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Le scandale est immense !

Catherine RABOUAN
Domenico Fetti - The Parable of the Mote and the Beam
Domenico Fetti - Domaine public


Dimanche 3 mars 2019 – 8e dimanche du temps – Ps 91 (92), 2-3, 13-14, 15-16 ; Lc 6, 39-45

Les textes de la liturgie de ce dimanche éclairent d’une façon dramatique l’actualité de l’Église catholique. Que voyons- nous ? Des prêtres et des responsables hiérarchiques (fondateurs de communautés religieuses, évêques et cardinaux, dont aujourd’hui le cardinal Pell, numéro trois du Vatican) convaincus de viols, harcèlements et dissimulations de crimes. Ces textes nous rappellent avec force et sans aucune ambiguïté les invectives et même les malédictions proférées, à plusieurs reprises, par Jésus. 

Tout d’abord, le psalmiste dresse la figure du « juste » ; il grandira droit comme un palmier, porteur de bons fruits, dans les parvis du Seigneur, pour annoncer que le Seigneur est droit et qu’en lui n’existe aucun détour. Le « juste » est image de son Seigneur qui est amour, fidélité, droiture.

La droiture, au sens biblique du terme, est une sincérité limpide, fruit d’une cohérence profonde, positive, entre le cœur, la parole et le comportement. Ce que l’on pense, ce que l’on croit, ce que l’on ressent intérieurement se manifeste par la parole et les actes que l’on pose, cette liberté d’agir qui rend responsable.
« L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. » (Lc 6, 45) Si, en Genèse, la parole droite a été tordue, pervertie pour conduire au mensonge, à la duplicité, le silence peut, lui aussi, servir le mal !

Jésus qui s’adresse au frère, comme vis-à-vis, est extrêmement clair et sa parole est sans appel pour chacun : « Comment peux-tu dire à ton frère : Frère laisse moi enlever la paille qui est dans ton œil, alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère. »

Mais dans l’évangile de Matthieu (23,27-28), Jésus va plus loin : il profère une malédiction précise sur les responsables religieux de son temps, qui imposent des normes morales et cultuelles si exigeantes : « Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens, hypocrites, vous qui ressemblez à des sépulcres blanchis, au dehors ils ont belle apparence, mais au dedans, ils sont pleins d’ossements de morts et d’impuretés de toutes sortes. Ainsi de vous : au dehors vous offrez aux hommes l’apparence de justes, alors qu’au dedans vous êtes remplis d’hypocrisie et d’iniquité. »

L’évangile de Marc (9, 42) est encore plus terrible en matière de scandales : « Quiconque entraine la chute d’un seul de ces petits qui croient, il vaut mieux pour lui qu’on lui attache au cou une grosse meule et qu’on le jette à la mer. »

Comment ne pas être frappé par l’insistance de Jésus à combattre l’hypocrisie, autre visage du mensonge ? La majorité d’entre nous est abasourdie, sidérée au sens fort du terme par tant de perversité et de crimes commis par des membres du clergé et de communautés religieuses, qui souvent ne cessent de faire la morale à leurs ouailles. Pour beaucoup de chrétiens, il est parfois très amer de constater, a posteriori, avoir été manipulés et dupés dans le domaine spirituel, au plus intime de soi. La confiance et l’adhésion à l’Église en sont profondément remises en question, mais l’Évangile doit rester le phare inébranlable de notre foi en Christ ressuscité ; à nous de devenir des « justes » en portant une parole de Vie, droite et justifiée par des actes !


Catherine Rabouan

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Commentaires
christiane de T...

Il faut que les prêtres reconnus coupables, après jugement, soient bien entendu réduits à l'état laïc, pour un travail de clarification avec eux mêmes, et aussi avec les victimes et l'entourage des victimes.
Nos enfants haussent les épaules, et rejettent cette ÉGLISE qu'ils jugent complice, enfouissant tous les dossiers à Rome dans des tiroirs bien clos.

Cecile Jeanne

Je me demande si les errements de l'Eglise en matière de traitement des actes pédophilie ne procèdent pas aussi d'une pratique du sacrement de réconciliation tronquée. Avec qui ce sacrement nous réconcilie-t-il ? Avec Dieu, bien sûr, avec nous-même aussi, et avec celui envers qui nous avons pêché si la démarche est entière et vraie.

J'imagine que la plupart des clercs fautifs se sont à un moment ou un autre ouverts de leurs actes en confession. Le confesseur les a-t-il alors renvoyés vers ce principe fondamental de la relation qui voudrait que l'on demande pardon à celui que l'on a lésé avant/afin de se sentir libéré du poids de l'erreur et du jugement ? Aussi immense que soit cette exigence, le Christ nous y invite.

«Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. " Matthieu 5,24

Jacques des Courtils

Il faut avoir le courage de regarder la réalité actuelle en face: l'Église, malgré les efforts des laïcs, de nombreux clercs et de notre pape (qui est une grâce extraordinaire) vit aujourd'hui sur un modèle qui est totalement dépassé, encore imprégné de paganisme, de ritualisme et de religiosité. Le christianisme dans sa version romaine n'a pas eu le courage de s'affranchir d'une notion qui paraît évidente à la plupart des catholiques mais qui est pourtant absolument étrangère au message évangélique : le sacré. Il est pourtant frappant de constater que Jésus ne recourt jamais au sacré : bien que Juif, ne va-t-il pas jusqu'à désacraliser le Shabbat? Ne dit-il pas à ses apôtres : "ne vous faites pas appeler père"? Seul est sacré pour Jésus son propre Père… et la personne humaine, particulièrement celle des enfants… Or nous avons tout sacralisé : les églises, les instruments du culte, la personne des prêtres, ce qui constitue un alignement complet sur le système des religions païennes. Ceci a eu un effet pervers en introduisant le pouvoir dans l'Église. Le pouvoir sur les âmes est terrible mais il permet aussi d'exercer un pouvoir sur les corps… Nous en voyons aujourd'hui les conséquences.
Un autre domaine où l'Église, en partie par suite de l'accaparement masculin du pouvoir, a fait fausse route, est celui de la sexualité, qui est encore aujourd'hui niée ou minorée, ou traitée d'un point de vue strictement masculin.
Tout cela s'est fait en s'abritant derrière un arsenal contre les résistances, dont les armes principales ont été l'obsession du péché et le moralisme. De tout cela découle une hiérarchie constituée de célibataires masculins, avec toutes les frustrations et les dérives que l'on sait.
On ne peut qu'être triste en constatant que la dénonciation de ces dérives faisait partie des combats de Martin Luther, écrasé par une Papauté qui, à l'époque, loin de défendre la Bonne Nouvelle, en était un contre-témoignage monstrueux. Nous payons aujourd'hui les excès de la Contre-Réforme qui a figé l'Église dans un système monarchique où la pauvreté évangélique et le message d'amour ont été canalisés dans des institutions de contrôle hiérarchique abritées derrière le rempart du sacré.

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