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Tout est politique !

Hubert CORNUDET
pouvoir politique
flickr : bruno le maire @ Creative Commons (CC BY 2.0)


Dimanche 10 mars 2019 – 1er dimanche du Carême – Lc 4, 1-13

Au Mont des Oliviers, face à son Père et non plus à Satan, il faudra à Jésus prier pour ne pas entrer en tentation (Lc 22, 40). Dans la vie, chaque homme est confronté au combat du réel face au rêve, du mensonge face à la vérité. « Si Dieu est avec toi, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » La question se ramènerait donc à ceci : veux-tu être humain ou divin ?

Nous sommes devant une question politique. Luc a une vision négative de ce pouvoir en affirmant qu’il est aux mains des forces du mal : Dieu aurait accepté qu’en ce monde Satan puisse sévir et assurer sa succession. Il semblerait qu’une option pour Jésus aurait pu être d’entrer dans la logique du pouvoir. Avec sa capacité d’attirer les foules, nous pouvons imaginer que Jésus aurait pu se tailler un petit royaume de gens qu’il aurait pu contrôler à sa guise comme un gourou. Et quand on regarde les hommes politiques de ce monde et leur effort incessant pour se maintenir au pouvoir, on comprend l’étendue de la tentation. Luc insiste dans sa vision assez négative du pouvoir politique, car il prend la peine de faire un petit développement pour bien montrer que ce pouvoir est entièrement aux mains des forces adverses (v.6), de par la volonté même de Dieu (« car cela m'a été remis, et je le donne à qui je veux »). Cela éclaire quelque peu son parti pris pour les pauvres dès la naissance de Jésus (c’est aux bergers qu’avait été annoncée la bonne nouvelle). Enfin, parmi les thèmes dominants de Luc, est celui du partage des richesses et du souci de Dieu pour les pauvres. Sa façon de formuler la deuxième tentation est indicatrice de sa vision des choses : le pouvoir politique est aux mains des forces adverses et est incompatible avec Dieu.

L’appel du pouvoir apparaît universel et est probablement celui qui crée le plus d’esclaves. Il semble qu’une fois qu’on a goûté au pouvoir, il devient difficile de s’en passer. Cela vaut tant pour les individus, les corporations que pour des entités politiques.

Il y a quelque chose d’invraisemblable à étendre à 40 jours la période de jeûne, mais Luc fait probablement référence à une période d’intense réflexion où Jésus doit prendre une décision qui va orienter le reste de sa vie. Toute sa vie sera marquée par des choix déchirants. Chacun de nous est démuni ou défaillant quand l’épreuve, l’échec, la mort surviennent. Notre identité est secouée. En contrepartie, affirmer que Dieu seul est un absolu et qu’à lui seul on exprimera un attachement total oblige de prendre une distance par rapport à soi. Cela signifie également qu’on recevra sa valeur non pas des autres, mais de Dieu seul.
 

Hubert Cornudet

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