ! Qui oserait s’adresser ainsi à tous les malheureux, les affamés les déshérités, les abandonnés, les exclus, les précaires, les « damnés de la terre » ?
Jésus est redescendu de la montagne, traditionnellement le lieu du tête-à-tête amoureux, mystérieux, nourrissant avec Dieu notre Père, pour aller vers les gens ordinaires. Il leur apporte un message de bonheur, de vie, destiné « en premier » à ces pauvres, en manque de quelque chose, venus nombreux à sa rencontre, portés par une espérance.

Jésus ose. Ce n’est pas une provocation, une abstraite considération. Avant de parler Jésus regarde la foule des disciples, devant lui des gens « de rien » qui cherchent quelque chose et sentent que Jésus apporte la réponse qu’ils attendent. Par ce regard il dit à chacun(e) des audit-eurs (rices) « je connais tes souffrances, tes malheurs, tes manques, cependant, réjouis-toi, car le Père ne se détourne pas de toi, il t’aime de façon inconditionnelle, pas pour ce que tu as, mais pour ce que tu es ».
Ce message ressemble à un guide pour exercer nos choix de vie : « Heureux ou malheur à nous », « béni ou maudit ». Le prophète Jérémie offre aussi un choix : « Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel… Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur… »
Ces béatitudes sont un avertissement sans concession qui nous disent vigoureusement : « Choisis la vie. »

Qui n’aspire au bonheur de toutes ses fibres ? Il est pourtant insolite, renversant, âpre, difficile à suivre, même décourageant, ce programme de bonheur.
Heureux les pauvres, malheur aux riches. Est-ce aussi simple, simpliste, que cela ?
Le pauvre, c’est celui qui éprouve que sa vie dépend d’un autre ; qui, malgré ses faims, ses manques, ses souffrances, reste ouvert, confiant. À l’inverse du repu, de l’autosuffisant, de l’individualiste refermé sur lui-même qui risque de mourir de peur, de solitude, d’asphyxie.
Étonnant comme la portée de ce texte est adaptée à notre époque, entre en résonnance avec les problématiques actuelles économiques, politiques, sociales, écologiques, spirituelles. Nos pays occidentaux, d’un niveau de vie élevé, croulent de maladies honteuses engendrées par une consommation effrénée, une surexploitation des richesses de la planète, la recherche du profit immédiat. Ce texte retentit comme une invitation à une incessante navette entre la vie matérielle, sociale, familiale et sa dimension spirituelle. Lutter sans relâche pour faire reculer pauvreté, exclusion, injustices, souffrances.

Me reviennent en mémoire les passages à la télévision de Sœur Emmanuelle, la fougueuse religieuse, qui venait régulièrement faire une tournée de levée de fonds en France et en Belgique pour ses chers chiffonniers du Caire. Répondant avec son regard espiègle, sa voix flutée à un journaliste, elle expliquait qu’elle était surprise, chaque fois qu’elle se déplaçait dans nos rues, nos transports en commun, de la tristesse des visages rencontrés, alors que parmi ses amis chiffonniers on était plus joyeux. Et de conclure dans un grand rire : c’est vous les vrais pauvres !
Alléluia ! Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?


Christine Tasset

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