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Revêtez les outils de la lumière…

Xavier CHARPE
grément de navire
grément de navire © Jose Manuel @ Creative Commons (CC BY-SA 2.5)

 

Dimanche 1er décembre 2019 – 1er dimanche de l’Avent – Rm 13, 11-14a

« Revêtez les outils de la lumière… revêtez le Seigneur Jésus Christ »

On traduit généralement : « Revêtez les armes de la lumière ». Le mot grec est le plus souvent utilisé dans le contexte militaire ; mais il a une connotation plus large. C’est l’équipement d’un navire, son « armement » ; les grands négociants « armateurs » de Bordeaux, des ports de Hollande ou des villes de la Hanse « armaient » des navires de commerce. Le mot a un sens large d’outillage. Bien entendu, pour les soldats, leur outillage c’est les armes, leur armement.

Mais Paul transcrit et explicite aussitôt : « revêtez le Seigneur Jésus Christ. » L’armement de notre navire qui doit voguer sur les flots agités de ce monde, c’est Christ. C’est un armement de Lumière. La Lumière du monde, la Lumière de l’Église, la Lumière de nos vies, c’est Lui. La conclusion s’impose : « Vivez en enfants de Lumière. » (Ephésiens 5, 8) Cela passe par « Revêtez le Seigneur, Jésus, le Christ ». L’Église n’a pas d’autre outillage que Christ. Les autres outils sont dérisoires ; ils peuvent être illusoires, voire dangereux. « Si vous ne tenez pas à moi, vous ne tiendrez pas. » (Isaïe 7,9) Le professeur Joseph Ratzinger aimait rappeler ce mot du prophète. On peut traduire : « Si vous ne tenez pas ferme, vous ne serez pas affermis. » La Segond traduit : « Si vous n’avez pas la foi, vous ne tiendrez pas. »

La consigne vaut pour chacun d’entre nous ; elle vaut pour nos dirigeants, si vous me permettez de parler dans mon contexte lyonnais ou grenoblois. En ce temps de l’Avent, ils nous appellent à nous convertir, à revenir vers le Seigneur ; ils ont raison de nous rappeler à l’ordre, celui du Christ. Mais eux, qu’en font-ils ? Je les vois se cramponner désespérément à des outils qui n’ont rien à voir avec « l’armement du Christ ».

Un souvenir me revient. C’était au tout début de ma formation théologique. Le responsable de la faculté de théologie m’avait mis dans les pattes un petit livre d’Oscar Cullman : Tradition et traditions. D’un côté il y a le commandement de Dieu, la « Tradition de Dieu » (« paradosis tou Theou ») ; de l’autre « la tradition des presbytres » (des Anciens, des prêtres) (Marc 7, 5), qu’au verset 8 l’évangéliste appelle « la tradition des humains » (« paradosis tôn anthrôpôn »). Que de fois dans l’histoire de l’Église ses dirigeants ont voulu faire passer leurs commandements humains pour des commandements de Dieu ! « Tu n’invoqueras pas faussement le nom de Dieu. » Ils ont chargé sur les épaules de leurs frères de lourds fardeaux et ils n’ont pas remué le petit doigt pour les en soulager. Ils ont voulu faire passer leurs traditions humaines pour la tradition de Dieu. Toute ma vie, j’ai rencontré des hommes et des femmes à qui on avait mis dans les pattes des entraves pour les empêcher de marcher vers la Lumière, vers leur Libération. On les a assommés de préceptes humains qui les ont aliénés. Or Dieu nous appelle « à avoir part à la glorieuse liberté des enfants de Dieu » (Rom. 8,21) ; Paul encore : « Le Seigneur c’est l’Esprit ; et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (II Cor. 3,17) ; « C’est pour la liberté que le Christ nous a libérés » » (Gal. 5, 1) ; « Frères vous avez été appelés à la liberté » (5, 13). Redonnons à notre Église cet air (aire ?) de liberté qu’elle n’aurait jamais dû trahir. Là où est Christ, là est la Liberté.


Xavier Charpe – Dimanche 1er décembre 2019.

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