Vous êtes ici

Quel récit d’apparition ?

Patrick ROYANNAIS
Jésus et Marie-Madeleine
Jésus et Marie-Madeleine © CarlottaSilvestrini @ Pixabay - Domaine public


Samedi 3 avril 2021 – Veillée pascale – Marc 16, 1-7

Nous lisons le chapitre 16 de Marc. Enfin, pas tout à fait. La tradition manuscrite a ajouté au texte de l’évangile les versets 9 à 20. Nous ne les avons pas lus. Ils sont composés comme un sommaire de quelques apparitions de Jésus, notamment la rencontre avec les disciples à Emmaüs. Le verset 8 a plus curieusement été supprimé, j’y reviendrai.

Le texte est assez court. Marc ne raconte pas la résurrection de Jésus ! Il n’y a chez lui aucun récit d’apparition. La résurrection est tout juste mentionnée dans le message du jeune homme vêtu de blanc. « C’est Jésus le Nazarénien que vous cherchez, le Crucifié : il est réveillé, il n’est pas ici. » On pourra, on doit, se demander pourquoi Marc n’en dit pas plus.

Dès la mort de Jésus, un païen, le centurion, avait fait profession de foi : « vraiment cet homme était le Fils de Dieu. » Mieux, « voyant comment Jésus avait expiré », alors qu’il est bien « en face », qu’il voit tout, le centurion confesse la foi.

Pouvait-on finir l’évangile là-dessus ? N’est-ce pas un peu juste ? Pas pour Marc en tout cas, à la différence des copistes. Marc avait donné à entendre déjà, par deux fois, ce type de déclaration, lors du baptême au début de l’évangile, et sur la montagne de la transfiguration, en plein milieu. Le Père déclarait son attachement à Jésus et son identité filiale. Qu’un homme prenne le relais du Père, c’est dire que l’amour du Père a été entendu. Point n’est besoin de rajouter des apparitions. Qu’un païen prenne le relais du Père, c’est dire que cet amour parvient aux extrémités de la terre, pour les hommes de toute langue, race et nation, homme ou femme, esclave ou libre ; point n’est besoin d’en rajouter.

Qu’un homme prenne le relais du Père engage d’autres hommes et femmes à prendre en charge l’annonce de l’évangile. Et c’est ce que nous faisons en cette nuit. Notre profession de foi n’est pas l’expression d’une opinion : elle est le réveil de Jésus et son annonce. Quel évangile de Pâques ! Tout y est, la profession de foi, la communauté des disciples, non un centurion mais des centaines de disciples, et la compromission à laquelle la profession de foi les oblige.

La résurrection est à peine dite. Mais ce n’est pas la faute de l’évangéliste. Les femmes qui font figure des disciples par excellence, évidemment mieux que le centurion païen, mieux que les Douze et autres hommes qui ont tous disparu, ne croient pas l’homme en blanc. Ne craignez pas, leur dit-il, les accueillant devant le tombeau ouvert. L’évangile s’achève ainsi, avec le verset 8 dont nous prive la liturgie : « Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d'elles-mêmes. Et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. »

C’est incroyable, c’est le cas de le dire ! La fine fleur des disciples tait l’annonce, est retenue captive des liens de la mort et de la peur, n’est pas encore sortie du tombeau, même si physiquement, elles sortent. Elles sortent, mais fuient comme les Douze. Or il s’agit de sortir pour aller en Galilée. Il s’agit de sortir et de répéter ce qui a été dit, non une parole, mais le réveil, de répéter le réveil. Impossible de dire la résurrection sans y participer soi-même, sans être « ressuscités avec le Christ » (Col 3).

Jésus n’est pas où on l’attend. Comment les disciples pourraient-ils le trouver, eux qui savent où il est ? Seront-ils les gardiens d’un cadavre qui n’est plus au tombeau ? La critique de Marc est d’une violence inouïe.

Mais c’est pour ouvrir sur des apparitions qu’il ne pouvait raconter parce qu’elles se déroulent dans l’aujourd’hui de tous les âges du monde. Les apparitions du Ressuscité ne sont pas quelques épisodes exotiques des années trente de notre ère. Le tombeau vide provoque à aller ailleurs. Le Ressuscité n’est pas comme nous l’imaginons. Il est toujours plus grand. Dans la rencontre avec les autres, désormais des frères et sœurs, se montre son réveil. Qu’avons-nous besoin de récits anciens quand, chaque jour, la rencontre des frères peut être une rencontre avec le vivant ? D’après Marc, les récits d’apparition du Ressuscité c’est aujourd’hui, ou ce n’est pas. Le tombeau vide nous tourne vers l’aujourd’hui ; c’est là que Dieu est vivant.


Patrick Royannais

Rubrique du site: 
Les actualitésCommentaires des lectures dominicales
Ajouter un commentaire