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La paix ? Non, la division.

Sylvie TAMARELLE
Combat de Saint Michel
Combat de Saint Michel © Accrochoc @ Creative Commons (CC BY-SA 2.0)


Dimanche 18 août 2019 – 20e dimanche du temps – Lc 12, 49-53

En visitant la très belle église de St Savin (86) et ses fresques romanes exceptionnelles, les visiteurs, nez en l’air, admirent au plafond la représentation du combat de St Michel avec le dragon de l’apocalypse, symbolisant le combat entre le bien et le mal et ils visualisent ainsi, comme les moines du moyen-âge, la division interne spirituelle qui anime tout être humain.

Jésus lui aussi parle de « division » dans l’évangile de ce jour : « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ?... Plutôt la division. » Mais cette fois c’est bien concret, bien terre à terre : cette division va sévir au sein même des familles et elle naît du choix de le suivre ou non. Cette division est violente en ce sens qu’elle dit un choix radical.

Ah ! Vous voyez ! Jésus est capable de sentiments belliqueux, diront certains, comme si cela le rendait plus humain, en tout cas plus conforme aux représentations habituelles de chef.

Soyons clair : Jésus, le Christ, n’est pas un chef de guerre venu imposer par la violence son pouvoir, ou un politicien désireux de faire sa place en divisant les opposants autour de lui. « Je suis venu apporter un feu sur la terre » ne signifie pas qu’il organise des razzias et met en place une politique de la terre brûlée. Cette lecture littérale entre en contradiction avec l’ensemble de sa mission : dans sa prédication et ses actes, Jésus ne cesse de proclamer son appel à la vie, à la paix : « bienheureux les artisans de paix » (Mt 5, 9), à l’unité dans l’amour du Père : « que tous soient un » (Jn 17,22). Mais les mots sont là et ce texte dérange. Alors comment peut-il être entendu ?

Lorsque Jésus parle de division, ce n’est pas un objectif, une tactique, il parle d’expérience. Il a lui-même connu en Galilée, sa terre natale, le rejet par sa propre famille. Quand il dit : « comme je voudrais », « comme il me coûte », est-ce du découragement, de la lassitude, de l’appréhension ? Ou bien plutôt une impatience vis-à-vis de cette mission assumée, annoncer l’amour du Père, sachant ce qu’elle suppose de risque, de sacrifice ? Il y a de la détermination : il sait que « nul n’est prophète en son pays » (Lc 4, 24), qu’il s’expose au rejet et que ceux qui le suivront prendront le risque aussi de la division et même du martyre.

Suivre le Christ est exigeant. Mounaim en témoignait dans une rencontre de préparation au baptême. Il racontait sa rencontre à 7 ans avec le Christ. Issu d’une famille marocaine musulmane, c’est à l’école catholique espagnole qu’il a été scolarisé. C’est là qu’il a découvert le message évangélique qui l’a bouleversé et lorsqu’adulte il a demandé le baptême, Il savait qu’il serait exclu du reste de sa famille et de sa communauté. Il s’est expatrié pour pouvoir vivre sa foi. Il vit cette séparation dans l’espérance qu’un jour des retrouvailles seront possibles. C’est le prix de son engagement pour le Christ. Pour lui, l’évangile de ce jour n’est pas une simple histoire : c’est la sienne.

Et si nous sommes baptisés dans le Christ, à quel rejet sommes-nous prêts à faire face ?

De quel feu spirituel brûlons-nous ?
 

Sylvie Tamarelle

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