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Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu

Vianney DANET
Pièces romaines
Pièces romaines © papazachariasa @ Pixabay - Domaine public


Dimanche 18 octobre 2020 – 29e dimanche du temps – 1 Th 1, 1-5b ; Mt 22, 15-21 

« Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Et pour être complet Matthieu conclut : « En l’entendant, ils furent tout étonnés. Ils le laissèrent et s’en allèrent. »

L’évangéliste Matthieu ne fait pas dans la demi-mesure : si, frappé par la parole de Jésus, l’on ne choisit pas d’être son disciple, il ne reste qu’à le laisser et s’en aller. Matthieu, suivant son raisonnement nous décrit cette diatribe avec des pharisiens, qu’il caricature quelque peu, après nous avoir dit au chapitre précédent que nous sommes à l’heure du choix : il y a celles et ceux qui nous précédent dans le royaume par leur conversion, en vérité et humilité (les aveugles, les boiteux guéris), en opposition avec une partie de l’élite, hypocrite et manipulatrice. Le texte est rédigé dans les années 70 à 90 suivant la grande révolte juive contre les Romains.

En ce temps-là, la survie du peuple juif contient un discernement politique. Notons que la question posée à Jésus est à la lisière du politique et d’une controverse talmudique : « Est-il permis oui ou non de payer l’impôt à César ? » Cela pourrait conduire Jésus à la faute. Selon sa réponse soit il sera rangé du côté des collaborateurs avec l’occupant, soit du côté des « terroristes » (les zélotes par exemple) qui, nous le savons, dans leur combat entraîneront la destruction de Jérusalem par les romains.

La parole de Jésus, tout aussi admirable qu’énigmatique – « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » – ne répond pas à la question de manière binaire, et peut nous laisser perplexes. Que faut-il rendre à César ? Naturellement on peut penser qu’il faudrait se soumettre à l’impôt de César puisque le denier est à son effigie. Ou au contraire on peut avoir envie de lui rendre la monnaie de sa pièce en se révoltant contre lui. Quoi qu’il en soit, l’essentiel pour ceux qui veulent suivre Jésus est de rendre à Dieu ce qui est à Dieu.

Matthieu ne précise pas non plus ce qu’il faut rendre à Dieu. Pas de consignes, pas de rituels, pas de morale, mais une perspective libératrice, créatrice, vivifiante de notre relation à Dieu. Il s’agit, pour nous, de discerner entre ce qui relève du temporel et ce qui relève de notre relation à Dieu. On ne peut confondre Dieu et César ; nos dettes envers eux sont sur des registres distincts et en même temps il ne s’agit pas de tenir une étanchéité entre les deux. En remettant au centre le Dieu de justice et d’amour, qui est celui de Jésus, nous pouvons sans doute y voir plus clair ; le discernement personnel et communautaire est sur ce point essentiel.

L’épître de Paul aux Thessaloniciens nous donne quelques pistes. Cette Église de Thessalonique, qu’il loue, a une foi active, une charité qui se donne de la peine, et une espérance qui tient bon dans le Christ. On peut imaginer une communauté vivante, chaleureuse, accueillante, faite de partage, où l’on prend soin de l’autre, porteuse d’espérance et de joie pour l’entourage.

Le pape François, dans sa récente encyclique Tous frères, nous indique aussi un chemin qui nous dispose à rendre à Dieu ce qui est à Dieu et aux frères ce qui revient aux frères, l’un étant le reflet de l’autre. Il nous dit, par exemple, l’inspiration que lui a procurée François d’Assise qui a réveillé le rêve d’une société fraternelle, car « seul l’homme qui accepte de rejoindre d’autres êtres […] non pour les retenir à soi, mais pour les aider à devenir un peu plus eux-mêmes, devient réellement père. »
 

Vianney Danet

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