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Veillez donc, car vous ne savez ni le jour, ni l'heure

Christine TASSET
suricates
suricates © iniesta44 @ Pixabay - Domaine public

 

Dimanche 8 novembre 2020 – 32e dimanche du temps – Mt 25, 1-13 

Fidèle à sa pédagogie radicale, marquée au sceau de l’urgence, de la montée des périls autour de Jésus, Matthieu nous bouscule une nouvelle fois avec la parabole dite des insensées et des prévoyantes qui évoque la parousie. Les jeunes filles représentent la communauté des chrétiens, On pourrait déduire d’une lecture trop rapide que les cinq personnes prévoyantes entrent dans le Royaume et que les cinq insensées sont mises à la porte.

Attention ! ce n’est pas la fable de la cigale et la fourmi ! Il est ici question du Royaume des cieux qui est comparable à dix jeunes filles : 5 prévoyantes et 5 insouciantes. C’est ce petit « et » qui m’interpelle. Le bien et le mal, le bon grain et l’ivraie… De l’Évangile nous apprenons que coupables ou innocents sont solidaires les uns des autres. Certes, le Royaume comporte des vigilants et des insouciants, les saints comme les pécheurs ne sont séparés qu’en apparence car ils sont rencontrés par le même Seigneur dont la vie et la mort ont manifesté l’amour dans lequel nous sommes tous pris.

Il n’est pas nécessaire de s’attarder sur les incohérences du récit : les paraboles ne sont pas d’abord des récits logiques mais un enseignement, parfois rugueux. Le message est clair, restons attentifs, vigilants, soyons ouverts à l’imprévu, à l’inattendu de Dieu, toujours prêts, car l’époux vient, on ne sait pas quand, et nous demande de venir à sa rencontre.

Ce n’est sans doute pas un hasard si l'éveil spirituel que l’on nomme également « illumination », « réalisation de soi », « libération », ou simplement « éveil », communément associé au bouddhisme et à l'hindouisme, désigne dans plusieurs traditions religieuses, philosophiques et spirituelles, le retour à sa véritable nature, à la vie en plénitude.

Irrésistiblement, un peu malicieusement ce texte m’évoque les communautés animales qui doivent pour survivre être en permanence sur le qui-vive, ce que voudrait illustrer la photo du groupe de suricates en tête de ce commentaire.

Oui, il est question pour nous aussi de VIE, mais nous sommes des humains : le prédateur à redouter nous est intérieur. Cela ne fait pas de mal d’être réveillé de toutes les somnolences qui nous guettent : routine, repli sur soi, peur, suffisance, découragement… Un traitement de choc caractérisé par la porte du banquet qui se ferme sur les 5 insouciantes. Cela entre en résonnance avec la situation que nous traversons en ce moment : la propagation du virus, le retour du confinement, les rares passants masqués, le creusement des inégalités, les lourdes interrogations sur l’avenir de l’humanité…

La rencontre justement, parlons-en, alors que la distance nous est imposée, les rassemblements, fêtes, repas pris en communs suspendus. C’est inouï ! La rencontre est peut-être pour aujourd’hui, dans les conditions qui sont les nôtres, peut-être aussi faudra -t-il attendre longuement !

Élançons-nous sur cette joyeuse certitude qui jette un pont entre maintenant et le futur : « Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre. » À ne pas prendre au pied de la lettre bien sûr ! Ceci n’est pas une invitation à transgresser les gestes barrière mais à sortir... de nous-mêmes.

 

Christine Tasset

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