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Sainte Famille…

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Philippe LEFEBVRE
Sainte Famille © Reynaud Levieux @ Wikimedia Commons - CC BY-SA 3.0


Dimanche 26 décembre 2020 – La Sainte Famille – Lc 2, 41-52

L’oraison de la liturgie catholique pour la messe de la Sainte Famille commence ainsi : « Tu as voulu, Seigneur Dieu, que la Sainte Famille nous soit donnée en exemple. » Or, si l’on résume la situation, on trouve une jeune fille enceinte avant le mariage, un père qui n’est pas le père (ce que souligne presque juridiquement l’évangile de Luc – 3, 23) et l’inverse d’une famille nombreuse : un seul enfant. Ce dernier point est régulièrement discuté – Joseph et Marie auraient-ils eu des enfants par ailleurs ? Je reprends ici l’enseignement traditionnel des églises chrétiennes.

Quand on présente les choses ainsi, ce trio ne répond évidemment pas aux critères de la famille habituellement proposés aux croyants. Et cela est déjà un enseignement : peut-être qu’une famille, spécialement si elle est visitée par Dieu, présente toujours, d’une manière ou d’une autre, des originalités, des inadéquations avec les modèles promus. On sait que le « peuple de Dieu » dans l’Ancien Testament est lancé par un vieil homme et une vieille femme stérile, Abraham et Sarah, que leur couple n’est pas sans problème (Abraham fait passer sa femme pour sa sœur), que le premier enfant qui y naît est Ismaël, fils d’Abraham et de Hagar, la servante de Sarah. En un mot, les familles qui se cherchent, qui étonnent et détonnent constituent une vieille et longue histoire dans la Bible, fertile en aléas. Si Jésus est appelé, dès le début du Nouveau Testament, « fils de David » (Mt 1, 1), il est bon de se souvenir que le premier « fils de David » à avoir régné sur Israël fut Salomon, né de l’union de David et de Bethsabée, dont David, précisément, avait fait tuer l’époux légitime. Avant cela, la tribu même où David naquit, la tribu de Juda, vient de la rencontre entre Juda qui engrossa sa belle-fille en l’ayant prise pour une prostituée (Gn 38). Et l’on pourrait continuer.

On peut ajouter une note qui a son importance : le mot « famille » tel que nous l’entendons n’existe pas en hébreu. Les termes usités désignent plutôt le clan dans son extension horizontale (les fraternités et cousinages larges) et verticale (les ancêtres, parfois sur plusieurs centaines d’années). On dit en Lc 1-2 que Joseph était de la « maison de David » : il en est un descendant lointain, venu un millier d’années après David, au sein de tout un groupe qui se réclame de la descendance davidique.

Mon propos ne vise pas à relativiser la famille jusqu’à en faire perdre tout contour, mais à suggérer que l’on ne peut en aucun cas prendre ce terme comme la désignation d’un invariant culturel et religieux. On ne peut pas non plus ignorer, concernant ce mot, tout ce qu’il charrie avec lui de méandres, d’erreurs, de violences, de tâtonnements.

Le Christ est né dans cette famille rapprochée que forment Joseph et Marie, mais il fait corps aussi avec tout un passé dont les siens sont issus. La tribu de Juda dont il sort est celle où se pose le plus souvent la question de la paternité. Les hommes ne veulent pas être pères ou bien ils meurent avant de procréer ou bien ils ne sont pas les pères que l’on croit etc. Joseph, de la tribu de Juda, n’est ainsi pas le père charnel de Jésus. Pour Jésus, faire corps avec une telle famille où la paternité est sans cesse défaillante est une bénédiction ! Il va en effet nous enseigner qu’il existe un Père qui, Lui, ne fait jamais défaut, qui donne la vie sans mesure et la redonne même si elle vient à s’éteindre.


Fr. Philippe Lefebvre

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