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Rompre l’indifférence

José Antonio PAGOLA
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Sans abri © ptrabattoni @ Pixabay - Domaine public

Dimanche 29 septembre 2019 – 26e dimanche du temps – ; Lc 16, 19-31

Selon Luc, lorsque Jésus s’est écrié « Vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent », des pharisiens qui l’écoutaient et qui étaient des amis de l’argent n’eurent que moquerie à son égard. Mais Jésus ne recule pas. Peu de temps après, il raconte une parabole déchirante pour que ceux qui sont esclaves de la richesse puissent ouvrir les yeux.

Jésus présente en quelques mots une situation dramatique. Un homme riche et un pauvre mendiant, qui habitent à proximité l’un de l’autre, se trouvent séparés par l’abîme existant entre la vie d’opulence insultante du riche et l’extrême misère du pauvre.

Le récit décrit les deux personnages en soulignant fortement le contraste entre les deux. L’homme riche est vêtu de pourpre et de lin très fin, alors que le corps du pauvre est couvert de plaies. Le riche festoie splendidement non seulement les jours de fête, mais tous les jours ; tandis que le pauvre est étendu à sa porte, incapable de porter à sa bouche ce qui tombe de la table du riche. Seuls les chiens qui viennent chercher quelque rebut à la poubelle l’approchent pour lécher ses plaies.

On ne dit à aucun moment que l’homme riche ait exploité, maltraité ou méprisé le pauvre. On pourrait dire qu’il n’a rien fait de mauvais. Cependant, sa vie entière est inhumaine, car il ne vit que pour son propre bien-être. Il a un cœur de pierre. Il ignore totalement le pauvre. Ce dernier est devant lui mais lui ne le voit pas. Le pauvre est juste là, malade, affamé et abandonné, mais lui, le riche, n’est pas capable de franchir la porte pour le prendre en charge.

Ne nous trompons pas. Jésus ne dénonce pas seulement la situation de la Galilée des années trente. Il essaie de secouer notre conscience à nous, qui nous sommes habitués à vivre dans l’abondance, ayant à nos portes (pour certains à seulement quelques heures de vol) des peuples entiers vivant et mourant dans la misère la plus absolue.

C’est inhumain de s’enfermer dans cette société du bien-être en ignorant totalement cette autre société du mal-être. C’est cruel de continuer à nourrir cette secrète illusion d’innocence qui nous permet de vivre, la conscience tranquille, en pensant que la faute est à tous et à personne.

Notre première mission est de briser l’indifférence. De refuser à continuer de profiter d’un bien-être qui est vide de compassion. De refuser de continuer à nous isoler mentalement pour déplacer la misère et la faim qui existent dans le monde vers un lieu lointain et abstrait, et pouvoir ainsi vivre sans entendre aucun cri ou gémissement, loin des pleurs.

L’Évangile peut nous aider à rester vigilants, à ne pas devenir de plus en plus insensibles aux souffrances des abandonnés, à ne pas perdre le sens de la responsabilité fraternelle et à ne pas rester passifs alors que nous pouvons agir.
 

José Antonio Pagola – Traduction de Carlos Orduna

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