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Photos de famille : les cœurs purs

Sylvie TAMARELLE
Cœurs

 

Dimanche 1er novembre 2020 – Fête de la Toussaint – Mt 5, 1-12a

Il faut sans doute avoir un cœur d’enfant et une joie profonde, viscérale, pour ne pas se lasser de dessiner une page entière de petits cœurs ! Bienheureux ces cœurs purs qui ne posent pas encore de mots sur leur joie mais savent l’exprimer autrement et la partager !

L’Église nous propose en ce 1er novembre de fêter tous les Saints, comme autant de cœurs brulants, ou de lumière pour éclairer notre vie de croyants, nous donner envie d’aller plus loin dans le don de soi, la confiance en Dieu. Un peu comme on regarde des grand-frères ou sœurs que l’on admire, que l’on rêve d’imiter parce qu’ils tracent un chemin heureux !

Certains sont illustres. Ils ont laissé leur nom par leurs œuvres, sur des écoles, des églises, des hôpitaux, des communautés. D’autres n’auront jamais leur nom inscrit ici-bas mais tout aussi sûrement dans les cieux. Et ceux-là, nous en connaissons tous ! Si proches que parfois nous ne les reconnaissons pas comme tels, accrochant au vocable de saint ou bienheureux celui de perfection.

Or Jésus, en proclamant les béatitudes, ne dit pas cela. Le royaume des cieux s’ouvre d’abord à ceux qui souffrent. La formule de la théologienne Marie-Noëlle Thabut : « Notre faiblesse devient la matière première du royaume de Dieu » traduit cette  attention privilégiée de Dieu, cette option préférentielle pour les petits, cette discrimination positive pour les plus faibles, les affligés, les imparfaits.

J’avoue que lorsque j’entends la proclamation des béatitudes, je ne peux m’empêcher d’éprouver un sentiment de malaise voire de culpabilité : sans doute pas assez pauvre, malheureuse ou persécutée pour attendre tout d’un autre, du tout autre, ou trop proche de l’homme riche qui demande à Jésus comment avoir la vie éternelle et qui, devant la réponse exigeante de Jésus, repart sans pouvoir aller plus loin (Mt 19.22). Pourtant je sais que je peux compter sur la miséricorde du Seigneur, je sais qu’avec lui rien n’est jamais perdu.

Alors pour me laisser transformer, je décide d’égrener la litanie « des Saints qui sont à ma porte ».

En voici le début :

  • Marcel, homme simple, handicapé dans ses déplacements, équipé de son téléphone pour seule richesse, a le cœur de prendre régulièrement des nouvelles des uns et des autres, tissant ainsi des liens. « Heureux les pauvres de cœur ! »
  • Fabrice, sans relâche, construit des dossiers pour faire valoir les droits des personnes immigrées en attente de droit d’asile. « En marche les assoiffés de justice ! »
  • Justine, athée, découvre la présence intime de Dieu juste avant une chirurgie lourde et s’engage ensuite, avide de connaître qui est ce Dieu qui s’est révélé ainsi contre toute attente et dans sa détresse. « Heureux les cœurs purs ! »
  • Emma, ballottée par la vie, les drames, se bat pour travailler, se former et relève la tête. « En marche les affligés… »
  • Raphaël, converti de l’islam, supporte les brimades et le rejet de ces anciens coreligionnaires mais il tient bon dans le Seigneur Jésus. « Heureux ceux qui sont persécutés en mon nom ! »
  • Bienheureuse Maria qui est restée fidèle à son époux dont la maladie alcoolique rendait le quotidien invivable. Après des années de souffrance et surtout d’amour et de patience, elle l’a vu entamer une cure de désintoxication : ce sevrage les a ramenés à une vie familiale heureuse. « En marche les miséricordieux ! »

Il n’appartient qu’à nous de poursuivre cette litanie.

En contemplant ces visages, le royaume promis par le Seigneur se laisse entrevoir. Il nous est promis et il n’est pas seulement pour demain ou après la mort : il est déjà là, en marche !

« Voici que je fais un monde nouveau, il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? » (Isaïe 43,19)


Sylvie Tamarelle

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