Vous êtes ici

Vers l'ivresse de la surabondance des temps merveilleux

Vianney DANET
Vitrail_Sainte-Marthe_Jésus_Cana
Thomon @ Wikimedia Commons


Dimanche 20 janvier 2019 – 2e dimanche du temps – Jn 2, 1-11

Cet évangile de Jean marque le début de la vie publique de Jésus, par le premier « signe » que Jésus accomplit. Ce moment à la fois très incarné, d'une forte humanité et universalité, contient une temporalité : « le troisième jour », une indication de lieu : Cana, et s’inscrit dans un événement, propre à la vie familiale et sociale : une noce. Comment nous est raconté cet épisode ?  

Deux protagonistes : la mère, en tête d'affiche avant son fils, Jésus, dans un dialogue mère-fils étonnant. Il n'est pas question des mariés, tout juste de disciples attentistes, de serviteurs obéissants, d’un chef de banquet surpris, et d’invités insouciants qui semblent s’en tenir à la superficialité du signe. 
Marie, la mère « porteuse » et aimante de ce fils, après avoir médité la fugue de son enfant au temple de Jérusalem, va lui donner ici l'occasion de manifester publiquement son émancipation du cercle familial. Marie est là, et Jésus avec elle en qualité d’« invité ». Jésus est encore dans ce temps suspendu, qui précède l’action qui va Le révéler. Marie pointe ce qui, dans une noce, est une incongruité : « Ils n'ont pas de vin. » Ce manque donnerait à cette fête un goût d’inachevé et les invités n’auraient plus qu’à quitter la fête. Se pose alors cette question : comment ne pas livrer le maitre de la fête aux reproches, à l’amertume des mariés et des invités ?
Marie sait que son fils peut sauver la situation, – comme toute mère confiante dans les capacités de son fils. Et nous voici témoins d’un dialogue dont la brièveté indique la force. Attardons-nous sur la très courte, très humaine réponse de Jésus : « Femme, que me veux-tu ?» ou « Qu'y a-t-il entre toi et moi, femme ? » S’agit-il de la réponse ordinaire d'un fils qui s’émancipe de sa mère, un « de quoi te mêles-tu ? » en quelque sorte ? Si Jésus semble repousser l'influence de sa mère, c’est avec respect et affection. C’est ce même « femme » qu’agonisant, il utilisera avec une grande tendresse, dans cette adresse englobant Jean : « Femme, voici ton fils. »

À Cana, Jésus est comme face à la tentation au désert ; son impulsion est de repousser cette sollicitation à sortir du retrait où il se tient, de refuser ce qui lui apparait comme la tentation du pouvoir. Pourtant sa mère semble savoir que l'heure de cette émancipation est venue. L’injonction qu’elle adresse aux serviteurs : « Faites ce qu'il vous dira » contient toute l'expression de la confiance, de la foi à laquelle Jésus répondra si souvent. Ne dira-t-il pas à la Cananéenne : « Ô femme, grande est ta foi ! Qu'il advienne selon ton désir » ? Et tout va alors aller très vite, comme d’évidence : les cruches usagées, pleines d'eau jusqu'au bord, vont donner le meilleur des vins, celui que l’on réserve habituellement aux premiers invités et offert ici à ceux présents à la fin de la fête. Ce récit comporte un élément essentiel. Par cette inversion des codes habituels, il nous est proposé d'entrer dans l'abondance et l'excellence d'une nouvelle ivresse avec celui qui se révèle à nous par la sollicitation, la confiance ou l'étonnement.

Vianney Danet

Rubrique du site: 
Les actualitésCommentaires des lectures dominicales
Ajouter un commentaire