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Revoir notre conception du salut

Loïc de KERIMEL
porte étroite
porte étroite © cristina @ Pixabay - Domaine public


Dimanche 25 août 2019 – 21e dimanche du temps – Lc 13, 22-30

« Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? » Nous qui nous réclamons de la « suite de Jésus », nous efforçant de mettre nos pas dans les siens, avons-nous réellement pris la mesure de ce qui se joue dans l’existence de celui dont le nom –  Iehoshua = Josué, Jésus –  est précisément « Dieu sauve » et qui, en même temps, est tenu par celles et ceux qui l’ont accompagné sur les chemins de Galilée pour « Messie, Christ, oint du Seigneur » ? Il y a d’ailleurs en hébreu une quasi-homophonie entre les mots « messie » (mashiach) et « sauveur » (moshi’a). Qu’est-ce donc que cette « porte étroite » par laquelle, manifestement, celles et ceux qui se tiennent dehors et revendiquent leur admission à la table du Royaume négligent de passer ?

Que nous le voulions ou non, et si tant est que cette idée de salut fasse encore sens pour nous – mais pouvons-nous vraiment, malades, ne pas souhaiter guérir, abattus, être relevés, etc. ? –, notre représentation du salut n’est-elle pas imprégnée de religieux archaïque, infantile ? Être « sauvé » dépendrait d’un Autre, d’une puissance extérieure/supérieure, grâce auxquels, moyennant le respect d’un certain nombres de conditions éthiques, rituelles, religieuses, nous serait échu sous forme de juste rétribution le salut en question.

C’est précisément une telle représentation que Jésus, quand il annonce le Royaume comme à la fois en nous et proche de nous, subvertit radicalement, promouvant une liberté et un engagement d’adultes, une responsabilité d’humains soucieux de l’humanité commune et de la terre qui l’abrite.

Souvenons-nous de la parabole du jugement dans l’évangile de Matthieu. Ceux que le roi appelle les « bénis du Père » sont tout étonnés d’hériter du Royaume et encore plus du motif qui leur est donné : « J’avais faim, j’étais nu, prisonnier, etc. et vous m’avez donné à manger, vêtu, visité, etc. » ; « Quand nous est-il arrivé de te voir affamé, nu, en prison et d’être venu à ton secours ? » Alors, au mépris de toute plausibilité et d’égard à son rang, le roi répond : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait. » Qu’est-ce donc alors qu’être messie-sauveur ? En quoi celui qui, au lieu de trôner dans la position de roi tout puissant, inverse radicalement les positions et s’identifie à chacun des « petits » – ceux des béatitudes – est-il Christ/Messie/Sauveur, celui précisément que les représentations traditionnelles tiennent pour agent du salut ?

« Il n’a pas considéré comme un privilège d’être l’égal de Dieu, mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur », chante la lettre aux Philippiens. On pourrait poursuivre : il n’a pas revendiqué l’exclusivité d’être Christ/Messie/Sauveur – ce qu’il a été : « Les captifs sont libérés, les aveugles voient, etc. » – mais, prenant en priorité le point de vue des « petits », il a crédité chacun de ses compagnons d’humanité d’une égale compétence christique, messianique. Comme le Samaritain de la route de Jérusalem à Jéricho, il nous appartient tous d’être Christ/Messie/Sauveur les uns pour les autres, à commencer par celles et ceux dont la situation « remue les entrailles ».

Pas plus que « divin » n’est, au commencement, un attribut exclusif du Dieu créateur – nous sommes tous « à l’image de Dieu » –, « Christ » n’est cantonné à l’individualité de Jésus de Nazareth, pas plus que sa résurrection : ayant « tout accompli », c’est à chacun et chacune de ses frères et sœurs en humanité qu’il appartient de le « relever ».

Le salut n’est pas le résultat passif d’une opération extérieure, c’est la compétence active de chacun d’entre nous. Effectivement, la porte est étroite !


Loïc de Kerimel

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