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« Le Père et moi, nous sommes Un »

Loïc de KERIMEL
Père et Fils
Domaine public


Dimanche 12 mai 2019 – 4e dimanche du temps pascal – Jn 10, 27-30

La liturgie de ce dimanche nous invite à célébrer l’universalité du salut en Jésus le Christ et à nous préparer à ce dont la Pentecôte sera la pleine manifestation : l’Esprit du Seigneur n’est pas réservé à quelques-uns, il est « répandu sur toute chair ». Depuis le voile du Temple déchiré au vendredi saint, il n’est plus besoin de médiations pour accéder à Dieu. Comme le résume très justement Daniel Marguerat dans son récent Jésus : « La présence de Dieu à son peuple ne s’embarrasse pas de barrières protectrices qui filtrent les uns et retiennent les autres. Dieu est présent à tous et à toutes, sans discriminations. »

L‘option de traduction choisie par la Bible liturgique pour l’extrait de l’évangile Jean est discutable. Là où l’on nous fait lire : « Mon Père est plus grand que tout », il est possible – et préférable – de lire : « Ce que le Père m’a donné est plus grand que tout. » Plutôt que l’attribut métaphysique de Dieu, le plus grand que tout dont il s’agit ici présentement n’est-ce pas, en effet et très concrètement, la réalité innombrable de cette « foule de toutes les nations, tribus, peuples et langues » qui, sans exclusion aucune, se tient désormais debout en présence du Père ? L’humanité est enfin réconciliée et unie.

Mais qu’est-ce qu’une humanité réconciliée et unie ? Outre qu’elle est « dans la main du Fils » en même temps que « dans la main du Père », cette humanité est telle que voulue par l’un comme par l’autre. Or « le Père et moi, nous sommes Un ». On est fondé à s’interroger : en quoi l’unité du Père et du Fils a-t-elle à voir avec l’unité et la réconciliation de l’humanité tout entière ?

Le risque est de confondre unité et unicité. Parlant par exemple de l’unité des chrétiens comme de l’objectif que se donne le mouvement œcuménique, on vise le dépassement des schismes qui ont émaillé deux mille ans d’histoire et la souhaitable ré-union d’Églises jusque-là divisées. Parlant, en revanche, de l’unicité de chacune des personnes de la Trinité, on vise là ce qui fait que le Fils n’est pas le Père, que l’Esprit n’est ni le Fils ni le Père, ce qui fait que chaque personne est radicalement singulière. Réunion là, distinction ici.

Dans un verset célèbre de l’épître aux Galates (3,28), Paul écrit ceci : « Il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni mâle et femelle, tous vous êtes un en Christ. » Comment évaluer l’argument final, si le Un est le Un de l’unité ? Le couple maître-esclave est, en un sens, parce qu’indissoluble, plus uni que le couple patron-employé où ce sont deux sujets libres et égaux en droit qui ont passé contrat pour instituer entre eux cette forme de relation. Si, en revanche, le Un est le Un de l’unicité, alors, avant la distinction juif-grec, esclave-homme libre, mâle-femelle, il y la radicale singularité et, du même coup, l’absolue égalité de chaque personne en tant que personne. N’est-ce pas ce Un-là, celui de l’unicité de chaque-Un, que Jésus le Christ est venu promouvoir sur les chemins de Galilée ? « Tous, chaque-Un, vous êtes Un en Christ. »

L’humanité réconciliée et unie est celle dont les diverses déclarations des droits ont énoncé le principe : « Tous les humains, chaque-Un, naissent et demeurent libres et égaux en droit. » Il ne serait pas étonnant que le fondement des régimes politiques modernes ait quelque chose à voir avec le « sacerdoce comme-Un des fidèles » tel que l’a voulu Jésus le Christ pour le peuple de Dieu. 


Loïc de Kerimel

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