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Le talent n’est pas lié à l’origine

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Vianney DANET
Famille
Famille © dandelion_tea @ Pixabay - Domaine public


Dimanche 4 juillet 2021 – 14e dimanche du temps ordinaire – Mc 6, 1-6

L’évangile de Marc, soucieux de temporalité et de sens, dans une tempête apaisée nous a conduits sur l’autre rive, là nous assistons à la guérison d’une femme inconnue, discrète et obstinée, et de la fille de Jaïre. Et nous voilà maintenant conduits à la suite de Jésus, chez les « siens », vers son lieu d’origine. Comme pour initier un nouveau départ ?

Les siens, mais qui sont-ils ? Ce passage peut légitimement nous interroger sur la famille de Jésus. Jésus a des frères et sœurs, Marie serait alors mère d’une famille nombreuse ? Ou comme nous l’entendons encore souvent la fraternité serait ici élargie à un cousinage ? Or, le mot grec « adelphos », utilisé ici désigne une fraternité biologique, ce qui ne semblait pas poser de difficultés aux premiers chrétiens. La croyance en un fils unique et en la virginité de sa mère est venue plus tard en Église.

Même si l’appartenance à une famille « normale » n’enlèverait rien à la grandeur de Jésus et à l’action de l’Esprit de Dieu en Lui, l’essentiel de notre texte n’est pas là mais dans ce fait qu’il dénonce : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté, et sa maison. » Par contraste, Il est accueilli par la foule et reconnu pour les guérisons qu’Il accomplit, et « les siens » reconnaissent la sagesse qui émane de Lui. Et pourtant, ici, dans sa parenté, Il est soumis à la suspicion de ceux qui croient le connaître. Et c’est précisément cette origine connue a priori qui créée le doute, jusqu’au manque de foi.

Au chapitre précédent, Marc évoquait cette interrogation sur l’identité de Jésus : « Qui est donc celui-ci que même le vent et la mer lui obéissent ? » Et ici, parmi les siens, qui est donc celui-là, à qui tant de sagesse a été donnée et qui fait des guérisons par ses mains alors qu’on le sait charpentier, fils de Marie et frère de Jacques et Simon ?

Nous voilà donc interrogés sur la personne de Jésus et aussi sur les liens qui nous unissent. Nous en tenir aux liens familiaux, ecclésiaux dits fraternels risque de ne pas nous permettre d’accéder à la sagesse et aux guérisons. Voilà bien une autre façon de comprendre ce passage sur l’autre rive. Pour ne pas manquer de foi, passer du cercle familial, amical, aux vents d’un monde étranger permet d’appréhender profondément l’enseignement de Jésus et d’en être frère, en vérité, loin d’une connaissance d’abord affective ou généalogique. Comme me l’a dit spontanément un petit fils à qui j’ai donné à lire cet évangile : « le talent n’est pas lié à l’origine. » Ainsi dans notre Église, nous croyants, proches de Jésus par nos pratiques, nos célébrations, la tradition ou le sens du sacré, nous risquons de passer à côté de la sagesse et de la guérison, ce « bien-être » que Jésus nous offre dans une si profonde fraternité, à cause de nos préjugés. 


Vianney Danet

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