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Le péché des disciples fait de Dieu un menteur

Patrick ROYANNAIS
péché originel
Péché originel - Basilique St-Sauveur de Dinan © Emeltet @ Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)


Dimanche 21 juin 2020 – 12e dimanche du temps – Rm 5, 12-15

Les lettres de Paul, plus anciens documents chrétiens, sont sidérantes. S’il s’agit d’écrits de circonstance, comment expliquer qu’ils déploient un raisonnement aussi élaboré à propos de questions que la pensée humaine ne cesse de chercher à élucider ? S’il s’agit d’écrits spéculatifs, comment expliquer la prétention de ces petits textes, quelques pages seulement, adressés à des communautés où, ainsi que l’écrit Paul, « il n’y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de gens bien nés » ?

L’extrait de la Lettre aux Romains, juste trois versets, appartient à un développement de plusieurs chapitres sur le péché, entendons le mal que commettent les disciples de Moïse et ceux de Jésus. Comment se fait-il que le peuple du Dieu trois fois saint, le peuple convoqué à la sainteté, le peuple saint, soit un peuple de pécheurs ? Comment se fait-il que les disciples de Jésus, le saint de Dieu, soient des pécheurs ?

Tout l’évangile risque d’en être frappé d’inanité. Ce n’est pas une mince affaire. La vérité de l’évangile est sans doute très belle, mais n’est-elle pas totalement fausse si ceux-là mêmes qui s’en disent les fidèles commettent le mal, ne sont pas transformés par la sainteté qu’ils reçoivent au baptême ?

On comprend qu’il faille s’attaquer au problème. Ça passe ou ça casse. Et les réponses à la petite semaine, d’une part ne sont pas du genre de Paul, d’autre part ne convainquent personne. La langue de bois, il n’y a que ceux qui la pratiquent pour y croire, à moins qu’ils ne méprisent à ce point leurs interlocuteurs qu’ils les prennent pour des cons.

Fallait-il découper ainsi le texte ? Peut-on comprendre quoi que ce soit au raisonnement en extrayant trois versets ? Peut-on d’ailleurs lire ces versets sans prendre le temps long de la déconstruction ? On les lit depuis des siècles, on établit sur eux le dogme – celui du péché originel –, on se bat entre écoles théologiques puis entre confessions. Comment comprendre quoi que ce soit en dehors du contexte et de l’histoire de la lecture ?

Faute de temps, je ne retiens que deux points – une homélie ne permet pas de faire plus. D’abord un parallélisme, faux d’ailleurs. Il y a Adam, le premier homme, il y a le Christ qui restaure toute chose, au point d’être dit l’homme nouveau, littéralement le nouvel Adam.

Adam n’a jamais existé. Vous me direz, cela n’a pas d’importance. C’est vrai, sauf si son existence a de l’importance ! Paul n’est pas paléontologue ou généticien. Il convoque des figures, ici, celle de l’humanité. Adam, cela veut dire le prototype ou l’archétype, le modèle. Adam, c’est nous en tant qu’humanité, c’est l’humanité de toujours.

L’humanité est prise dans le mal qu’elle commet, avant la loi de Moïse, avec la loi, après Jésus qui donne la sainteté là où la loi aurait été mise en échec. Un constat : nous sommes tous des salauds. Il ne s’agit pas de noircir le tableau pour mieux avoir besoin d’un sauveur ! Il s’agit seulement d’être un peu honnête ou lucide, d’éviter le pharisaïsme. Que celui d’entre nous qui n’a jamais commis le mal vienne poursuivre cette homélie…

Notre péché fait de Dieu un menteur, comme dit Jean, parce que Dieu est censé nous rendre saints comme il l’est. Nous voyons et tous voient que ce n’est pas le cas, donc Dieu n’est pas vrai, donc Dieu est un mensonge.

La question du péché n’est pas seulement celle du mal que l’on commet, question éthique. Elle est théologique – il faudrait dire théologale, car elle ne concerne pas une théorie sur Dieu, mais ce que la pratique de l’évangile dit de Dieu. Notre péché est la preuve que ce que nous confessons est faux, ou que nous n’y croyons pas nous-mêmes.

Jésus est de cette humanité, Jésus est fils d’Adam. Cela est aussi certain qu’impossible ; affirmation centrale pour Paul. Comment serait-il l’homme nouveau ? Jésus – c’est la deuxième chose que je retiens, juste une locution adverbiale – relève du « combien plus ». Paul pose ensemble l’horreur de notre mal et le combien plus de Jésus. Le parallélisme entre les deux Adam, nous et Jésus, est un renversement. À la gravité morale et théologale du péché répond le « combien plus » de la sainteté, c’est-à-dire de l’amour de Jésus. Dieu n’a personne d’autre que des pécheurs pour faire signe vers lui, avec le « combien plus de Jésus ».

J’arrête là parce qu’il est temps. Je nous laisse, comme la lecture, en suspens. « Combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude »…
 

Patrick Royannais

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